Gare aux aventuriers et aux flibustiers médiatiques de tous bords!

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La scène, qui s’est produite, le 12 novembre 2017, sur une chaîne de télévision locale (Canal 2) dans le cadre de l’émission « L’Arène », a permis de constater, à certains moments, que certains directeurs de publication peuvent retourner le fusil sur leurs épaules et tirer sur leur propre corps. Toute chose ayant suscité la controverse au sein de l’opinion publique nationale et internationale et ayant incliné plus d’un-même les quidams- à jeter l’opprobre sur le métier de journalisme. Suivant l’approche compréhensive chère aux sociologues interactionnistes, il est idoine d’analyser la dynamique émotive, affective et subjective des uns et des autres sur la toile à l’aune de la dé-construction des formes de basse besogne des Hommes de médias dans l’arène sociale. Le cliché marquant de la présente production, dont mention a été faite supra, est lié à la révélation de deux cas emblématiques de corruption, au cœur desquels se trouvent un célèbre footballeur, une dame et un directeur de publication ayant la posture de « gate keeper », c’est-à-dire de médiateur principal dans une affaire sordide et scandaleuse de sexe. La simple évocation de cinq millions de Fcfa et de douze millions de Fcfa offerts à cet intermédiaire qui dit avoir distribué à des patrons de presse témoigne, à suffisance, de ce que certains Hommes de médias sont éventuellement passés à la caisse bien que certains récusent cette accusation prétextant que le Dp concerné a fait preuve de bouffonnerie en s’appropriant ce pactole seul. Mythe ou réalité? A chacun(e) d’y répondre! Mais la mauvaise mise en vitrine des Hommes de médias dans cette affaire controversée remet au goût du jour le problème crucial de la corruption dans le kaléidoscope médiatique national, où il existe autant de flingueurs que de maîtres-chanteurs.

Des colporteurs d’insultes, de stéréotypes

Depuis l’avènement de la dynamique libertaire au Cameroun, phénomène consécutif à la démocratisation et à la libéralisation de la vie sociale, politique, économique et culturelle, le champ médiatique s’est étoffé autant de bonnes graines que de l’ivraie. Parmi les différentes composantes de l’ivraie médiatique, il y a :

-des colporteurs d’insultes, de stéréotypes, de sarcasmes et de quolibets sur des personnalités politique et publique;

-des serviteurs des réseaux occultes et mafieux, dont ils sont, d’ailleurs, à la solde;

-des aventuriers qui ne maîtrisent guère les principes et règles de l’éthique et de la déontologique, chers aux sciences de l’information et de la communication;

-des flibustiers de tous bords qui s’érigent, tels des juges, en censeurs de la République dans les organes médiatiques.

Essai de balisage conceptuel des quatre terminologies

  1. Les colporteurs d’insultes, de stéréotypes, de sarcasmes et de quolibets sur des personnalités politique et publique

Il s’agit, ici, des personnes et des personnages qui, invités à croiser le verbe dans des émissions de débat politique, font piètre figure, en couvrant d’anathème et d’opprobre des personnalités de la scène politique, médiatique et publique. En effet, ce sont des individus au caractère douteux et sulfureux qui n’ont, pour la plupart, pour but que de ternir l’image des cadres et  des hauts cadres des strates bureaucrativo-politiques, l’enjeu étant, in fine, de dé-construire le statut, voire la stature de ces personnalités politique et publique. Conviés donc à débattre des différents thèmes nourris par l’actualité brûlante et ambiante de chaque semaine, ces personnages sans foi ni loi passent le plus clair de leur temps à affubler certaines personnalités politique et publique de clichés négatifs, de stéréotypes péjoratifs, d’injures nauséabondes et de sarcasmes inimaginables de toutes sortes. Ceci au mépris du respect d’un minimum de règles et de vertus de la décence, de la convenance et de la bienséance sociales. Ainsi entend-on souvent ces espiègles dire : »Le Directeur du cabinet civil de la Présidence de la République  a fait ceci…;le Ministre de…a sodomisé tel…; le Directeur Général de…a détourné tel montant faramineux…;Mme le Directeur Général de…a corrompu tel…. Puis-je en citer jusqu’où? De toute évidence, la nomenclature de ces exemples rustres et infâmes est loin d’être exhaustive. Voilà donc des individus qui, à longueur de journée, voire à longueur de week-ends et de semaines, investissent l’arène médiatique. Histoire de saper l’image de telle personnalité politique ou de telle personnalité publique. Face à des « présentateurs » de débat, pour la plupart, mièvres, vulnérables, moins percutants, sans substance et sans consistance, face à des co-panélistes moins capés culturellement et intellectuellement, ces colporteurs d’insultes et de quolibets s’imposent, sans coup férir, comme des rois de la forêt médiatique, alimentant, ainsi, leur évangile du discrédit sans tête ni queue. Mus par une réflexion manichéenne, voire manichéiste pure et dure, ces personnages mettent sérieusement en péril certains organes médiatiques qui leur servent toujours, chaque fois que l’occasion opportune se présente, leur passerelle d’expression et de discussion.

des "parvenus médiatiques", dont le dessein est de se muer en magistrat, en juge et, par corollaire, en censeur de la République

Des journalistes en séminaire. (Archives)

2. Les serviteurs des réseaux occultes et mafieux.

La catégorie des colporteurs d’insultes et de quolibets est indissociable de celle des serviteurs des réseaux occultes et mafieux. En réalité, ces deux types sont étroitement corrélés ou liés tant le premier sert fondamentalement les intérêts du second. Ces colporteurs d’insultes et de railleries acerbes, au regard de la mise en scène produite au quotidien dans des médias, sont, c’est un secret de polichinelle, à la solde des personnalités politique et publique, qui leur présentent des dossiers vicieux, brumeux, insidieux, périlleux, et, parfois, foireux de leurs rivaux politiques. Le travail, en pareille circonstance, consiste, pour ces Hommes politiques, à instrumentaliser certains journalistes pour battre en brèche leurs concurrents politiques appartenant à leur aire culturelle ou à une région donnée. Il y a donc des membres du gouvernement, des Directeurs Généraux des entreprises publique et para-étatique, des hommes et femmes politiques, etc qui manipulent, sans cesse, certains directeurs de publications, dont la parution hebdomadaire ou mensuelle est sporadique et irrégulière, le dessein étant de ternir l’image de tel ou de tel autre. Pire encore ces « journalistes » manipulés et usés comme des bêtes de somme au gré de la captation des espèces sonnantes et trébuchantes sont contraints par leurs réseaux latents de se livrer, contre vents et marées, à « l’interventionnisme médiatique » au cours des débats politique et public. L’intention inavouée est de continuer, impertubablement, à rouer de coups leurs adversaires ou leurs rivaux politiques. Ces journalistes serviteurs des réseaux sous-jacents mettent, eux aussi, en péril non seulement leur organe de presse, mais aussi et a fortiori, certaines stations de radios et chaînes de télévisions locales, qui leur offrent un ou des espaces de débat politique et public auxquels ils participent fort opportunément.
Le racket ou le rançonnement des personnalités

  1. Les aventuriers qui ne maîtrisent guère les principes et règles régissant l’éthique et la déontologie professionnelles en matière de sciences de l’information et de la communication

Cette 3ème catégorie d’acteurs médiatiques est constituée des journalistes et d’animateurs ayant, depuis le vent de la floraison des libertés individuelle et collective, investi le champ médiatique local. Venus des corps de métiers hétérogènes, des individus se sont décidés, bec et ongles, mains et pieds liés, corps et âme, à offrir leurs services à des stations de radios privées, dont la nomenclature est, sans cesse, croissante dans les grandes métropoles. Sans aucune formation basique, sans background légitime, sans maîtrise des principes élémentaires inhérents aux théories des sciences de l’information et de la communication, les acteurs appartenant à cette troisième catégorie ont donc eu le privilège d’intégrer des chaînes de radios urbaines. Histoire d’offrir leurs prestations contre une rétribution mensuelle tantôt inexistante, tantôt dérisoire, tantôt infime et irrégulière. Confrontés, pour ainsi dire, à la précarité financière et matérielle et, partant, à  la relégation et à la paupérisation chancelantes et outrecuidantes, dont certains promoteurs d’entreprises médiatiques sont responsables, vu le payement sporadique du revenu de leur besogne quotidienne, certains Hommes de médias usent et abusent d’astuces et de malices diverses dans l’optique de renflouer leur besace en pécule. Le racket ou le rançonnement des personnalités politique et publique est la facette emblématique du visage hideux de certains acteurs médiatiques, férus et mordus de ce type de pratiques déshonorables et exécrables. Il est aussi idoine, dans la même lancée, de savoir que cette troisième catégorie d’Hommes de médias met en péril certains organes de presse tant leurs excroissances comportementales sont préjudiciables pour les entreprises qui les emploient, et qui ont, véritablement, besoin d’acteurs médiatiques sains et dotés d’un esprit sain.

  1. Des flibustiers de tous bords qui s’érigent, tels des juges, en censeurs de la République

Il s’agit d’une typologie construite par des « parvenus médiatiques », dont le dessein est de se muer en magistrat, en juge et, par corollaire, en censeur de la République. Cette catégorie est née, si l’on ne s’abuse, en 2007 dans une chaîne de radio urbaine émettant à Yaoundé. Le Directeur de l’information de cette station de radio a, d’ailleurs, été suspendu d’antenne pour une période de deux mois le 22août 2014. Motif: atteinte et manquement grave à l’éthique et à la déontologie professionnelles. A l’époque de l’avènement d’un courant médiatique d’une telle trempe, il y avait un acteur, chantre de l’animation de ce type d’émission dénommé « Le tribunal », qui fut le premier à se jeter dans l’arène. L’on se souvient, d’ailleurs, que « Sky one radio », où se produisait et se produit encore cette forme de tribune amendée et rénovée, avait été, il y a quelques années, fermée et scellée pour atteinte à l’éthique et à la déontologie professionnelles et pour avoir provoqué un incident diplomatique. L’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun, qui avait été marqué négativement par le traitement de l’information sur ses concitoyens artistes-musiciens ivoiriens qui avaient donné un concert à cette époque au Cameroun, s’était plaint auprès de la haute autorité républicaine, auprès du Ministère des Relations extérieures et auprès du Ministère de la Communication. Toute chose ayant entraîné la sanction austère infligée à cette chaîne, qui avait alors été astreinte au mutisme, consécutif à la fermeture de ses locaux.

.Indéniablement, il est urgent de savoir que les acteurs de cette quatrième catégorie, devenus censeurs de la République mettent aussi en péril les stations de radios locales tant les émissions d’un tel acabit dérogent, de façon notable et considérable, aux principes et aux règles régissant l’éthique et la déontologie professionnelles. Tout homme de média -sexes confondus- n’a guère le rôle de censeur. Fort au contraire, il observe, enquête, rend compte, décrit, relate, explique, analyse, commente, interprète, décrypte et livre, in extenso, le fruit du double travail heuristique et herméneutique mené sur le terrain de la collecte des données informatives. L’Homme de média n’est donc pas le magistrat ou  le juge de la République.

Aventuriers et flibustiers médiatiques de tous bords, cessez l’imposture!

Serge-Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement

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