Les droits de l’homme, les droits de l’autre

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La journée du 10 décembre est considérée dans le monde entier comme la journée des droits de l’homme, en souvenir à l’adoption par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unis le 10 décembre 1948 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Droits de l’homme, que l’on écrit toujours au pluriel, renvoie à l’ensemble des avantages ou droits dont bénéficie tout être humain, du simple fait qu’il est en vie. Ces avantages, d’après les Nations Unis sont universels, inaliénables, quel que soit le droit en vigueur dans l’Etat ou groupe d’Etats où il se trouve, quelles que soient les coutumes au niveau local, liées à l’ethnie, à la nationalité ou à la religion. Les plus élémentaires parmi eux sont le droit à la vie, le droit à la liberté, de travailler, d’avoir une bonne éducation, d’avoir une alimentation saine, d’être soigné, d’avoir un logement adéquat, d’avoir une vie privée entre autres. Au quotidien, surtout pour ce qui est de chez nous, quand on parle de droits de l’homme, chacun regarde plutôt l’autre, et les comportements montrent bien que chacun croit qu’il a des droits et l’autre non. La tendance est même à la passivité, tout le monde exige de l’autre et de l’Etat dans tous ses démembrements que ses droits soient garantis et respectés, sans se poser la question de savoir si lui-même respecte les droits des autres et de l’Etat.

LEn matière de respect des droits de l’homme au Cameroun, l’Etat est loin d’être un exemple, certes, mais qui est l’Etat, si ce n’est nous-mêmes

La corruption dans les services.

Il y en a qui croient que du fait qu’ils ont accouché un enfant, ils disposent de sa vie et peuvent faire ce qu’ils veulent, que non. Le droit à la vie garantit le développement physique, moral et spirituel des enfants, mais aussi des adultes. Dès la naissance, un nourrisson est protégé par ce droit. Le droit à la vie défend les enfants contre tout ce qui pourrait les tuer. Dans certains pays comme le Cameroun,  cela inclut l’avortement. D’aucuns  croient qu’ils peuvent exposer la vie de l’autre à longueur de journée, dans la rue et les buvettes, et même dans les médias, mais quand il s’agit d’eux, ils se rappellent qu’ils ont droit à une vie privée, et sont même prêts à aller en justice porter plainte pour atteinte à la vie privée. Il y en a qui ont décidé de violer le droit de travailler à la femme qu’ils ont épousée, en trouvant tout sorte de prétextes, qui dans le fond leur permettent juste d’assouvir leur égoïsme et même leur jalousie, et pourtant ils sont patrons et emploient des femmes des autres qu’ils font travailler même à des heures et jours indus. Il y en a qui croient que pour un rien, parce qu’ils ont les moyens financiers, ils peuvent acheter la justice et priver un citoyen de ses droits à la liberté pendant des jours, semaines, mois voire des années, et quand ils ont eux-mêmes un petit souci avec la justice, ils sont prêts à payer des fortes sommes pour rester en liberté.

Refus du droit à l’autre

Il y en a qui sortent de leurs domiciles avec des ordures ménagères qu’ils déversent sans vergogne devant la concession d’un voisin, bien conscients qu’il n’y a aucun service de ramassage des ordures qui passe par là, et qui infligent une bonne correction à un enfant qui laisse tomber un papier devant leur barrière. Il y en a qui croient que du fait de la robustesse de leur véhicule ou parce qu’ils sont sur la moto, ils ont seuls le droit d’être en route, les autres doivent attendre ou céder le passage à leur approche. Il y en a qui, assis dans un bureau, oublient que l’usager qui entre a le droit d’être écouté, rassuré et servi en toute diligence, mais quand lui-même va solliciter un service dans une autre administration que la sienne, il rappelle à l’autre qu’il est usager et qu’il a le droit d’être servi sans contrepartie… Il y en a qui croient que du fait qu’ils occupent une position privilégiée dans la société, leurs enfants ont seuls le droit d’être admis à un concours même s’ils n’en ont pas le mérite. Les enfants des moins privilégiés devant être sevrés de ce droit avec des bonnes performances…

Des exemples du refus du droit à l’autre tout en réclamant pour soi sont nombreux, et dans tous les domaines. Cela se vit à l’hôpital, au Commissariat, à la mairie, au tribunal, au marché, en route.  Anna Eléanor Roosvelt, première dame des Etats Unis d’Amérique de 1933 à 1945, et  présidente de la Commission des Droits de l’homme des Nations Unis de 1946 à 1951, disait : « Où commencent les droits universels, après tout ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. […] Si dans ces lieux, les droits sont dénués de sens, ils n’en auront guerre davantage ailleurs. Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde ». En matière de respect des droits de l’homme au Cameroun, l’Etat est loin d’être un exemple, certes, mais qui est l’Etat, si ce n’est nous-mêmes, chacun à son niveau. Nul ne peut jouir de ses droits que si l’Etat les garanti à travers les lois et quelqu’un  les respecte, sans quoi cela n’aurait aucun sens. Les Camerounais n’ont pas seulement des droits, ils ont aussi le droit de jouir de ces droits. C’est aussi là le sens de la journée qui s’est célébrée  ce 10 décembre 2017.

Roland TSAPI

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