Replis identitaires : Qui sommes-nous (…Fin !)

0

Nous continuons avec notre réflexion sur les replis identitaires devenu source de conflits et qui menace l’intégrité du pays, alors que comme nous le relevions hier avec une réflexion Dania Ebongue journaliste à la Crtv, c’est nous qui sommes étrangers à notre histoire. La répartition des groupes ethniques par zones géographiques du Cameroun ressort 5 grands groupes, dont le Grand ouest composé des ethnies BabankiBabungoBamilékéBamounNgemba, NsoTikarVere et autres. La zone Littoral comporte quant à elle les tribus BafawBakokosBakwerisBalongBankonBassasBatanga,Douala, MalimbaManehasMbo, Ndonga, Pongo, Yassa, Abo, Ewodi, BodimanBandemBanen, Bayangui… Dans cette répartition qui est loin d’être anodine, il ressort que beaucoup de regroupements ethniques qui aujourd’hui se réclament anglophone comme les Bakweri ou les Bayangui se retrouvent bien dans le regroupement des peuples classés comme ceux de la côte Littoral du Cameroun. Tout comme les Nso, un peuplement du Nord-ouest est classé parmi les peuples du Grand Ouest.

Tous les historiens l’ont déjà démontré, et cela saute à l’œil d’ailleurs qu’il n’y a aucune différence dans la constitution des chefferies traditionnelles de la Région de l’Ouest et de celles du Nord-ouest. Les deux peuples partagent les mêmes traditions et les mêmes habitudes vestimentaires et culinaires, preuve qu’ils sont d’une même souche. Le Achu ou taro, considérée comme une nourriture traditionnelle du Nord-ouest, a aussi la même valeur coutumière à l’Ouest. De même, tout le monde sait que la fête traditionnelle des Sawa appelée Ngondo regroupe les chefferies traditionnelles tant de la Région du Littoral que de celle du Sud Ouest. Le vêtement traditionnel appelé Nsanza ou le pagne est le même porté dans le Littoral et le Sud-ouest, et la différence perceptible entre les deux peuples n’est qu’au niveau des deux langues, le français et l’anglais pratiquées de part et d’autre du fleuve Moungo. Il n’est pas superflu à ce niveau de relever que les divisions administratives sont pour beaucoup dans les replis identitaires observés aujourd’hui, replis que les manifestations traditionnelles essaient tant bien que mal de briser.

les divisions administratives sont pour beaucoup dans les replis identitaires observés aujourd’hui, replis que les manifestations traditionnelles essaient tant bien que mal de briser.

Pendant une fête traditionnelle à l’Ouest Cameroun.

Etranger chez soi

La même chose qui s’est passée pour tout le continent africain, quand les puissances occidentales se sont réunies au cours de la fameuse conférence de Berlin le 26 février 1885  où elles ont pris le crayon et se sont partagées l’Afrique comme un gâteau, divisant des grands empires en plusieurs morceaux, et des familles entières se sont retrouvées avoir des nationalités différentes. Le même scénario se reproduira d’ailleurs du  4 au 11 février 1945. Winston Churchill, Joseph Staline et Franklin D. Roosevelt se réunissent à Yalta, au bord de la mer Noire, en Crimée, afin de régler les problèmes posés par la défaite inéluctable des Allemands. Ce pays fut simplement divisé en deux, entrainant également la division des familles qui pendant longtemps se sont considérées comme des étrangères les unes des autres.

De manière plus restrictive, la légende des tribus est assez parlante. S’agissant des Douala, le récit de leur aventure indique qu’ils sont des rescapés d’une tourmente suite au déchaînement des éléments dans l’océan. A la suite de cet incident, trois descendants d’un certain Ngoso, rejetés au fond du Delta de Guinée sont recueillis par les habitants de Piti, aux confluents de la Dibamba, entre Douala et Edéa. C’est là qu’ils vont fonder leur foyer. Leurs souvenirs généalogiques remontent à un ancêtre nommé Bwélé. Pour la tribu Batanga,  l’histoire dit que les Batanga du Cameroun, de Guinée Équatoriale comme ceux du Gabon sont des descendants de Ntanga Mu Mbèdi ou Ntanga fils de Mbedi, Mbedi lui-même étant  l’ancêtre commun Douala. Plusieurs siècles avant JC, suite à des malentendus claniques avec la hiérarchie Duala, Ntanga fils de Mbèdi décide de détacher son clan de la grande famille Duala ou les Mbèdi et le rebaptise Ba-ntanga.

Condamnés à vivre ensemble 

Les Malimba quant à eux appartiennent au grand groupe Sawa établi au Cameroun sur le littoral maritime et ses environs. ILIMBE, l´ancêtre dont ils tirent le nom était l´ainé des enfants de Mbedi, fils de Mbongo, fils de Mbe (ou Mbwe) issu du groupe Bakota du Congo dont tous les Sawa du Cameroun se réclament. Dans le groupe Sawa, les Malimba, Douala, Pongo et leurs frères, descendants directs de Mbedi, sont des Bombedi ou des Bona Mbedi. Vers Nkongsamba, le peuple Ngoh et Nsongo, plus généralement connu sous le nom de Mbo ou « Dualas des Montagnes » comme dirait Dicka Akwa, sont incontestablement une composante culturelle Sawa… Dans un courant migratoire, d´autres auraient quitté le Congo en longeant d´abord la rive occidentale de la Sangha et en passant ensuite par les régions des Maka-Njem, des Bassa, des Banen avant d´atteindre le versant du Mont Manengouba. Il y aurait enfin eu mariage entre ces deux communautés. De ce métissage résultera le peuple Mbo. Il se raconte également que les jeunes Nkamois se sont aussi exilés entre 1926 -1945 pour fuir les travaux forcés de construction des lignes de chemin de fer Douala-Yaoundé et Douala- Nkongsamba – ou encore les routes Yabassi-Loum et Yabassi-Yingui. À l’époque la majeure partie du travail se faisait à la main. Beaucoup de gens sont morts de ce dur labeur. D’où l’expression en Bandem  » Djomassibèlè  » utilisée pour désigner un travail difficile. Ils se sont aussi déplacés pour fuir la construction, toujours manuelle du barrage.

Des légendes comme cela, toutes les tribus en ont, et en remontant la généalogie on se rend compte que les peuples convergent toujours vers la même descendance. Et pour revenir aux origines de la création, la Bible ne dit-elle pas que Dieu créa Adam et Eve et leur demanda plus tard d’aller peupler la terre ? N’est-il pas écrit aussi que le déluge laissa seul Noe et sa famille en vie ? Et si c’est le cas ne serons-nous finalement tous que frères et sœurs, condamnés à vivre ensemble ?

Roland TSAPI

Share.

About Author

Leave A Reply