Inertie : L’an 11 du docteur Fritz Ntone Ntone à la tête de la Cud

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Le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntone Ntone vient de regagner ses bureaux à l’hôtel de ville, de retour d’un voyage aux Etats Unis, notamment dans la ville de Philadelphie à l’occasion de la célébration des 30 ans de jumelage des deux villes. Il était en compagnie du préfet du Wouri Joseph Bertrand Mache et du Directeur général du Port autonome de Douala entre autres, la présence de ce dernier dans la délégation étant  expliquée par le fait que Philadelphie comme Douala est une ville ayant un port fluvial. Les deux villes sont en jumelage depuis 1986, et Fritz Ntone Ntone n’a pas manqué au cours de cette visite de le rappeler, tout en mentionnant les retombées de cette coopération décentralisée, éloquentes d’après lui.

Le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, Fritz Ntone Ntone vient de regagner ses bureaux à l’hôtel de ville, de retour d’un voyage

Fritz Ntone Ntone, délégué du gouvernement auprès de la Cud.

Comme la ville de Douala, Philadelphie est située sur un fleuve qui se jette dans l’océan Atlantique. Comme la ville de Douala, Philadelphie est aussi une ville historique qui a joué un rôle important dans l’histoire des Etats-Unis. Mais de tout point de vue, les similitudes entre les deux villes semblent s’arrêter là, car pendant que la ville de Philadelphie a su mettre à profit son aspect historique et son ouverture sur la mer, Douala semble plutôt en souffrir. Comme la plupart des villes portuaires américaines, Philadelphie a aménagé les bords du fleuve Delware, qui est pour cette ville ce que le Wouri est pour la ville de Douala, pour en faire un lieu de promenade et de distraction. Terminé d’aménager en 1982 à l’occasion du 3ème centenaire de la ville, l’endroit où débarqua le fondateur de la ville William Penn en 1682 (d’où le nom de Penn’s Landing) a été transformé en port fluvial et a su élargir sa vocation en développant des activités diverses pour y attirer la population. Plus de 60 concerts gratuits sont donnés sur Penn’s Landing chaque année. On y trouve également un aquarium, un musée d’histoire maritime et de navigation fluviale qui organise des expositions temporaires et gère plusieurs navires dont le USS Olympia, le USS Becuna, un sous-marin de la seconde guerre mondiale et le Moshulu un vieux bateau  de 122 mètres de long datant de 1904, et qui sert de restaurant flottant. On peut également visiter un bateau portugais du siècle dernier.

Le capitalisme a eu raison de la nature

Pour la ville de Douala que sont devenues les berges du Wouri ? Le seul espace touristique où l’on pouvait se promener, la base Elf, a été progressivement cédé aux industries qui y ont érigée des usines et autres bureaux. L’air frais que l’on respirait souvent sous les arbres a été remplacé par l’air pollué des gaz et déchets toxiques issues des usines. Le capitalisme a eu raison de la nature. En dehors de cet espace désormais colonisé par l’économie sauvage, plus aucun espace n’a jamais été aménagé par les soins de la ville  pour le tourisme. Toutes les berges sont polluées par des déchets rejetées par la mer et les drainages de la ville. Aucun service de nettoyage pour rendre ces eaux au moins esthétiques à la vue. A Philadelphie les berges des fleuves attirent les visiteurs. A Douala les berges du Wouri les repoussent plutôt.

Au bord du fleuve Delware de la Philadelphie, il y a des bateaux flottants où l’on peut aller se détendre et en apprendre sur l’histoire de cette ville. A Douala il n’y a même pas une pirogue à pagaie mis en service par la ville. Et les populations de l’île de Manoka qui constitue le 6eme arrondissement de la Communauté urbaine risquent leur vie dans des eaux tous les jours, là où la ville aurait pu mettre un petit bateau pour le transport. Parmi les reliques de l’histoire que garde la ville de Philadephie, il y a le Independence Hall (« le hall de l’indépendance »). C’est un bâtiment construit en briques rouges entre 1732 et 1753. Il fut construit pour abriter l’assemblée coloniale de Pennsylvanie avant la Révolution. C’est là où fut signée la déclaration d’indépendance en 1776 et où fut adoptée la Constitution Américaine en 1787). Il est encadré par deux autres bâtiments politiques, le vieil hôtel de ville  et la salle du Congrès (Congres Hall) où se réunissait le Congrès des Etats Unis de 1790 à 1800, du temps où Philadelphie était la capitale du pays (qui ne comptait alors que 13 états).

Des héros camerounais

Ensemble, les trois édifices qui occupent un bloc de la ville forment le Independence Square. On peut visiter le bâtiment  dans lequel deux pièces ont été réaménagées avec du mobilier d’époque. La première pièce, est celle qui servit à la rédaction et aux concertations, la seconde pièce, celle où les signatures ont été apposées. Dans une autre aile du bâtiment, sont encore visibles quelques feuilles de l’original de la première constitution, avec des notes manuscrites faites à la plume dans les marges. C’est dans une autre aile du bâtiment que l’on retrouve le premier Sénat des Etats-Unis d’Amérique et la première chambre des représentants. Devant le bâtiment, une statue représente George Washington déclarant l’indépendance au peuple américain. Et la ville de Douala, que garde-t-elle de l’important rôle qu’elle a joué dans l’histoire du Cameroun ? Où trouve-t-on un bâtiment dans lequel on peut revisiter l’histoire du Cameroun, du jour où les Allemands ont mis les pieds sur les berges du Wouri en 1884 ? Quelles œuvres d’art représentent les autochtones en train de signer le fameux traité germano camerounais ? Où se trouve une statue digne de ce nom de nos personnages historiques ?

Même une simple bibliothèque reste un projet, tandis qu’un patriote révolté s’attaque au quotidien aux statuts des personnages coloniaux dans la ville, là où selon lui devraient s’ériger plutôt les statuts des héros camerounais. Le premier magistrat municipal de Douala (Ntone Ntone est le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine Douala depuis le 30 septembre 2006. Poste non électif régit par décret présidentiel) qui revient de la ville américaine de Philadelphie, a eu hier comme l’un de ses premiers gestes, le déplacement du monument du Cinquantenaire de l’indépendance de Sodiko vers la place Din Same à Bonassama. Peut-être la mise en application d’une des leçons apprises du voyage ? Attendons de voir.

Roland TSAPI

 

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