Assemblée nationale/ Budget 2018 : Ces ministères qui se négligent

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La session parlementaire qui se tient en ce moment à Yaoundé est celle au cours de laquelle les différents ministères et certaines administrations sont appelés à défendre leur budget pour l’année 2018. Dans les habitudes, chaque chef de département ministériel doit présenter les éléments qui justifient le montant demandé, lesquels éléments se résument en besoins. Et dans le processus de confection du budget, chaque ministère s’appuie d’abord sur ses services déconcentrés, jusqu’au plus bas de l’échelle. Les délégations d’arrondissement expriment leurs besoins en investissement et en fonctionnement, qu’elles transmettent au niveau du département. Les différents départements compilent ces besoins et y ajoutent les leurs qu’ils transmettent au niveau de la Région. A ce niveau également, le budget est consolidé et harmonisé pour être transmis au ministère, qui en fera une compilation finale avant la soumission à l’Assemblée nationale, pour validation. C’est dire qu’en fin de compte, ce n’est pas l’Assemblée nationale qui alloue tel ou tel montant à tel ministère, administration, ou institution, comme on a tendance à le croire.

C’est le lieu pour nous de nous intéresser au budget sollicité par le ministère des Arts et de la Culture, juste pris au hasard. L’enveloppe pour l’exercice 2018 de ce département s’élève à quatre milliards quatre cent dix-sept millions, dont trois milliards cinq cent cinquante-sept millions pour le fonctionnement et seulement 860 millions pour les investissements, soit 19% de son budget total. 860 millions pour quoi faire, sommes-nous tentés de nous demander. D’après le texte portant organisation du gouvernement, Le ministre de la Culture est chargé de l’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation de la politique de la Nation en matière de promotion et de développement culturel, ainsi que d’intégration nationale. A ce titre il est responsable du développement et de la diffusion de la culture nationale, de la préparation et du suivi des mesures visant à renforcer l’intégration nationale, de la cinématographie, de la protection du patrimoine culturel, artistique et cinématographique national, de la préservation des sites et monuments historiques, des musées, des bibliothèques, des cinémathèques et des archives nationales. Prenons le cas de la cinématographie. Tous les spécialistes sont unanimes sur le fait que le niveau du cinéma actuel est préoccupant. Et qu’un meilleur encadrement de ce domaine peut être rentable pour le pays. D’après Joseph Pascal Mbarga, auteur d’un essai intitulé « L’industrie cinématographique du Cameroun : évaluation et perspectives, aucun développement n’est possible en marge de la culture. Le cinéma, plus que les autres médiums, est celui-là qui met les cultures en contact et brise les barrières.

Manque de soutien de l’Etat

La session parlementaire qui se tient en ce moment à Yaoundé est celle au cours de laquelle les différents ministères et certaines administrations sont appelés à défendre leur budget pour l’année 2018.

Des moyens de tournage archaïques.

Il continue : «Les pays en voies de développement à l’instar du Cameroun se doivent de favoriser l’émergence et la pérennisation de leur culture. Les États Unis d’Amérique, la Chine, le Japon et plus récemment notre voisin le Nigeria tirent leur notoriété de leur industrie cinématographique parce qu’ils ont su exporter leur identité culturelle». Ce qu’on connait aujourd’hui comme l’american dream ou le rêve américain a été construit à partir de l’industrie cinématographique, qui a inculqué et développé une façon d’être et de vivre, ce qui est la vraie culture, la culture américaine qui fédère tout le monde. Au Cameroun les salles de cinéma ont fermé les unes après les autres depuis 2009. Abbia, Capitole, Mfoundi, Fébé à Yaoundé ; Wouri, Rex, Eden, Concorde, à Douala ; Empire à Bafoussam pour ne prendre que quelques exemples. Malgré cela, les films locaux n’ont cessé d’être produits, mais tout le monde est d’accord que la qualité technique des productions laisse à désirer, à cause de l’insuffisance de professionnels formés, le sous équipement et surtout le manque de soutien de l’Etat.

Toujours d’après Joseph Pascal Mbarga, l’aventure cinématographique camerounaise commence dès les années 60 avec un documentaire : “Aventure en France” sur la vie des jeunes camerounais vivant en France. Une co-réalisation de NGASSA Jean-Paul et de Philippe Brunet en 1962. Par la suite, des hommes tels que BENI Alphonse avec Fureur au poing, DIKONGUE Jean-Pierre avec Muna Moto en 1975, KAMWA Daniel avec Boubou cravate en 1972 et Pousse-Pousse en 1975 vont prendre le relais. Et ceci, appuyé par Le Fonds de Développement de l’Industrie Cinématographique (FODIC), crée en 1973. Ce dynamisme des cinéastes camerounais est accueilli par les cinéphiles camerounais de la plus belle manière et ira même jusqu’à impulser une réflexion sur l’identité nationale.

Baisse de régime du cinéma camerounais

C’est ainsi que le premier Ministère exclusivement dédié à la Culture est créé par décret présidentiel N° 92/ 245 du 26 novembre 1992. Aujourd’hui Ministère des Arts et de la Culture. Ce Ministère voit le jour au bout d’un débat national sur les États Généraux de la Culture tenus à Yaoundé du 23 au 26 août 1991. Par la suite, vont se révéler au cinéma camerounais des hommes tels que BEKOLO Jean-Pierre avec Quartier Mozart en 1992 et BASSEK BA KOBHIO avec Sango Malo ou le Maître du canton en 1991, pour ne citer que ceux-là. Toutes ces personnalités vont continuer à asseoir l’art cinématographique au Cameroun et contribuer à ce que celui-ci se fasse une place respectable dans les salles africaines.

Depuis les années 2000, il y a une baisse de régime du cinéma camerounais tant au niveau des cinéastes qu’au niveau du Ministère en charge des Arts et de la Culture.

Le cinéma n’étant qu’un seul aspect de la culture qui aura besoin de financement, aux côtés de la préservation des sites et monuments historiques, des musées, des bibliothèques et des archives nationales, les 860 millions prévus pour les investissements l’année prochaine montre bien que ce n’est pas pour demain que le rêve camerounais va être impulsé à travers une véritable industrie cinématographique.

Roland TSAPI

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