L’ esclavage, l’illusion de liberté…parlons en

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Depuis une semaine la communauté noire sur le continent et dans la diaspora est choquée de constater que l’ esclavage, supposée être abolie depuis des siècles, continue à se pratiquer sur le sol africain, notamment en Libye où les candidats à l’émigration tombent dans le piège des passeurs qui sont en réalité des vendeurs d’hommes. L’ esclavage au sens de l’histoire des peuples africains renvoie à ce commerce odieux qui consistait à acheter des hommes, femmes et enfants sur les côtes africaines dans des bateaux européens, et les amener en Amérique pour les travaux dans les champs, dont les récoltes étaient envoyées en Europe pour nourrir les Européens, considérés comme des peuples supérieurs. C’est ce qui a été appelé le commerce triangulaire. Après une lutte de plus de quatre siècles, le décret de l’abolition de l’ esclavage fut signé en France le 27 avril 1848 par le Gouvernement provisoire de la deuxième République. Mais personne n’est dupe, le Noir a continuée de faire l’objet de ce crime contre l’humanité sous différentes formes, et sous l’ère moderne l’esclavage a continué à se pratiquer en toute impunité, mais cette fois-là en clandestinité.

Depuis une semaine la communauté noire sur le continent et dans la diaspora est choquée de constater que l’ esclavage, supposée être abolie depuis des siècles,

L’esclavage se poursuit. Hélas!

Ce qui s’est dénoncé en Libye, d’abord par un reportage de la chaine de télévision américaine Cable News Network CNN et un coup de gueule de Claudy Siar n’est en réalité que la face visible d’un esclavage qui n’a vraiment jamais été aboli. Pire, il a pris des proportions insoupçonnées et sans le savoir, nous vivons au quotidien dans cet esclavage. Ce que le philosophe Hegel appelle la dialectique du maitre et de l’esclave. C’est le sens de cette réflexion de Maitre Afra, faite à la suite de la sortie de Claudy Siar. Il nous invite à vaincre d’abord l’esclavage c’est-à-dire la dépendance dans nos consciences, et ensuite seulement nous seront biens armés pour lutter contre l’esclavage physique. Il dit : «Tu payes l’école à tes enfants et quand ils travaillent tu leur demandes de t’acheter maison et voiture. Ça s’appelle comment ? Tu envoies tes petites sœurs en prostitution pour séduire des mecs fortunés pendant que tu te prélasses devant la tv. Tu appelles ça comment ? Tu t’enfermes dans des églises où on te raconte que ta famille est un frein à ton  » avenir » ou que ton homme se transforme en serpent boa la nuit.  Tu appelles ça comment? Tu utilises ton employé ou ton agent comme un déchet. Tu lui refuses tout droit ou toute dignité.  Tu appelles ça comment ? Tu es prisonnière des discours pompeux de tes copines,  Tu es complexée par leurs attitudes blingbling .Tu as même maudit tes parents de ne pas être nés ministres, tu appelles ça comment ? Tu es tellement soucieux de ton image,  ta réputation,  ton honneur, et ton cerveau n’arrête pas de s’activer pour protéger cette carapace. Tu nommes  ça comment ? Tu trichais à l’école. A Soa, Ndang et UB, tu as opté pour l’achat des notes. Au boulot tu achètes les postes. Mais visiblement tu n’as toujours pas la paix. Comment tu appelles ça? Tu convoites les voitures du voisin, tu envies le succès scolaire de ses enfants, tu jalouses le moindre éclat d’autrui. Tu appelles ça comment? Tu refuses toute publication positive sur Facebook. Lorsqu’il écrit qu’il est heureux, tu refuses de liker ou de commenter. Lorsqu’il annonce qu’il est fauché ou en détresse, tu débarques avec tes faux airs de compassion. Tu appelles ça  comment ?

Tu médis, calomnies, insulte, outrage tes collègues et tes confrères.  Tu t’interdis le moindre compliment aux autres, mais tu attends toujours des louanges à ton égard. Tu appelles ça comment? Tu as de l’argent sur toi. Du papier imprimé.  Tu oublies que c’est toi, l’homme,  qui as donné de la valeur à l’argent. Tu es convaincu que c’est l’argent qui te donne une valeur. Tu appelles ça comment? Tu refuses le rite traditionnel à nos morts, mais tu célèbres la Toussaint et Halloween.  Tu appelles ça comment? Tu refuses de porter nos tenues traditionnelles,  mais tu te vantes avec les marques des couturiers français. Toi qui méprises ainsi l’industrie de l’habillement de ton pays,  tu appelles ça comment? Tu dis que le Ngondo, le Nguon et autres festivals traditionnels c’est du folklore,  mais en applaudissant l’intronisation du Roi d’Espagne,  tu appelles ça comment? Tu refuses ta peau d’Ebene. Tu estimes que la peau de la Reine de Saba n’est pas jolie. Alors quand tu te décapes, tu appelles ça comment? Tu préfères les artistes qui passent sur  » Crasse TV  »  et tu refuses d’encourager ceux qui sont encore dans l’anonymat. Tu appelles ça comment? Tu connais tous les joueurs de Liga, Ligue 1, etc Quand il s’agit du championnat camerounais, et que tu ne pourras me citer aucun club ni aucun joueur,  tu appelles ça comment? Tu refuses à tes enfants de parler le délicieux Pidjin, le merveilleux Fufulde, le séduisant Duala, le virile Eton, l’envoûtant Bayigui, le magnifique Medumba, le croustillant Kako. Quand tu les tabasses à cause de Molière et de Shakespeare, tu appelles ça comment ? Tu te fâches parce que ton neveu ne porte pas de prénom juif, arabe ou chrétien. Tu appelles ça comment? Oui, ce qui se passe en Libye est triste. En cela, je suis d’accord avec Claudy Siar et sa colère. Oui, Claudy,  il faut dénoncer. Moi, Maître Afra,  Je dénonce toutes les formes d’ esclavage. Mais je dois poser cette question à  haute voix : Sommes-nous sûrs de ne pas être esclaves ?»

Osons ce questionnement!

Osons nous demander si l’illusion de liberté que nous avons, n’est pas simplement un enfer (me) ment ? Oui, citons la fin de l’ esclavage.  Mais, tant que nous ne nous libérons pas de nos servitudes mentales,  alors oui, nous serons toujours des esclaves.

Roland TSAPI

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