Loi de Finances : Un Budget d’investissement faible mais jamais épuisé

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Le Parlement camerounais, députés et sénateurs confondus, sont en ce moment réunis à Yaoundé pour la session parlementaire du mois de novembre, la dernière de l’année. Une session habituellement consacrée à l’examen et au vote du budget pour l’année suivante. Plus simplement dit, ils vont décider, ou plutôt valider les montants d’argent sollicités par les administrations publiques pour leurs dépenses en 2018. Lesquelles dépenses sont toujours réparties en deux, les dépenses d’investissement et les dépenses de fonctionnement. Pour l’année qui s’achève le budget était de 4 373,8 milliards de FCFA, et le projet de loi de finances annonce un budget prévisionnel de 4 513 milliards de FCFA. La particularité de cette enveloppe budgétaire est que d’année en années, la quotte part réservée aux investissements reste minime, comparée à l’enveloppe prévue pour la consommation. Les dépenses d’investissement comprises comme celles destinées à l’acquisition des équipements et la construction des infrastructures de développement.

Pour l’année qui s’achève le budget était de 4 373,8 milliards de FCFA, et le projet de loi de finances annonce un budget prévisionnel de 4 513 milliards de FCFA

Le Stade de Bafoussam.

A titre d’illustration, en 2013, sur un budget équilibré en recettes et en dépenses à la somme de 3 236 milliards de FCfa, l’enveloppe allouée à l’investissement public représentera 29,57%, soit 957 milliards de FCfa en valeur absolue. A partir de l’année 2014, les ressources financières destinées à l’investissement public au Cameroun franchiront, pour la première fois, la barre de 1000 milliards de francs Cfa, à la faveur du lancement du plan d’urgence triennal pour la réduction de la pauvreté et des chantiers liés à l’organisation des Coupes d’Afrique des nations (CAN) de football 2016 et 2019. Ces ressources atteindront 1246 milliards de FCfa en 2015 (représentant 31,2% de l’enveloppe globale), puis 1525 milliards de FCfa en 2016, soit 36% du budget total. Selon les statistiques officielles, alors qu’il ne représentait que 18% de l’enveloppe budgétaire nationale en 2010, le BIP culmine désormais à 36% depuis 2016, soit une progression de près de 20% sur une période de 7 ans. Mais malgré cette progression, la priorité reste donnée à la consommation, ou plutôt au fonctionnement.

Un taux d’exécution du BIP de seulement 36%

Ce qui est encore particulier au Cameroun, c’est que malgré la maigreur de l’enveloppe allouée aux investissements, dans un pays qui a grandement besoin d’infrastructures de développement, sa consommation reste un gros problème. Non seulement l’argent n’est pas suffisant, mais en plus on n’arrive pas à l’utiliser pour les projets. Il n’y a qu’à observer les retards et autres difficultés techniques sur certains grands chantiers comme les projets autoroutiers, les infrastructures de la CAN 2019, le barrage de Mekin notamment pour s’en convaincre. Les taux d’exécution du BIP au cours de certains exercices budgétaires en disent long également à ce sujet. A trois mois de la fin de l’exercice 2014, les pointages officiels révélaient un taux d’exécution du BIP de seulement 36% sur l’ensemble du territoire. D’après le ministère de l’Economie, le niveau de dépense de cette enveloppe s’est amélioré depuis 2015, et les taux de consommation atteignent désormais 90%, comme ce fut le cas en fin novembre 2015 et en fin d’année 2016. De même, en août dernier, le Comité national de suivi de l’exécution physico-financière de l’investissement public informait que le Budget d’investissement public (BIP), d’un montant de 1 586 milliards de FCFA pour l’exercice 2017, a été exécuté à hauteur de 52,83% au 30 juin.

Des chiffres qui ne convainquent pas toujours, car sur le terrain rien ne laisse penser que des projets sont effectivement réalisés, au vu des conditions de vie des populations qui ne connaissent pas une amélioration conséquente. D’ailleurs, le même comité national de suivi du budget qui indiquait que le Bip a été exécuté à hauteur de 52% au premier semestre de cette année, relève qu’il y a des ministères qui ont un taux de réalisation quasiment nul. D’après des informations publiées par le Quotidien de l’Economie le 16 août dernier, le ministère de la Justice avait engagé 657 millions au 30 juin, sur les 3 milliards deux cent millions de son enveloppe prévue pour les investissements. Pas sûr que d’ici la fin de l’année la moitié cet argent sera utilisé, et Dieu seul sait qu’il y a des besoins non encore satisfaits dans ce département, ne serait-ce que l’équipement des salles d’audience en matériel de sonorisation, pour parler du peu.

Les mauvais élèves

Dans le même domaine, la Cour suprême a obtenu pour cette année 2017 la somme de 500 millions pour les investissements, et au 30 juin le montant des crédits engagés était de 53 millions de FCFA, soit un taux de d’exécution de 10,61%. Là aussi on ne peut pas penser qu’il n’y a pas des besoins à satisfaire, qui devraient améliorer tant les conditions de travail des magistrats que la qualité de service rendu au justiciable. Le ministère de la Communication est aussi cité parmi les mauvais élèves pour ce qui est de la consommation du budget d’investissement. Sur une enveloppe de 1 milliard 400 millions de francs Cfa, Le taux d’engagement global des crédits est de 3,32% au 30 juin 2017. Cependant, le taux d’engagement des crédits à gestion centrale est de 0,00% contre 15,9% à la même période en 2016.

Même le ministère des Finances est dans la liste. Avec un budget d’investissement public global de 6milliards746 millions de FCFA, au 30 juin, l’exécution physico-financière du BIP sur ressources internes à ce département ministériel affiche un taux d’engagement de 2,30%. L’exécution du BIP à gestion centrale indique un taux de 1,05% contre 4,93% en 2016 à la même période. Soit, une baisse de 3,88 points. La liste n’est pas exhaustive. L’essentiel c’est de retenir que non seulement l’enveloppe budgétaire alloué aux investissements est insuffisante, mais même le peu qui est accordé, rencontre des problèmes pour être exécuté. Dans un pays où tout est à faire.

Roland TSAPI

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