Esclavage des jeunes Noirs : le dilemme de la poule et de l’œuf

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On n’a pas fini de parler du commerce des êtres humains noirs qui se passe en Lybie, du moins ce qui a été exposé à la face du monde. Analystes, chercheurs, activistes et militants des droits de l’homme nous font savoir que le phénomène existe depuis longtemps et est dénoncé. On apprend ainsi qu’en Mauritanie, les Noirs, quoique Mauritaniens, sont des esclaves chez d’autres Mauritaniens Arabes, sans que cela n’émeuve personne. On apprend ainsi de Jean Paul Pougala, dans un essai intitulé « oui à l’esclavage des Noirs en Libye », qu’aujourd’hui, dans le sud d’Italie, la mafia se frotte les mains, puisqu’elle arrive à placer les esclaves noirs, pardon, les migrants noirs dans  les plantations pour les récoltes d’oranges, de tomates, de tabac etc. Tout à fait gratuitement. Et celui qui se rebelle est tout simplement assassiné pour donner l’exemple aux autres. On apprend, ce qu’on savait déjà, que des milliers de migrants sont jetés par-dessus bord en haute mer, morts de froid ou d’autres choses, parfois même simplement tués. On apprend que ça fait dix ans qu’on ramasse des cadavres des migrants sur les bords de la mer méditerranée, emportés par les naufrages.

On n’a pas fini de parler du commerce des êtres humains noirs qui se passe en Lybie, du moins ce qui a été exposé à la face du monde. Analystes, chercheurs

L’esclavage se poursuit. Hélas!

Légitimation de la déshumanisation

On apprend que les bateaux qui naviguent dans ces eaux sont bien fabriqués quelque part par une main d’œuvre, qui n’est constituée que des mains d’esclaves noirs. On apprend que pire que ceux qu’on voit sur des images en train d’être vendus, la plupart qui entrent en Europe se vendent eux-mêmes et délibérément et se font traiter comme moins que des humains pour avoir un toit, un job, un papier… On apprend finalement que ceux qui sont vendus ont encore la chance d’être en vie, comparé à beaucoup qui sont morts dans le désert ou en mer, et il vaut mieux être vivant et vendu comme du bétail que de devenir la chair des fauves dans le désert ou des requins en mer, car l’espoir subsiste qu’un jour on puisse s’affranchir et réaliser son rêve. On est là en pleine  légitimation de la déshumanisation. Ont-ils seulement le choix, ces migrants au sort si complexe ? Non, disent certains, dont l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome. Invitée de l’émission « ce soir ou jamais » à la télévision Française France 2 le 24 avril 2015, l’auteur du livre « Ventre de l’Atlantique » expliquait alors que « quelqu’un qui part et qui envisage l’éventualité d’un échec, celui-là peut trouver le péril absurde, et donc l’éviter. Mais celui qui part pour la survie, qui considère que la vie qu’il a à perdre ne vaut rien, alors celui-là, sa force est inouïe, parce qu’il n’a pas peur de la mort. Quelqu’un qui part, c’est comme quelqu’un qui est choisi, élu, peut-être le plus débrouillard, il y a tout un clan ou toute une famille qui pose son espoir sur celui-là. La famille imagine alors qu’il peut aller gagner de quoi vivre.» Pour Fatou Diome, les migrants fuient la misère que les Blancs qui les pourchassent et les méprisent ont eux-mêmes installé en Afrique avec le pillage systématique des ressources.

La faible économie noire africaine

Tout le monde est unanime que la situation est déshumanisante, mais il y a aussi un autre courant de pensée qui soutient que ceux qui partent avaient encore le choix de rester. Parce que le voyage a un coup, qui s’élève parfois à des millions de francs CFA. Un argent qui peut simplement être investi sur place. L’artiste Petit Pays disait le « bonheur c’est ici ». Jean Paul Pougala insiste en disant que le paradis c’est chez nous et que cela ne sert à rien de partir de l’Afrique pour aller souffrir dehors. Pour lui, on devient pauvre pour deux raisons : soit on est fainéant et on ne fournit pas suffisamment d’effort pour produire suffisamment de richesse, soit on produit mais on le dépense mal ou bien on dépense plus que ce qu’on produit, le cas de nos Etats. Et d’après lui, « il ne sert à rien de pleurnicher ou de s’indigner. Il faut agir. Que chacun dise plutôt ce qu’il est en train de faire pour que cela ne se reproduise plus. J’ai choisi avec mes jeunes industriels africains du Rinvindaf Douala-8, de changer de stratégie de défense et désormais de passer à l’offensive dans la guerre économique qui nous oppose à l’Europe ». Ce qui arrive au Noirs est aussi la conséquence de la faible économie noire africaine, selon d’autres thèses. Ekanga Ekanga Claude Wilfried, un Camerounais de la diaspora, explique que pour le cas de la Chine par exemple, la grande famine de 1958-1961 qui avait causé plus de 35 millions de morts, avait attiré à ce pays les pires railleries du monde. On l’appelait  « Le grand malade d’Asie », mais lorsque Deng Xiaoping prendra le pouvoir en 1978, le pays misera tout sur son concept des « Quatre Modernisations » : l’agriculture, l’industrie, les sciences/techniques et l’armement, et amorcera un bond économique sans précédent. Aujourd’hui, dit Ekanga Ekanga, « vous n’entendrez nulle part qu’on a vendu un Chinois comme une chèvre. La Chine est la première réserve de devises au monde, et le deuxième créateur de richesses après les USA (12 000 milliards de dollars de Produit Intérieur Brut annuel). En d’autres termes, si des Chinois se retrouvent torturés quelque part dans le monde, leur patrie qui de surcroît possède l’arme nucléaire et un droit de veto à l’ONU, saura répondre comme il le faut. ….Ainsi va la puissance. Quand votre pays réalise de tels scores, vos citoyens peuvent être tranquilles où qu’ils aillent. D’ailleurs, le visa leur est grandement facilité. Pendant ce temps, la vie même du Noir est considérée comme un prix trop faible pour le droit d’entrée en Europe.

L’incompétence de nos dirigeants

Plus est, les Chefs d’Etats chargés de mener nos pays vers l’émergence à l’exemple de la Chine, s’avèrent n’être en réalité que des statues de porcelaine, dont le seul véritable talent réside dans l’art de conserver leur poste sur plusieurs décennies. On ne le dira jamais assez, l’Afrique est de loin, de très loin le continent le plus riche du globe, et le simple fait que nous soyons en même temps de loin, de très loin les plus pauvres du globe, sert de preuve à l’incompétence de nos dirigeants, qui dans les faits d’ailleurs, ne dirigent rien du tout. Notre continent appartient aux autres, aux Occidentaux et aux Orientaux, ou plus exactement, aux Blancs et aux Jaunes. Oui, la solution est le pouvoir économique. Oui, c’est quand on sera autosuffisants sur l’alimentaire et forts sur la technologie qu’on va nous respecter. Mais où êtes-vous donc quand vos frères ont des projets d’avenir prometteurs et concrets? » Fin de citation. C’est vrai qu’en retournant dans tous les sens cette question de l’émigration et ses conséquences, en établissant les responsabilités entre les dirigeants qui n’ont pas créé des conditions d’épanouissement, et cette jeunesse qui part alors qu’elle aurait bien pu rester, on se retrouve dans le dilemme de l’œuf et de la poule. Qui a existé avant qui ?

Roland TSAPI

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Un commentaire

  1. ooh, très brillante analyse. moi je suis très désespérée sur notre passivité. j’attends impatiemment le signal du top départ pour le changement. à quand, mes frères ? seule, ça n’aura aucun impact.

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