Balafon Music Awards 2017 : Le sacre ‘‘contesté’’ des musiques urbaines

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Trois distinctions pour Tenor, dont celle d’Artiste de l’année, lors d’une cérémonie émaillée de fausses notes ce 13 décembre 2017 à Douala.

 Le public venu nombreux ovationne les trois artistes récompensés dans la catégorie Balafon d’honneur. Kotti François, Toto Guillaume et le bassiste Aladji Touré

Kotti François, Toto Guillaume, Aladji Toure récompensés.


Balafon Music Awards 2017, BMA. La soirée (de ce mercredi 13 décembre 2017 à la Place St David à Douala) des BMA parrainée par André Marie Talla commence bien. Le public venu nombreux ovationne les trois artistes récompensés dans la catégorie Balafon d’honneur. Kotti François, Toto Guillaume et le bassiste Aladji Touré reçoivent les acclamations. Aladji Touré dédie son trophée «aux instrumentistes qui n’ont pas la chance d’être au-devant de la scène comme nous mais qui sont derrière chaque grand succès des artistes.» Vient le Balafon Spécial, remis à la maison Alpha Better Records de Salatiel.

Jusque-là, tout se passe bien. Puis, arrivent les catégories en compétition. L’intitulé de la première laisse songeur : Balafon d’inspiration divine. Elle est remportée par  Locko. L’inspiration traditionnelle est portée par Dj Gérard Ben. La révélation musicale 2017 fait la part belle aux chanteurs des musiques urbaines, Tenor, Switt, Ghislain Dimai, Mimie et Z-Tra. C’est Tenor avec son titre «Do le Dab» qui l’emporte. Pour la catégorie meilleure collaboration, c’est le duo Locko et Mister Leo qui gagne. Le Meilleur vidéogramme est remis à Tenor, et non au réalisateur de l’œuvre. Ce sont les mêmes noms qui reviennent dans cette catégorie, Locko, Daphné, Tenor, et Koppo faisant l’exception. Rebelote dans la catégorie Chanson de l’année. Les nommés présentés au vote du public sont Locko, Mister Leo, Tenor et les Featurist. Le public plébiscite Daphné avec son titre «Calé».

 La grosse désillusion

Ça commence à manifester dans la salle quand le prix de la Meilleure voix féminine de l’année au Cameroun est attribué à Daphné. Mister Leo est quant à lui la Meilleure voix masculine de 2017. Dans la catégorie Meilleur Maxi Single, on retrouve Mister Leo, Salatiel, Daphné, Locko et Tenor. «Toujours les mêmes ?», crient des voix dans le public. C’est Mister Leo qui s’arrache un autre prix. Dans la catégorie Artiste de l’année, on retrouve Tenor, Mister Leo, Daphné et Salatiel. C’est à croire que la musique camerounaise aujourd’hui ne se résume qu’aux musiques urbaines, essentiellement. Et c’est Tenor l’artiste de l’année. La grosse désillusion des critiques culturels et du spectateur lambda naît suite à la révélation de l’album de l’année. En liste, ‘‘Njan’’ d’Armand Bihag, ‘‘Double Heat’’ de Ben Decca, ‘‘Diaspora’’ d’Henri Dikongue et ‘‘Fleur et Venus’’ de Sergeo Polo. La distinction est revenue à Sergeo Polo, à sa grande surprise.

Le silence du public est fracassant. «C’est flagrant. Ce prix revenait à ‘‘Njan’’’ d’Armand Bihag. Il a tourné pendant toute l’année avec cet album. Il a fait des festivals à l’étranger avec cet album. On aurait remis ce prix à défaut à Ben Decca, parce que le slow de son album est devenu un hymne à Douala, à Yaoundé. L’album de Sergeo Polo est sorti en fin septembre. On ne connait même pas encore les tendances d’écoute auprès du public, parce que cet album est tout nouveau. C’est une injustice», estime Sylva Ebelle, critique culturel.

 Le public venu nombreux ovationne les trois artistes récompensés dans la catégorie Balafon d’honneur. Kotti François, Toto Guillaume et le bassiste Aladji TouréPour sa défense, le promoteur du projet, Cyrille Bojiko, explique que les choix des nommés est effectué par cent personnes comprises entre des animateurs, des disc-jockeys, des promoteurs de spectacles. Sylva Ebelle pense tout de même que «des journalistes culturels devraient être associés à ce genre d’évènement. Ce sont eux qui vont à la découverte des artistes, qui assistent aux spectacles. On va peut-être me dire ‘‘fais ton évènement on voit’’, mais il est clair que les Dj et autres animateurs ne peuvent proposer que ce qu’ils écoutent et font jouer, pas forcément la vraie musique. On ne peut non plus vouloir célébrer la musique en laissant les artistes performer en playback

Il faut le reconnaître, l’initiative est bonne et on sait combien les artistes en ont besoin. Mais des nommés de qualité feraient des BMA une véritable compétition redoutée, et donc, un évènement de qualité pour une musique camerounaise de qualité. C’est la culture camerounaise qui en sortirait vainqueur. Rendez-vous à la 6ème édition.

Valgadine TONGA

 

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