4 novembre 2017 / Il y a 35 ans, Ahmadou Ahidjo quittait le pouvoir

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4 novembre, cela fera 35 ans que le premier  président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo a pris la décision de démissionner de ses fonctions de président de la République. Il était 20h20 en ce jeudi 4 novembre de l’an 1982, quand à la radio nationale, la voix familière, d’un ton calme et assuré annonce la nouvelle, en indiquant que cette décision prendrait effet le lendemain à 10h. Il venait de boucler ses 22 ans au pouvoir. Sur les raisons de cette démission, les avis divergent selon les sources. D’après certains, il avait été poussé hors du pouvoir par la France envers laquelle il avait depuis peu commencé à marquer des signes d’émancipation, ne voulant plus leur obéir au doigt et à l’œil comme c’était le cas au début de son accession à la magistrature suprême. Mais d’après le journaliste François Soudan du  magazine Jeune Afrique  les confidences recueillies par son meilleur biographe, Philippe Gaillard, auprès des proches du président démissionnaire et notamment de son épouse Germaine, les choses se seraient passées autrement. D’après le magazine, l’hypothèse d’un retrait de la scène publique de celui qui fut à la fois un patriote et un despote est alors chose admise au Cameroun depuis le congrès du parti unique à Douala, en 1975.

Ahidjo, dit-on, prépare sa sortie, depuis ce congrès, mais on juge cette perspective lointaine et surtout réversible. Or, à partir du début de 1982, tout s’accélère. Au mois de juillet de cette année-là, la décision de démissionner est prise. Reste à en échafauder le scénario qui aura Germaine pour unique témoin.Pendant trois mois, Ahidjo jouera au malade alors même qu’il va mieux. Le seul argument, pense-t-il, qui puisse laisser sans réplique son entourage tétanisé à l’idée de sa démission est l’évocation d’une maladie grave. Peu à peu, les épisodes de lassitude alternent avec les crises de dépression, le tout parfaitement joué, si ce n’est totalement simulé. Le 29 octobre, il se rend à Grasse, en France, pour se soigner.  Toujours d’après François Soudan, il reçoit Guy Penne, le « monsieur Afrique » de François Mitterrand. Devant lui, au cours du repas, il avale une dizaine de pilules et se dit surmené, au bout du rouleau. Guy Penne repart atterré, gardant l’image d’un homme névrosé, en proie au délire. Le 3 novembre, Ahidjo rentre secrètement à Yaoundé, où son secrétaire général Samuel Eboua et le Premier ministre Paul Biya sont autorisés à venir l’accueillir. Seule Germaine, visiblement radieuse, trahit le scénario du grand malade – mais nul ne s’en aperçoit.

Paul Biya prend le flambeau

Il était 20h20 en ce jeudi 4 novembre de l’an 1982, quand à la radio nationale, la voix familière d'Ahmadou Ahidjo, d’un ton calme et assuré annonce la

Biya et Ahidjo.

Retiré dans la villa qu’il habite depuis peu au sein du palais d’Etoudi flambant neuf, Ahmadou Ahidjo convoque ce même soir son Premier ministre Paul Biya, l’informe de sa décision de lui passer la main et lui donne une heure pour aller réfléchir et venir lui donner la réponse. Il revint avec une réponse positive. Dans son ouvrage intitulé « une décennie avec le président Ahidjo », feu Samuel Eboua alors secrétaire général à la présidence, raconte que lui-même fut reçu le lendemain de l’entretien du président avec Paul Biya. Il était 10h15mn ce 4 novembre. Ahidjo l’informa qu’il avait muri sa décision depuis des mois voire des années, en disant: « En effet, depuis un certain temps, je constate que je ne suis plus à même d’assumer pleinement mes fonctions à la tête de l’Etat. Mes nerfs sont à bout, et mes médecins m’ont prescrit un repos complet d’un an». Il l’informa qu’il laissait sa place à Paul Biya, et lui proposa de prendre la tête de la Société nationale d’investissement s’il ne voulait pas faire partie du gouvernement de Paul Biya. Dans la même journée d’autres personnalités importantes du gouvernement furent mis dans la confidence. Et à chaque fois l’annonce provoquait un choc et tous essayaient de l’en dissuader, sauf, d’après une anecdote, un seul membre du gouvernement qui eut le courage de lui demander quand il part.

Dans une interview accordée en 1993 à Jeune Afrique, Germaine Ahidjo explique que « lorsqu’il a réuni ses ministres pour le leur annoncer, (Charles) Assalé, le porte-parole du gouvernement, lui a dit : on comprend la fatigue d’un président, mais qu’il prenne un an ou deux de repos, en laissant le Premier ministre assurer l’intérim. Il a répondu que ce n’était pas sa conception du pouvoir, et qu’en tout cas, il n’accepterait pas d’être chef d’État dans de telles conditions ». Dans la soirée, il dû faire face également à une délégation des membres du parti, conduite par le gouverneur de la province du Nord Ousmane Mey, le père de l’actuel ministre des Finances. La délégation insista une fois de plus pour qu’il revienne sur sa décision, et face à sa détermination, elle lui demanda d’accepter au moins de garder la présidence du parti. Ce qu’il accepta, et le communiqué fut modifié avant d’être lu à la radio où le générique du journal passait depuis bientôt 20 minutes.

«J’invite toutes les Camerounaises et tous les Camerounais à accorder sans réserve leur confiance, et à apporter leur concours à mon successeur constitutionnel M. Paul Biya», dira-t-il après l’annonce de sa démission. Pour finir il formula le vœu que le peuple camerounais demeure «uni, patriote, travailleur, digne et respecté». Il pria aussi Dieu Tout-puissant afin qu’il continue à assurer au peuple camerounais la protection et l’aide nécessaires à son développement dans la paix, l’unité et la justice ». L’onde de choc traversa le pays, mais les faits étaient irréversibles. Deux jours après, c’était le 6 novembre. Nous y reviendrons.

ROLAND TSAPI

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