Les pères de famille: des instants de gloire au temps de déboires

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Des pères d’enfants sont, de plus en plus, abandonnés par leur progéniture pendant la vieillesse. Autrefois, ces chefs de famille étaient adulés, respectés et sauvegardaient, de façon incontournable, la vie familiale. Mais, l’âge de la senescence étant arrivé, des pères de famille ne payent plus des mines, sont affaiblis et vivent leurs instants de déboires. Dans un environnement marqué par la perte des repères moraux et socioculturels, la présente chronique tente de faire la sociographie (description superficielle) des moments de malheur de ces aînés sociaux, dont le pouvoir s’est effrité à l’âge de la retraite.

Des pères d'enfants sont, de plus en plus, abandonnés par leur progéniture pendant la vieillesse. Autrefois, ces chefs de famille étaient adulés, respectés et sauvegardaient

Serge Aimé Bikoi.

Dans l’environnement familial, les enfants appréhendent leur géniteur comme le pater familia et le garant de la sécurité domestique. C’est le chef de famille qui dirige le foyer conjugal d’une main de fer et lui confère une orientation qui est conforme aux modèles socioculturels préconisés au cours du processus de socialisation. Durant cette période, c’est le chantre de la cellule familiale qui détermine les normes, les règles, les valeurs et les manières d’agir, de penser, de sentir et de faire de la progéniture. Si les enfants conformistes sont appréciés et valorisés par le chef de famille, les déviants sont châtiés et sont couverts de discrédit. Tout au long de la vie conjugale, les cadets sociaux craignent plus les pères au point de les affubler des sobriquets propres au caractère colérique qu’il affiche au quotidien: le baron; le chérif; le lion; le chien méchant; la terreur; sont, entre autres, des exemples de pseudonymes stéréotypés nominatifs qui lui sont attribués tant il est porteur, à temps et à contre-temps, d’actes de violence non seulement sur son épouse, mais aussi et à fortiori, sur ses enfants.

Cependant, lorsque les enfants deviennent des adultes et mènent une vie professionnelle adéquate et réussie, il apparaît un transfert du pouvoir paternel vers la mère suite à ce que d’aucuns appellent « un coup d’état sans effusion de sang ». Illico presto, certains enfants gagnent leurs ressources pécuniaires et décident d’imputer la responsabilité de la gestion à la reine du foyer plus proche des cadets sociaux désormais nantis. Alors que le géniteur a passé le plus clair du temps à s’occuper de l’entité familiale et des charges domestiques avec une certaine austérité, des enfants sont domiciliés dans l’enseigne maternelle à telle enseigne qu’ils entretiennent une proximité avec la marraine du foyer conjugal. Au moment où des enfants dominés jadis acquièrent un pouvoir financier donné vu leur trajectoire d’ascension et de mobilité socioprofessionnelle, ils se rapprochent davantage de la génitrice avec qui les liens de socialité et d’affectivité sont restés fort consolidés. De façon progressive, le père perd son statut de baron pour celui de larron surtout qu’en cette période chancelante, il n’est plus financièrement nanti. Alors que d’aucuns se livrent à des plaisirs et à des loisirs mondains des quartiers populaires, d’autres choisissent comme asile des creusets de consommation d’alcool, où ils fréquentent des catégories sociales diversifiées, qui n’hésitent parfois pas à leur coller des clichés péjoratifs. De manière irrémédiable, la perte du statut socio-économique du père entraîne la déchéance de sa personnalité. Et au moment où toutes les forces sont réunies contre lui, il est isolé, esseulé, meurtri et littéralement diminué par des maladies de la senescence : l’hypertension; l’Avc(Accident vasculaire cérébral); le diabète; bref des pathologies cardio-vasculaires. A ce giron, c’est le stade de la décrépitude morale et individuelle, dont le corollaire immédiat est, sans conteste, la mort dans l’âme, voire la mort physique. Dès que la mort physique survient par désenchantement, c’est le temps du déluge. Le Roi familial est, certes, mort. Mais vive le Roi!

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement

 

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