Le processus de rentabilisation des vacances (première partie)

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Les vacances constituent une occasion opportune, pour les différentes catégories sociales, de se livrer à diverses activités offertes par la nature. En effet, la période des grandes vacances est, depuis des décennies, un moment de capitalisation pour des enfants et des jeunes scolaire et universitaire. Chaque personne s’escrime à rentabiliser les trois ou quatre mois consacrés à cette aventure vacancière.

Le processus de rentabilisation des vacances (première partie)

Serge Aimé Bikoi.

———–Vacances utiles et acquisition des savoirs traditionnels dans les zones rurales

La première catégorie des enfants et des jeunes qui mettent les vacances à profit est constituée de ceux qui sont mobilisés par des parents dans l’optique d’accomplir les travaux champêtres au village. C’est généralement le moment crucial, pour les mineurs et majeurs,  de découvrir l’hétérogénéité des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être ruraux. Les grands-parents chez qui les enfants restent durant cette période sont un réservoir de sagesse incommensurable tant ils participent, sans coup férir, à diffuser les référentiels traditionnel et culturel. Toute chose nécessaire à la maîtrise d’un compact de connaissances rituelles, lesquelles se situent aux antipodes des savoirs modernes, dont l’école est l’instance capitale de dispensation. C’est, par exemple, grâce à l’apprentissage de ces savoirs traditionnels que des enfants distinguent rationnellement la dissociation entre les clans, les lignages, les familles et les ethnies. Ainsi pourraient-ils, dans le jeu de la construction des rapports sentimentaux, éviter de faire la cour à des filles qui sont issues du même clan, du même lignage qu’eux. Au risque de pratiquer une relation amoureuse incestueuse source de sanction anthropologique liée à l’excommunication publique. Autant les vacances au village sont capitalisables pour la quête des richesses cognitives paysannes, autant c’est un temps destiné à la réalisation, entre autres, des travaux champêtres, des activités agropastorale, piscicole. Le sarclage des surfaces cultivables, l’extension des cultures vivrière et maraichère, la récolte et la vente des prunes, l’entretien des champs de cacao sont, entre autres, des activités qui deviennent le quotidien ambiant des enfants et des jeunes en zones rurales. En période vacancière, ces catégories sociales se libèrent donc des réalités mondaines urbaines pour expérimenter les usages, rites et habitus ruraux. Savoirs urbains et savoirs ruraux, connaissances modernes et connaissances traditionnelles font donc bon ménage.

———-Vacances utiles et expérimentation des savoirs professionnels dans différents secteurs d’activités

La deuxième catégorie des enfants et jeunes en posture de rentabilisation des vacances est celle composée de ceux et celles qui font des stages de vacances dans des entreprises, dans des industries, dans des administrations publiques, ainsi que dans des organes médiatiques. Après avoir passé neuf mois sur les bancs de l’école, des catégories juvéniles réussissent à s’offrir un stage dans le dessein d’acquérir les savoirs professionnels. Toute chose leur permettant non seulement de connaître les réalités du monde professionnel, mais aussi et a fortiori d’exercer leur probable et futur métier dans la division moderne du travail. Ainsi rencontrons-nous, depuis l’entame des vacances, des jeunes scolaire et universitaire en plein exercice dans des supermarchés, des fabriques agro-alimentaires, des librairies, des ministères, tout autant que dans des chaînes de radios et télévisions nationale et locale, où Charles Ndongo, Alain Belibi, Adèle Mballa, etc. font des émules et font toujours rêver. Si en zone rurale, l’atout majeur conquis est la maîtrise des savoirs paysans, l’exercice des stages de vacances en ville a pour acquis novateur l’intégration des savoir-faire du champ professionnel varié. Savoir théorique et savoir pratique, savoir savant et savoir professionnalisant se côtoient, dans la même veine, dans le monde du travail même si de temps à autre, la problématique de la non-congruence (inadéquation) entre la formation et l’emploi est bien cernée lors des stages de vacances. C’est cette réalité palpable qui traduit la crise de l’école contemporaine et, partant, celle du système éducatif camerounais. Vivement que l’école camerounaise se « technicise », voire se professionnalise davantage pour une meilleure concordance entre les savoirs théoriques et les savoirs pratiques!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement

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