L’Université du Cameroun…oh la belle époque !

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Le débat sur l’émigration des jeunes nous amène à nous interroger sur les politiques publiques spécifiquement orientées vers la jeunesse, ce qui nous conduit fatalement vers le milieu où la jeunesse d’un pays se fait de manière concrète une personnalité et se donne une orientation définitive de son futur, à savoir le milieu universitaire. A quoi il ressemble au Cameroun, le milieu universitaire ? Pour le politique, c’est bien entendu le temple du savoir qui forge les Camerounais. Pour les parents c’est le lieu de transition pour l’enfant qui en ressort et fait son entrée dans la vie active. Pour l’étudiant lui-même c’est plutôt la fin d’un rêve. Dans les années soixante, l’université du Cameroun, celle-là qui a formé nos dirigeants d’aujourd’hui, était encore ce vrai temple du savoir, le milieu qui accueillait les élus, et tous les étudiants étaient insérés dans la vie professionnelle après les études, quelle que soit la filière choisie. Les étudiants étaient accueillis au sens propre du terme comme cela se fait chez les bantous. On leur donnait une chambre où se coucher dans la Cité universitaire, on leur donnait de quoi manger chaque jour au restaurant Universitaire, et à la fin du mois on leur donnait de l’argent de poche, qui pouvait servir entre autre à acheter des livres si par hasard ils arrivaient à manquer à la bibliothèque.

A l’université de Douala par exemple, faute de salles de classes, les étudiants font cours dans des endroits de fortune qu’ils ont qualifié eux-mêmes de poulaillers

Cet argent de poche s’appelait bourse universitaire, affectueusement appelée Epsi. Epsi se prenait chaque fin de mois dans les guichets baptisés Wall Street, allusion faite à la célèbre place boursière américaine. C’est en cela que les parents se frottaient les mains une fois que l’enfant obtenait son Bac et s’inscrivait à l’université. C’était une charge de moins. A une certaine époque aussi,  après le Baccalauréat, l’élève choisissait librement où il va continuer ses études supérieures, soit à l’université ou dans une école supérieure. Quelle que soit la filière choisie, la formation était de qualité et les étudiants camerounais devenaient toujours les meilleurs de leurs promotions pour ceux qui continuaient à l’extérieur. Mais aujourd’hui, on peut dire que l’université a fait son temps. Même avec l’éclatement de l’ancienne Université du Cameroun en 92 qui a donné la création de 8 université d’Etats, l’institution dans l’ensemble ne fait plus rêver. Elle est devenue le nid des contestations de toute sorte, les amphithéâtres, haut lieu de transmission de savoir, sont devenus de lieux de désordre où le jeune s’initie à la délinquance. A l’université de Douala par exemple, faute de salles de classes, les étudiants font cours dans des endroits de fortune qu’ils ont qualifié eux-mêmes de poulaillers. La cité universitaire où étaient jadis logés certains étudiants est officiellement en réfection depuis plusieurs années, mais les étudiants savent bien qu’ils ne peuvent plus espérer l’intégrer un jour.

La bourse universitaire n’existe plus

En effet, il est ressorti de l’une des résolutions du conseil d’administration de l’Université de Douala tenu le 03 février 2017, la décision de convertir les logements de l’actuelle citée universitaire, officiellement en réfection depuis 2009, en hôtel administratif. Le bâtiment devra abriter désormais les bureaux. Avec cela, aucune structure n’est plus officiellement prévue pour le logement des étudiants, ce domaine étant alors abandonné entre les mains des privés avec pour conséquence la flambée des prix des chambres tout autour de l’université. Dans un contexte de précarité généralisé, il est exigé aux étudiants qui veulent intégrer une chambre aux alentours de l’université, pour ceux qui ont la chance d’en trouver, le paiement d’au moins un an de loyer avant consommation. Ce qui n’est pas à la portée de tous. Pour essayer d’alléger les choses pour eux, un arrêté interministériel portant réglementation des loyers des logements d’étudiants des universités  d’Etat du Cameroun a été signé depuis 12 ans, le 30 juin 2005 exactement par quatre ministres dont celui du Développement Urbain et de l’Habitat, celui du Commerce, du Cadastre et des affaires foncières, et celui de l’Enseignement supérieur. A ce jour les étudiants de l’Université de Douala attendent encore le début de son application. La bourse universitaire, on n’en parle plus. Elle fut supprimée en 1993, au même moment où étaient instaurés les frais universitaires fixés officiellement à 50 000Fcfa, par décret présidentiel du 19 janvier 1993. Mais là aussi son application se fait à géométrie variable selon l’université.

Il y a trois ans, les étudiants de l’Université de Buea sont entrés en grève pour forcer les dirigeants à annuler la somme de 10 000 Fcfa qui était exigée comme pénalité à ceux qui payaient ces frais en retard. A Douala, les étudiants protestent aussi contre l’exigence d’une somme de 3000 Fcfa en plus des 50 000Fcfa avant l’entrée en salle d’examen, ce qui élève les frais universitaire à 53 000Fcfa, alors qu’ils ne bénéficient d’aucune attention médicale. Après plusieurs revendications, l’Etat a aussi consentie une prime à la recherche pour les étudiants en cycle de recherche, pour compenser la bourse supprimée. Une autre source de conflit permanent entre les étudiants et les autorités universitaires, pour ce qui est des listes des bénéficiaires et même des paiements. Le chapelet des revendications est long. Les problèmes s’accumulent au fil des années, à l’image du Cameroun, l’université est dans un tunnel, elle ne fait plus rêver, elle n’est plus ce haut lieu du savoir et de la recherche, personne n’y est plus à l’aise, même pas les enseignants, et c’est à peine que sur le plan international, une Université camerounaise, celle de Dschang apparait souvent dans le classement des meilleures universités d’Afrique.

Roland TSAPI

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