Assassinat de Kousseri: Les corps d’armée à l’épreuve de la moralité

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Depuis vendredi dernier, la communauté nationale est secouée par une vague d’assassinats orchestrée par un élément de la gendarmerie nationale, en poste à Kousseri, qui a assassiné froidement son supérieur hiérarchique, ses deux collègues femmes gendarmes, et une dame de ménage.

La tuerie de Kousseri nous rappelle que le 9 octobre 2012 l’Adjudant-chef Major MENANGA AHANDA Jean-Claude, a été  assassiné à TIKO

Roland Tsapi.

D’après les informations rapportées par divers confères, puisées dans les premières auditions, le présumé meurtrier, Mbincho Woumessi Jude, matricule 26123 en service à l’escadron 33 de la compagnie de gendarmerie de Kousseri, accuse le capitaine Ondoua Ondoua François, commandant de l’Escadron 33 de gendarmerie nationale à Kousseri, d’avoir bloqué son avancement. Après le forfait, le meurtrier s’est lui-même rendu aux forces de sécurité. D’autres sources d’informations font état plutôt de ce que le supérieur hiérarchique abattu avait des relations intimes avec sa femme, pendant que d’autres parlent de problèmes d’argent. En attendant l’enquête qui permettra de connaître les vraies raisons, cette tragédie interpelle le corps de la gendarmerie en particulier, et tous les corps des Force de maintien de l’ordre en général, sur cette facilité avec laquelle les hommes armés peuvent désormais dégainer sur les citoyens, quelle que soit la raison,.

En revisitant l’histoire, l’on se rend compte en effet que ce phénomène est de plus en plus récurent. On se rappelle que le 9 octobre 2012 au environ de 19h, au sein même de l’unité dont il était le Commandant, l’Adjudant-chef Major MENANGA AHANDA Jean-Claude, a été  assassiné à TIKO par un de ses adjoints, l’Adjudant DASHAKO Samson  qui avait froidement  placé quatre balle dans le corps de sa victime, avant de prendre la fuite. On le dit depuis lors  en cavale et réfugié au Nigéria. De même, dans l’après midi du 23 novembre 2015, un maréchal a abattu son collègue maréchal de logis avant de se donner la mort à Mbalmayo. Selon des indiscrétions rapportées par un journal en ligne,  les deux hommes étaient en rivalités. Le gendarme auteur du drame, avait appris que son collègue et lui partageaient la même femme, alors qu’ils étaient régulièrement ensemble.

Le problème de l’Etat de droit au Cameroun

Plus loin en arrière, le 14 novembre 2008 exactement, Le chef d’escadron Joël Emile Bamkoui surprend  l’inspecteur de police Hervé Michel Mapouro Njifon dans son domicile situé en plein camp des officiers de gendarmerie à Mboppi. Il vide le chargeur de son pistolet sur la victime, et soutiendra plus tard avoir trouvé son épouse en flagrant délit d’adultère avec la victime dans le domicile conjugal. Le policier, collègue de sa femme au commissariat de l’aéroport international de Douala, avait été a transpercé de plusieurs balles. Ces cas ne sont pas exhaustifs, et posent le problème de l’Etat de droit au Cameroun, notion   récurrente dans les discours du président de la République. Dans un Etat de droit, nul n’a le droit de se rendre justice, encore moins les hommes sensés protéger les citoyens par rapport à ces droits. Mais l’on se rend compte au contraire que certains hommes en tenue se sentent désormais investit des pouvoir suprêmes qui leur permettent d’ôter la vie à des citoyens quand bon leur semble, pour une raison ou une autre. Le port d’arme le place de facto, selon lui, au dessus de la loi, lui donne une impression de puissance et d’autorité sur les autres.

Pourtant, dans le processus de recrutement de ce corps, il y a une phase appelée enquête de moralité. Une phase  qui permet de s’assurer qu’une personne est de bonne moralité, et surtout qu’elle n’est pas d’un tempérament violent, en mesure de se contenir face à la provocation et se garder d’utiliser son arme sans que cela ne soit le dernier recours, en cas de légitime défense par exemple.

Circonstances de la légitime défense

C’est d’ailleurs pourquoi dans les pays de droit, et nous croyons que le Cameroun en est un, les éléments de Forces de maintien de l’ordre, qui abattent des fugitifs même au cours d’une opération, sont entendus lors de leur rapport sur procès verbal, pour vérifier que l’utilisation de l’arme à feu était absolument nécessaire, car même la légitime défense est encadrée par les principes de nécessité, de proportionnalité et de simultanéité, que le juge apprécie au cas par cas. Pour que la légitime défense soit reconnue en effet, il faut que certaines conditions soient remplies, à savoir que la personne a agi face à une attaque injustifiée, ou pour interrompre un crime ou délit, comme le cas où  une victime se défend face à une agression sexuelle. Il faut que l’acte de défense soit nécessaire. Par exemple, la victime ne pouvait pas fuir parce que l’auteur des coups la tenait, il faut que les moyens de défense employés soient  proportionnés. Ce qui exclut l’emploi d’une arme à feu face à une personne non violente par exemple. Enfin il faut que la riposte intervienne au moment de l’agression et non après. Une tentative d’arrêter un homme dans sa fuite ne relève donc pas de la légitime défense.

Qu’est ce qui se passe donc désormais au Cameroun, pour que les éléments de la Force de maintien de l’ordre, souvent très outillés sur les lois et règlements,  utilisent les armes plutôt pour se neutraliser, régler leurs comptes entre eux, et même en dehors ? La situation devient désormais inquiétante, et la gendarmerie sur laquelle les populations comptent pour se sentir en sécurité, doit éviter de nous ramener dans un état de nature, un état sauvage, une jungle où règne la loi du plus fort, où la détention d’une arme à feu confère à son détenteur le droit de vie ou de mort sur les autres.

Roland TSAPI, Journaliste

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