Décryptage : Pourquoi les accidents arrivent ?

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Mieux vaut prévenir que guérir, dit le vieux adage. Et on ne le dira jamais assez, c’est le seul moyen d’éviter tous les évènements malheureux que nous sommes amenés à regretter après survenance, tant au niveau individuel, communautaire ou national. Les drames qui nous accablent tous les jours sous forme d’ accidents de la circulation sur nos routes,  d’incendies dans les quartiers, d’inondations, d’éboulement de terrain, de décès accidentel dans les hôpitaux, indiquent à suffire après constat que tout cela pouvait être évité si…

Il a été établi que c’est la conjugaison d’une somme de négligences humaines qui a créé les conditions favorables à la survenance des accidents

Des vies ont péri dans ce wagon.

C’est ce qui est ressortie par exemple des enquêtes après le drame d’Eséka le 21 octobre 2016. Il a été établi que c’est la conjugaison d’une somme de négligences humaines qui a créé les conditions favorables à la survenance de l’accident à l’entrée de la gare : négligence de l’entretien des routes, ce qui a causé l’affaissement de la buse au niveau de Manyai sur la nationale numéro 3 ; négligence au niveau de l’entretien du système de freinage des voitures qui ont été attelées en surplus sur la locomotive, négligence au niveau de l’appréciation de la vitesse, car selon le rapport le train a abordé la descente de la gare à une vitesse de 90km/h là où la vitesse recommandée est de 40km/h ; négligence dans les règles d’embarquement, où on a volontairement autorisé les surcharges dans les voitures alors qu’il n’y avait aucune urgence. La ville de Yaoundé en effet n’était pas en train de brûler, pour que l’on dise qu’il fallait évacuer en urgence les populations. L’on pourrait même remonter plus loin pour relever que ces voitures n’auraient même jamais dû se trouver là, s’il n’y avait pas eu de négligence au niveau de l’exigence de la qualité au moment de l’acquisition.

Succession de négligences humaines

La conclusion à laquelle sont parvenus les pompiers en France après des études menées sur plusieurs cas, est que l’accident n’est jamais dû au hasard. D’après eux, « un ensemble d’événements le fait surgir. Supprimons un seul d’entre eux, il n’y aura pas d’accident », fin de citation. Dans l’univers professionnel en effet, les accidents peuvent survenir n’importe où, mais beaucoup peuvent être évités si des mesures appropriées sont prises à temps. Toutes les personnes concernées ont un intérêt vital à ce qu’il en soit ainsi. D’autres études montrent que dans l’absolu, un accident devrait être un révélateur. Pour les gouvernants soucieux d’éviter des catastrophes à répétition sur les routes, les accidents dans certaines circonstances font surgir des données inédites, ignorées des experts. On se situe ici dans le cas de figure où le drame, par des caractéristiques uniques, conduit à reconsidérer des éléments de la réalité que l’on croyait stables.

En clair on peut penser avoir tout prévu, et un phénomène rare vient produire des résultats concrets que l’on ignorait, on peut se retrouver en face de la méconnaissance de certains paramètres qui antérieurement n’avaient pas été recensés par les experts. Une série de télévision américaine appelée La minute de vérité, qui s’intéresse aux accidents les plus mortels notamment les crashes d’avion et les déraillements de train, montre dans ses récits avec précisions comment ces accidents arrivent, toujours causées par une succession de négligences humaines. Les épisodes sont composés de reconstitutions jouées par des acteurs, d’interviews, de témoignages et de scènes réalisées par images de synthèse, décomposant la séquence d’événements de façon minutée jusqu’à la catastrophe. Ce qui permet de comprendre le comment et le pourquoi des accidents, évidement pour en tenir compte dans les politiques publiques futures.

L’élément fatal

C’est ainsi que les constructeurs d’avions, des trains et des voitures améliorent au fil des années la sécurité quand il est établi qu’un accident a été causée par un défaut de conception ou de construction, c’est ainsi que l’architecture des routes et autoroutes est repensée tous les jours pour améliorer la sécurité des usagers. Cela se passe dans les pays où la vie humaine a de la valeur, où l’on a placé la vie de l’homme et son bien-être au centre de toutes les actions gouvernementales. Pour le gouvernent camerounais, le cas de l’accident de Mahoule il y a quelques jours devrait être ce que les experts appellent un « déclencheur nécessaire » : Le taux de mortalité est devenu horriblement élevés sur les routes, c’est une réalité. Mais comment envisager qu’en connaissance de cause, ces accidents n’aient pas été anticipés afin d’être évités ou minimisés ? Cela peut se justifier par l’absence de solutions satisfaisantes : L’élément fatal de cet accident a été de l’huile versée sur la chaussée longtemps avant par un camion-citerne.

Pourquoi les patrouilles de prévention routière qui se trouvent en permanence quelque part sur le tronçon, ne se sont pas déportées en amont et en aval de la portion devenue dangereuse pour prévenir et ralentir les véhicules ? On pourrait aussi penser que l’attitude des gouvernants n’est peut-être pas de l’indifférence, mais est relative à des calculs économiques en termes de coût/bénéfices. Les probabilités d’accidents sont dans certains cas si ténues que le coût à payer pour les éradiquer, notamment en dotant le pays d’une infrastructure routière digne, paraît bien supérieur aux bénéfices que l’on pourrait en tirer. Mais peut-on évaluer une vie humaine en termes de coût financier ?

Roland TSAPI

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