Crise anglophone, les 14 mesures de l’Etat… Le Cameroun politique en 2017

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L’année 2017 s’est ouverte sur le plan politique au Cameroun sur un vent de revendication. La crise anglophone avait déclenché trois mois plutôt avec des réclamations corporatistes, notamment des enseignants et des avocats. Au fil du temps, elle s’est muée en revendication politique : un Etat fédéral ou l’application rigoureuse de la Décentralisation pour les modérés, la sécession complète pour les militants du Southern Cameroon National council (Scnc), un mouvement sécessionniste créé en 1994. Dans l’intervalle, le président de la République a instruit la prise des mesures tendant à répondre aux préoccupations initiales, tout en corrigeant au passage d’autres prises par le gouvernement. Dans l’ordre chronologique, la crise déclenche le 10 octobre 2016, avec la descente dans la rue des avocats anglophones.

L’année 2017 s’est ouverte sur le plan politique au Cameroun sur un vent de revendication. La crise anglophone avait déclenché trois mois plutôt avec des réclamations

Des avocats en grève (Archives)

Dès le 29 novembre 2016, les versions en langue anglaise des Actes uniformes Ohada et du Code pénal Camerounais, revendiquées par les avocats sont mises à la disposition du personnel judiciaire. A partir de janvier 2017, le rythme devient plus soutenu pour ce qui est des mesures prises. 4 janvier, Paul Biya nomme un magistrat anglophone comme Procureur de la République près les tribunaux de première et de grande instance de Bamenda. Internet est coupé dans les deux régions anglophones le 17 janvier. Le 23 du même mois est créée la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme, à la tête de laquelle  sera  nommé plus tard Peter Mafany Musongue. Le 3 avril, c’est la création à l’Ecole nationale de la magistrature d’une section anglophone, au même moment qu’une chambre de la Common Law est créée à la Cour suprême, pour examiner les recours en provenance des juridictions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et le projet de loi y afférant sera adopté au Parlement le 5 juillet. Le 21 avril, la connexion internet est rétablie. Quatre jours plus tard, le gouvernement créé une Faculté de sciences politiques et juridiques à l’Université de Buea, des départements de English Law (Droit Anglais) dans les universités de Douala, Maroua, N’Gaoundéré et Dschang, et des Départements de Droit publics dans les Universités de Bamenda et Buea. Nous sommes le 25 avril 2017.

Libération des leaders anglophones

Le 7 juin 2017, c’est l’intégration, la promotion et le redéploiement des magistrats sur l’ensemble du territoire, en tenant compte de leur maitrise de la langue officielle la plus usitée dans le ressort d’affectation. Le 29 juin, deux anglophones sont nommés parmi les nouveaux officiers généraux de l’armée Camerounaise, les Généraux de brigade Ekongwesse Divine dans la gendarmerie et Agah Robinson dans l’armée de terre. Du 3 au 9 août 2017  le dialogue initié à travers les missions gouvernementales dans les zones anglophones depuis le début de la crise, traverse les frontières pour se retrouver aux Etats Unis, Belgique et Afrique du Sud.  2 milliards de francs pour subventionner les écoles sont annoncés le 21 août,  et la libération d’un nombre des personnes arrêtées et incarcérées dans le cadre de cette crise, notamment les leaders Agbor Mballa, Fotem ; Ayah Paul Abine intervient le 30 août 2017, à la veille de la rentrée scolaire.

Le 15 septembre, c’est au tour du Ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative de lancer un recrutement de 1000 jeunes enseignants bilingues à affecter dans les établissements des zones anglophones. Au total, C’est quatorze mesures importantes qui ont ainsi été prises par le gouvernement depuis le début de cette crise, hormis les contingents militaires envoyés dans les deux régions, sans pourvoir contenir la crise. Elles n’ont pas empêché les militants du Scnc de brandir des drapeaux  le 1er octobre dernier et s’autoproclamer indépendant, ce qui a plongé ces régions dans une relative insécurité à ce jour.

L’élection présidentielle de 2018

A côté de la crise anglophone qui continue de tenir le Landerneau politique camerounais en haleine, 2017 a aussi connu les déclarations d’intention de candidatures à l’élection présidentielle de 2018 de plus de 25 Camerounais. Parmi eux beaucoup de jeunes, qui comptent dupliquer au Cameroun l’effet Macron en France. Ils se sont fortement investis au cours de l’année dans la sensibilisation des jeunes à s’intéresser au processus électoral, en s’inscrivant sur les listes. En face, le président Biya qui a bouclé ses 35 ans au pouvoir le 6 novembre dernier reçoit  déjà des motions de soutien et des « appels » à se représenter l’année prochaine, à 85 ans. Aucune évolution sur les textes électoraux à évoquer, malgré la tenue régulière de sessions du Parlement. A l’Assemblée nationale notamment, la session de novembre a été particulièrement agitée. Un incendie qui ravage les derniers étages quelques jours après l’ouverture de la session.

L’année 2017 s’est ouverte sur le plan politique au Cameroun sur un vent de revendication. La crise anglophone avait déclenché trois mois plutôt avec des réclamations

Assemblée nationale. Le feu est passé par là.

Des députés du Social democratic Front  qui exigent l’inscription de la crise Anglophone au débat et perturbent les séances pendant deux jours en entonnant des chants en plein hémicycle. Pour eux, il n’est pas pensable que les populations de deux régions du pays aient perdu le sommeil depuis plus d’un an, et que le sujet ne soit pas sur la table des députés trois sessions durant. Tout cela s’est achevé par ce geste de la député Tomainou Ndam de l’Udc, qui pour protester contre le refus de la parole qui lui était opposé, a balancé des chevalets et un a atterri sur le crâne de l’un de ses collègues du Rdpc, créant une blessure. Sans gravité.

Même si tout cela n’a rien changé dans l’habitude de l’Assemblée de laisser passer tous les projets de loi, on retient que cette dernière session de l’année a été moins ennuyeuse. La crise anglophone, l’annonce des candidatures à l’élection présidentielle, une session parlementaire houleuse, voilà quelques-uns des faits majeurs qui auront marqué l’année politique au Cameroun.

Roland TSAPI 

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