Zone CEMAC : Le Cameroun et la Guinée Equatoriale traînent le pas

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La libre circulation des biens et des personnes dans la zone de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale CEMAC prend de plus en plus corps depuis le mois d’août dernier. Cette zone est composée de 6 pays dont le Cameroun, le Tchad, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale. Le coup d’envoi a été donné par le Tchad de Idriss Deby Itno le 08 août 2017, avec la signature de la note circulaire adressée aux ambassadeurs, chefs de missions  diplomatiques, Consulaires de la République du TCHAD, portant sur  la Matérialisation de la libre circulation des ressortissants de la CEMAC en application de la décision des chefs d’Etat lors de leur sommet extraordinaire du 25 juin 2013.

La libre circulation des biens et des personnes dans la zone de la Communauté économique et monétaires des Etats de l’Afrique centrale CEMAC prend de plus en plus corps depuis le mois d’août dernier.

Les Présidents et chef de gouvernement des Etats membres de Cemac.

La République Centrafricaine de Faustin Touadera a emboité le pas deux mois après, le 13 Octobre 2017 par une note circulaire à l’attention des responsables des Administrations en charge de la gestion des frontières terrestres, aériennes et Fluviale de la République Centrafricaine, portant sur  la Matérialisation de la libre circulation des ressortissants de la CEMAC en application de la même décision des chefs d’Etat lors de leur sommet extraordinaire du 26 juin 2013. 6 jours plus tard, la République du Gabon de Ali Bongo Ondimba rend publique la Circulaire du 19 Octobre 2017 ; A l’attention des responsables et Agents des forces de défense et de sécurité, relative à la libre circulation des personnes en zone CEMAC. La circulaire rend exécutoire son engagement pour une libre circulation des personnes au sein de la zone et indique que « tout ressortissant des Etats membres de cette sous-région n’est plus soumis au visa d’entrée au Gabon pour des séjours n’excédant pas 90 jours ». Le 23 octobre, c’était au tour de la République  du Congo d’ouvrir ses frontières par une note à l’attention des Directeurs  Généraux  de la Police et de la surveillance du territoire, portant sur la dispense des visas pour les ressortissants de la CEMAC.

Un séjour de 90 jours

De légères différences subsistent cependant pour la traversée de ces différentes frontières par les étrangers. Pour le Tchad et la République centrafricaine, une simple carte d’identité nationale en cours de validité suffira, mais pour le Gabon et le Congo le passeport est obligatoire, en cours de validité bien sûr. Toutes les notes signées jusqu’ici précisent que le séjour sur le territoire visité ne peut dépasser 90 jours soit 3 mois. Il faut dire que c’est depuis 1972 que le premier acte relatif à la convention commune sur la libre circulation des personnes et le droit d’établissement dans l’UDEAC a été signé, suivi en 2005 par  l’acte additionnel du 29 juin  relatif à la libre circulation des personnes en zone CEMAC, c’est-à-dire 33 ans plus tard.

Le règlement portant institution et conditions de gestion et de délivrance du passeport CEMAC sera signé le 16 mars 2010, et un acte additionnel du 25 juin 2013 viendra fixer au 1er janvier 2014 la prise d’effet de la libre circulation des personnes. Mais à cette date aucun pays ne mis en application la décision. Il faudra attendre encore le sommet des Chefs d’Etats du 06 mai 2015 à Libreville pour que la décision de la libre circulation des personnes soit de nouveau prise. En définitive, initiée depuis 1972, il a fallu attendre 45 ans pour que les premiers pays rendent effective la libre circulation qui est pourtant devenue une culture en Afrique de l’Ouest avec des retombées économiques importantes.

70% des échanges commerciaux

Et comme à l’accoutumé, au Cameroun de Paul Biya, on prend son temps. De même que chez son  voisin la Guinée Equatoriale de Obiang Nguema Basogo. Dans la réalité, les pays ressortissants des autres pays sont toujours soumis à l’obtention du visa pour entrer au Cameroun, et en Guinée, tandis que les Camerounais et les Guinées ne sont plus soumis à ces exigences. Pourtant le Cameroun qui est considéré à raison comme la locomotive de l’Afrique Centrale, est aussi la plaque tournante de l’économie de la sous-région, à partir de laquelle presque 70% des échanges commerciaux transitent.

Au regard de sa démographie estimée à plus de 23 millions d’habitants (soit un peu plus de la moitié de la population totale de la CEMAC), de sa position géographique avec ouverture sur la mer, de ses richesses naturelles et de sa diversité linguistique et culturelle avec ses langues et peuples qu’on  retrouve dans les autres pays de l’Afrique centrale), le Cameroun est à juste titre baptisé l’Afrique en miniature. Il constitue un poids lourd dans la zone CEMAC, dont il est à n’en point douter, le leader naturel.

L’inertie comme mode de fonctionnement 

Traîner le pas pour l’intégration, reviendrait donc à tirer la sous-région vers le bas, dans un contexte où l’intégration économique est de plus en plus pratiquée dans toutes le sous régions et même par continent, question de faire face au dictat économique des grandes puissances. Tout leader que le Cameroun est dans la zone, c’est lui qui devait donner le ton. Mais que penser de cette lenteur ? Doit-on accuser le président Paul Biya dont les mots intégration et vivre ensemble sont désormais dans tous les discours, ou son administration dont l’inertie est le mode de fonctionnement ? Qui a intérêt à ce que les multiples barrages routiers dont se plaignent les transporteurs tchadiens et centrafricains ne soient pas démantelées ?

On nous dira peut-être que comme pour la décentralisation, l’ouverture des frontières aux ressortissants des autres pays de la Cemac est un processus graduel…depuis 45 ans.

Roland TSAPI

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