Arts visuels : le parent pauvre des arts au Cameroun

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Ils ont beau être pourvus de débouchés, les arts visuels ont du mal à s’imposer. La faute à l’inexistence d’une politique culturelle nationale.

Michel Trésor Ndasse Epoma est étudiant en première année à la Libre académie des Beaux-arts de Douala, Laba. Avec ses camarades, il a produit des œuvres, exposées à Laba. Elles questionnent l’action de l’homme sur son l’environnement. Le «Trou noir» est une production qui présente un agencement des bouteilles plastiques en forme de spirale. L’œuvre renvoie une image belle des bouteilles qui, à contrario causent un dommage dans la société. La production captive tous les regards à Laba. On y retrouve aussi des tenues conçues à base d’invendus de papiers journaux ; une montre confectionnée à base de pneu, de fragments de papiers journaux… «Le trou noir attire tous les déchets que l’homme jette dans la nature, relève le jeune étudiant. L’objectif est de montrer que l’homme doit veiller sur son environnement. Dans la société, le designer doit constater un problème et en proposer des solutions. Nous avons constaté que notre environnement est pollué. Nous avons donc récupérer les bouchons, les pneus, les bouteilles, les papiers journaux pour en faire de l’art, en faire une œuvre fonctionnelle et utilitaire. Ces productions peuvent être exposées ailleurs

Ils ont beau être pourvus de débouchés, les arts visuels ont du mal à s’imposer. La faute au manque de politique culturelle nationale.

Le  »Trou noir ».

Michel Trésor «aime l’art. C’est mon monde. Je rêve de créer un bureau d’études avec tout ce que j’aurai appris ici.» Ses amis et lui rêvent de bonifier la société grâce à leurs réalisations. Ils rêvent d’en vivre également. Difficile dans le contexte camerounais. Comment passer de l’art pour l’art à de l’art rentable ? Les acteurs dénoncent un manque de politique culturelle. «Il n’y a pas de texte législatif qui régisse les arts visuels. Il n’existe pas de document sur la politique culturelle au Cameroun. Raison pour laquelle le budget alloué au ministère n’est pas équitablement reparti», a reconnu Marthe Mfou’ou Medou, ex-directrice du patrimoine au ministère des Arts et de la Culture, et par ailleurs enseignante au département d’Arts et Archéologie de l’Université de Yaoundé1. Elle s’exprimait durant l’atelier de formation des journalistes et étudiants d’arts, sur la promotion des arts visuels. Une initiative de Laba qui s’est déroulée dans ses locaux sis à Douala, les 6 et 7 décembre 2017.

Pour le Directeur scientifique et artistique du projet, Dr Paul-Henri Souvenir Assako Assako, «les arts visuels (les installations, les parures, la photographie, la peinture, les dessins…) sont considérés comme le parent pauvre des arts. Une œuvre d’art est pourtant une source économique inépuisable.» Les professionnels estiment que le mal de l’art au Cameroun vient du fait qu’il est dirigé par des administrateurs, et non des artistes. C’est dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge. Enseignant et critique d’arts, Théodore Kayesse se veut optimiste : « Il est possible de faire ce métier et d’en vivre. L’art nourrit son homme« .

Valgadine TONGA   

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