Thomas Sankara : «Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront»

0

Burkina Faso. Quand les mouvements populaires menée par le Balai citoyen  poussent le 31 octobre 2014 le président Blaise Compaoré hors du palais présidentiel, c’est aussi avec une vengeance pour son prédécesseur Thomas Sankara, dont le souvenir reste vivace dans les mémoires. Le père de la révolution du Burkina Faso, le capitaine Thomas Sankara, avait en effet été lâchement assassiné par un commando d’hommes armés, dans la cité du Conseil de l’Entente. C’était le 15 octobre 1987, il y a 30 ans à ce jour.

Le père de la révolution du Burkina Faso, le capitaine Thomas Sankara, avait en effet été lâchement assassiné par un commando d’hommes armés, dans la cité du Conseil de l’Entente. C’était le 15 octobre 1987

Thomas Sankara

Arrivé au pouvoir le 4 août 1983, Thomas Isidore Noel Sankara a alors 34 ans seulement, mais déjà remonté contre la façon avec laquelle les puissances occidentales traitent les pays africains, et son premier programme sera la rupture totale et immédiate. Invité au sommet Franco-africain de Vittel quelques mois après son arrivée au pouvoir, il refuse de serrer la main à Guy Penne, le conseiller de François Mitterrand venu l’accueillir à l’aéroport à Paris pour protester ainsi contre le manque de considération à un chef d’État africain.

Un an plus tard, en octobre 1984, il regarde droit dans les yeux les grands du monde pour leur dire: ” Mon tout petit pays enclavé revendique le droit de ne plus être  l’arrière-monde de l’Occident repu ». Ses prises de positions sont de plus en plus virulentes au fils des années, et en 1986, François Mitterrand achève une tournée en Afrique par le Burkina Faso. A cette occasion, Sankara prononce encore l’un des discours les plus durs de sa carrière, resté mémorable. Après avoir souhaité la bienvenue à son visiteur, il lui rappelle qu’il y a quelques années le pays où il est en visite s’appelait Haute Volta, mais c’est désormais le Burkina Faso, tout un programme dans lequel est inscrit le code de l’honneur et de l’hospitalité. Il enchaine immédiatement par ces propos : « C’est la malédiction pour celui chez qui jamais l’on ne frappe, celui chez qui jamais ne passe et ne s’arrête le voyageur assoiffé et affamé. Au contraire, et c’est notre cas, le voyageur s’est arrêté chez nous et, lorsque après la gorgée d’eau rafraîchissante, des forces sont venues, il a engagé le discours avec nous pour mieux nous connaître, pour mieux nous comprendre et emporter avec lui, chez lui, des souvenirs de chez nous. »

L’idéal révolutionnaire

La suite du discours sera aussi dure que directe envers les pays dit riches, qui en fait exploitent les pauvres et encouragent les racistes comme Peter Botha en Afrique du Sud. Il finira par ces termes : « C’est pour cela que je voudrais vous demander, Monsieur le président, Madame, Messieurs, de lever nos verres pour boire à l’amitié entre le peuple français et le peuple du Burkina Faso. Boire à l’amitié et à l’union de luttes contre ceux qui, ici, en France et ailleurs, nous exploitent et nous oppriment. Pour le triomphe de causes justes, pour le triomphe d’une liberté plus grande, pour le triomphe d’un plus grand bonheur. La patrie ou la mort, nous vaincrons !»  Les analystes de la géopolitique internationale disent que c’est ce jour-là qu’il a signé son arrêt de mort. Mais Sankara ne se préoccupe pas de sa vie, mais de celle de tout un peuple. Sa politique intérieure est distinguée par un patriotisme chevillé au corps. Il rejette tout ce qui est le symbole de l’impérialisme : les habitudes vestimentaires, alimentaires, le mode de vie. Tout le monde doit rester modeste et surtout consommer burkinabè. L’impérialisme est jusque dans nos plats dit-il, parlant du riz importé consommé dans les ménages. Les voitures de fonctions des membres du gouvernement sont des Renauld 4. Il encourage ses compatriotes à compter sur leurs propres forces. Son gouvernement engage alors de vastes chantiers dans les domaines de la production, de l’éducation, de la santé, du logement, des infrastructures, etc.

« Quand le peuple se met débout, l’impérialisme tremble ! », disait Sankara. Il devint alors l’incarnation de l’idéal révolutionnaire et l’espoir d’une Afrique libre et prospère. Le Burkina Faso est appelé pays des hommes intègres.Il était ainsi simplement une idole, pour ne pas dire une légende pour la jeunesse africaine. Mais c’était trop beau pour durer. Le plan ne tardera pas à être mis en exécution. Le jeudi 15 octobre 1987. Il est 16 heures. Des armes crépitent au Conseil de l’entente, l’état-major du Conseil national de la révolution à Ouagadougou, tout près des ministères et de la présidence. Un groupe de soldats para-commando vient de débarquer avec, à l’évidence, pour mission de liquider tout le monde. Dans la cour, tous les gardes sont abattus.

Blaise Compaoré qui prend le pouvoir

Dans un bureau, le capitaine Thomas Sankara en réunion avec des conseillers lance à son entourage : «Restez-là, c’est moi qu’ils veulent !» En tenue de sport, il se précipite dehors les mains en l’air. Mais il est immédiatement fauché à l’arme automatique. Aucun de ses gardes ni conseillers ne sera épargné. En tout, une quinzaine de personnes sont abattues. Ils seront tous enterrés à la hâte, la même nuit, au cimetière de Dagnoen, un quartier de l’Est de Ouagadougou. Curieusement, c’est son plus proche collaborateur, Blaise Compaoré qui prend le pouvoir. Et le conserve. Pendant 27 ans, parce qu’il ne dérangeait pas comme Sankara, dont le 30eme anniversaire de l’assassinat a été une fois de plus le 15 octobre 2017, avec la même ferveur que depuis son assassinat. Il avait pressenti que sa mort ne viendrait pas de lui, et avait lancé un jour aux journalistes : «Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’État contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard. »

Pendant qu’il était adulé au sein de la population, la bourgeoisie qu’il avait mise à mal commença à faire ses calculs pour mettre hors d’état de nuire cet empêcheur de voler en rond. Il fut informé de ce qu’un complot se fomentait pour le liquider, mais il n’eut que ces simples mots « Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront ! »

Roland TSAPI

 

Share.

About Author

Leave A Reply