Démocratie : Des élections, oui…mais dans quel contexte ?

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Le changement est dans toutes les discussions en ce moment au Cameroun, amené une fois de plus par la crise anglophone que les analystes assimilent à la crise de gestion du pays dans l’ensemble. Et le changement du système gouvernant est l’un des souhaits émis à haute voix. Mais la façon par laquelle ce changement doit se faire divise. D’aucuns pensent que les mouvements de  rue qui font vaciller les régimes en Afrique de l’Ouest devraient nous inspirer, d’autres croient encore au changement par les urnes, mais avec au préalable un toilettage en fond des textes régissant les élections au Cameroun. La société civile, regroupée au sein de Dynamique citoyenne, a entrepris à la veille de l’année électorale qui s’annonce de prendre les taureaux par les cornes, en proposant un code électoral alternatif, qui est désormais présenté dans les dix régions du pays lors des ateliers d’information. Occasion pour ce réseau de revenir sur le contexte politique qui justifie les actions à entreprendre et les initiatives pour les élections en 2018.

Historiquement, depuis le retour du Cameroun au multipartisme, quatorze élections ont été organisées. Il s’agit de quatre élections présidentielles, cinq élections législatives, quatre élections municipales et une élection sénatoriale. De façon générale, on note une forte tendance à la non-participation des citoyens aux différents processus électoraux. Dix-sept ans plus tard, la plupart des observateurs de la vie sociopolitique camerounaise font quasi-unanimement les constats suivants. D’abord, chaque épisode électoral est marqué par des constatations et des accusations/soupçons de fraudes ou irrégularités dénoncées tant par les partis politiques de l’opposition que par les observateurs indépendants nationaux et internationaux. Ensuite, la scène politique camerounaise est contrôlée  par l’ancien parti unique au pouvoir depuis l’aune des temps, qui a juste changé de nom. Union camerounaise (Uc) en 1958, Union nationale camerounaise (Unc) en 1966 et  Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) en 1985. Enfin, une désaffection du jeu politique camerounais par les citoyens, notamment les jeunes et les femmes. Laquelle se manifeste par une faible inscription sur les listes électorale et une participation mitigée aux opérations de vote.

Un code électoral unique et consensuel

Chaque fois, l’impressionnante machine du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD) a été indexée comme responsable de l’orchestration des irrégularités et fraudes décriées. Ce qui a poussé l’ensemble des corps sociaux et acteurs politiques de l’opposition à exiger son retrait du processus électoral au Cameroun. La grande majorité des acteurs sociopolitiques ont dans ce temps milité en faveur de la mise sur pied d’un organe indépendant chargé de l’organisation des élections ainsi que l’adoption d’un code électoral unique et consensuel. Ainsi, sous diverses pressions nationales et internationales, le gouvernement du Cameroun a mis en place diverses structures en charge de la gestion des élections avec les compétences plus ou moins élargies ; ainsi que d’autres dispositions sensées garantir les élections honnêtes et transparentes dont les résultats devront être acceptés de tous.

Le changement est dans toutes les discussions en ce moment au Cameroun, amenée une fois de plus par la crise anglophone. Les élections

Un poste d’identification d’Elecam

Ainsi sont nées et remplacées au fils du temps et au gré des vents l’Observatoire national des élections (Onel) première version créé par la loi n° 2000/016 du 19 décembre 2000. C’est une structure censée être indépendante chargée de superviser les élections pour en garantir le bon déroulement. Trois ans plus tard, nait L’Onel deuxième version créé par la loi 2003/015 du 22 décembre 2003 qui modifie la précédente loi en élargissant les compétences au contrôle de l’ensemble du processus électoral. Qui laissera place en 2006 à Elections Cameroon (ELECAM), rendu effectif par le décret présidentiel nº 2010/319 du 13 octobre 2010. Son rôle est d’organiser, de gérer et de superviser l’ensemble du processus électoral et référendaire. Toutes ces mesures se sont avérées d’une efficacité relative dans la mesure où elles n’ont pas réellement fait l’unanimité au sein de l’ensemble des acteurs sociopolitiques du Cameroun, et des contestations récurrentes ont marqué chaque échéance électorale organisée sous leurs contrôles.

Un large débat national

Plus grave, la désaffection des citoyens par rapport à la vie politique est allée croissante.  Cela est dû à la persistance de la méfiance de nombreux acteurs de la scène politique à l’égard de ces structures et initiatives. Un sondage effectué dans les 10 régions du Cameroun par le Professeur NGOA TABI révèle que 53% de personnes sondées en zones urbaine et rurale ne font pas confiance à Elecam. 67% émettent des réserves sur l’équité du décompte des votes.

C’est fort de ce constat et eu égard à l’approche de l’année charnière de la vie politique du Cameroun qu’est 2018, en raison des cinq (05) échéances électorales attendues, que le réseau Dynamique Citoyenne (DC) se fait le devoir de susciter un large débat national sur la problématique du système électoral camerounais. Une façon de participer au dialogue, qui pourra limiter ou prévenir les remous sociaux qui ont souvent émaillés les élections au Cameroun.  Mais sera-t-il seulement entendu cette fois ? Le Gouvernement qui prône le dialogue devra-t-il saisir la balle au bond pour assurer des élections saines et juste l’année qui arrive ? Il en a encore la possibilité en tous cas.

Roland TSAPI

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