Les déconvenues conjoncturelles du monde enseignant au Cameroun

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« Enseigner en liberté, autonomiser les enseignants ». C’est sous ce thème que se célèbre la 51ème édition de la journée internationale de l’ enseignant. Plus de trois décennies après la naissance de la crise économique, la situation des enseignants ne s’est guère améliorée. Conséquence: la qualité de l’offre éducative s’est dégradée et le système a subi les contrecoups dudit contexte. A la veille de la journée internationale de l’enseignant, il est idoine de revisiter, de fond en comble, les différents déterminants de la décrépitude du monde des seigneurs de la craie.

Plus de trois décennies après la naissance de la crise économique, la situation de l' enseignant ne s'est guère améliorée. Formation au rabais

Améliorer la situation de l’enseignant.

Le constat général au Cameroun est lié au fait que l’ enseignement a perdu de son éclat d’antan. Ce phénomène date de la moitié des années 80 et, plus précisément, du début des années 90, période au cours de laquelle les enseignants ont subi les contraintes de l’imposition des plans d’ajustement structurel. Toute chose ayant entrainé la réduction, à deux reprises, du salaire des enseignants. Cette baisse drastique de la rétribution des fonctionnaires et des agents de l’État s’est accrue avec la dévaluation du Franc cfa et a occasionné des conséquences préjudiciables sur le vécu quotidien des formateurs des masses scolaires. Chemin faisant, la période où l’on pouvait accorder une onction aux diplômes obtenus par de jeunes concitoyens est, en réalité, révolue. Les causes de la déliquescence du système éducatif résident, entre autres, dans une conjonction de déterminants structurel et conjoncturel. La surpopulation dans les salles de classes des établissements scolaires des villes camerounaises entraine une conséquence telle qu’il est impossible de faire allègrement cours dans un segment exigu. Dans des lycées et collèges,  c’est quasiment difficile de circuler face à une démographie galopante et exubérante des jeunes. Dans ce contexte, l’enseignant se retrouve en train d’enseigner les deux premières portions de chaque rangée. Si dans une classe de 100 élèves, l’on ne peut se faire entendre que devant 20 élèves, il est difficile d’espérer atteindre les objectifs visant à faire acquérir le socle de connaissances à l’effectif total de la salle. La surpopulation scolaire est imputable à des chefs d’établissements, dont la mentalité rétrograde est encline au marchandage des places en situation de rentrée scolaire.

Formation au rabais

En outre, il y a le problème de la formation au rabais de la progéniture scolaire. Ce serait faire preuve de mauvaise foi que d’éviter d’imputer la responsabilité de la faillite du système éducatif à des écoles responsables de la formation des enseignants. Au mieux des cas, la formation qui leur est donnée est inappropriée tant le plus souvent, l’accent est mis sur les matières académiques (littérature, langue) au détriment des matières professionnelles (pédagogie, didactique et méthodologie). Pourtant, l’expérience montre que les connaissances livresques et les savoirs savants sont insuffisants pour préparer et dispenser un enseignement de bon aloi. Le problème des enseignants « à vocation urbaine » est aussi préoccupant. En fin août-début septembre, les tenants de la craie sont généralement mutés. Il suffit d’aller voir les listes pour s’en rendre compte. Tout  le monde veut travailler en ville et, a fortiori, dans les métropoles. Conséquence: l’on retrouve des départements avec un effectif fort réduit des enseignants dans les périphéries. Toute chose qui participe à mettre en péril le procédé de la dispensation des cours.

A ces déterminants qui obèrent le contexte de la vie des enseignants au Cameroun, se subordonnent d’autres facteurs non-négligeables qui rendent la tâche ardue aux formateurs des générations d’élèves. L’incompatibilité entre les approches pédagogiques et le contexte d’apprentissage, la faiblesse en acquis scolaire des élèves, des plateaux techniques inadaptés et obsolètes, l’insuffisance d’orientation scolaire et universitaire, la prépondérance des filières socio-humanistes au détriment des filières scientifiques participent des pesanteurs qui entachent la situation du corps enseignant qui reste et demeure chancelante.

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement

 

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