Démocratie / Droit à l’ Information : Accès verrouillé

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Le droit d’accès à l’ information se célèbre ce 28 septembre comme chaque année. Un droit reconnu dans la déclaration des Droits de l’homme comme étant fondamental. L’ information étant comprise comme l’action d’informer, de s’informer, de donner la connaissance d’un fait ou de la rechercher, c’est le cas de la presse d’information. Une information est aussi une nouvelle, un renseignement. Que ce soit au niveau des Etats, des professions ou au niveau individuel, l’information est capital pour la prise de décision. Un parent a besoin d’avoir les informations sur les écoles par exemple pour décider où envoyer l’enfant, la mère a besoin d’être informée sur l’origine d’un fruit sur le marché avant de prendre la décision de l’acheter ou pas. Le médecin doit avoir toutes les informations sur le malade avant de lui prescrire un traitement. Le gouvernement a besoin des informations sur le nombre de sa population pour décider d’une planification.

Le droit d’accès à l’ information se célèbre ce 28 septembre comme chaque année. Un droit reconnu dans la déclaration des Droits de l’homme comme étant fondamental.

Roland Tsapi.

La population a besoin d’être informée sur les politiques menées par le gouvernement pour prendre une part active.  Dans chaque cas, une mauvaise information, une information incomplète ou l’absence totale d’information gâche tout, dans la mesure où cela amène à prendre la mauvaise décision. Même en couple, les mauvaises décisions sont souvent prises parce que l’un des conjoints est mal informé, peu informé ou pas du tout informé. Et souvent la dissimulation ou la manipulation de l’information participe d’un dessin caché ou d’un jeu de contrôle du pouvoir. Car celui qui a l’information a le pouvoir.

C’est cette situation de jeu de pouvoir qui s’observe entre le gouvernement et les médias, considérés comme le premier et le quatrième pouvoir respectivement. Dans leur coexistence, les deux sont en perpétuelle lutte de contrôle de l’information, le gouvernement voulant la cacher pour des raisons d’Etat, la manipuler pour mentir au peuple et le maintenir dans l’ignorance. Les médias de leur côté veulent avoir toute l’information pour éclairer l’opinion. C’est pour trancher cette lutte que de nombreux textes, lois, décrets, déclarations ont été édictées sur le plan national et international pour garantir le droit d’accès à l’information. La question s’étant posée depuis la naissance des plus anciennes démocraties, et vu l’importance pour le public d’être bien informé, la balance a toujours tourné vers le libre accès à l’information. Thomas Jefferson, le 3eme président des Etats Unis écrivait dans une correspondance à son ami Edward Carrington le 16 janvier 1787 : « S’il m’appartenait de décider si nous devrions avoir un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je n’hésiterais pas un seul instant à choisir la dernière hypothèse. » Pour lui, dans une démocratie idéale, ce n’est pas le gouvernement qui vient en premier. Il met au contraire en avant une presse disponible auprès de lecteurs instruits, capables de la lire, de se forger un jugement et de participer activement au gouvernement de la cité. Sinon, la démocratie court le risque d’être confisquée par une oligarchie.

Et c’est ce qui se passe chez nous, en commençant par la gestion au niveau des communes, où l’information est toujours cachée aux populations et aux journalistes. La loi de 2004 fixant les règles applicables aux communes dit en son article 32 que la convocation du conseil municipal est mentionnée au registre des délibérations, affichée à l’Hôtel de Ville ou à la mairie et adressée par écrit aux conseillers municipaux quinze jours francs au moins avant celui de la session. En cas d’urgence, ce délai est ramené à trois jours.Cela ne se fait jamais. Article 37 alinéa 1 de la même loi : les séances du conseil municipal sont publiques. Toutefois, à la demande du maire ou du tiers des membres, le conseil municipal peut délibérer à huis clos. Et article 40 alinéa 1, le compte-rendu de la séance est dans un délai maximal de huit jours, affiché par extraits à l’Hôtel de Ville ou à la mairie. Cela non plus ne se fait jamais, l’information est cachée.

Dans une déclaration rendue publique à l’occasion de cette journée du droit d’accès à l’information,  signée de 9 associations y compris ADISI-Cameroun, Internet Sans Frontière (Bureau Afrique), Un Monde Avenir, Article 55 et le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC), on lit que sur le plan national, « Jamais la liberté d’accès à l’information et son corollaire la liberté d’expression n’auront été  aussi violées au Cameroun au lendemain des années 90 comme depuis ce qui est considéré comme étant la « crise anglophone ». Ces atteintes ont eu des formes diverses et des cibles multiples. Entre le 17 Janvier et le 20 avril 2017, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont connu une coupure d’internet privant ainsi d’accès à internet, 20% de la population dont 4 649 608 habitants. Empêchant ainsi près de 20 000 000 de Camerounais d’avoir accès à l’information sur la situation de ces Régions en proie à une crise socio-politique. Plus est, les medias locaux de ces régions se sont vus imposés vers le début de la première moitié du mois de janvier 2017, une nouvelle ligne éditoriale conçue pour la circonstance, par l’administration centrale et mise en œuvre par les délégués régionaux de la Communication. Le 22 janvier 2017, le président du Conseil National de la Communication (CNC) met en garde les medias sur le traitement de l’information liée à la « crise anglophone » et menace de suspension.

Ce groupe d’associations déplorent ces menaces sur la liberté d’informer et celui de savoir des citoyens sur l’ensemble du territoire national. Et recommande au gouvernement d’ «adopter un texte de loi sur l’accès à l’information et aux données publiques (Freedom Of Information Act), et surtout de respecter les engagements du Cameroun en matière d’accès des citoyens à l’information et aux données publiques.» L’ancien président français François Mitterrand disait : «La liberté de la presse présente des inconvénients. Mais moins que l’absence de liberté.»

Roland TSAPI, Journaliste

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