Vacances : Pourquoi les jeunes préfèrent les villes aux campagnes

0

Cela fait plus d’un mois que la progéniture scolaire et universitaire est en vacances. Mais le constat réel est lié au fait que bien de jeunes sont plus concentrés dans les grandes villes que dans les villages. Si dans les années antérieures, les zones rurales étaient plus prisées et étaient le réservoir de l’apprentissage du savoir traditionnel, aujourd’hui, ces aires sont abandonnées en période vacancière par des jeunes.

Dans les années antérieures, les zones rurales étaient plus prisées pour les vacances car elles sont le réservoir de l'apprentissage du savoir traditionnel

Serge Aimé Bikoi.

En faisant, ces dernières années, un sondage d’opinion auprès des catégories juvéniles des métropoles politique et économique, il apparaît, dans l’imaginaire collectif, que le déterminant principal de la répulsion des villages est la peur de la sorcellerie. En effet, influencés par les croyances et représentations populaires sur les pratiques magico-mystiques liées à la rémanence de la sorcellerie, des jeunes scolaire et universitaire préfèrent se recroqueviller dans les grandes villes. Yaoundé et Douala sont devenues des creusets de concentration et d’attrait des masses juvéniles subjuguées par des instruments de la modernité urbaine. Ceci au détriment des zones rurales auxquelles les mentalités locales attribuent la prédominance des tares sociétales liées à la haine, la méchanceté, à la sorcellerie, ainsi qu’au mal-être social.

Résultat des courses: les villages qui furent le temple du savoir traditionnel alimenté, pendant la période vacancière, par des aînés sociaux, sont affublés de toutes formes de clichés péjoratifs et rétrogrades. Toute chose qui incline des jeunes à être réfractaires à la traversée vers les aires rurales. Au-delà de cet invariant sorcellaire entraînant le dédain juvénile pour les villages, il y a le phénomène préoccupant de l’enclavement qui engloutit ces sites dans le mal développement. L’absence  d’énergie électrique, le déficit des infrastructures hydriques, la non-alimentation des zones rurales en Technologies de l’information et de la communication, où les jeunes de l’heure sont connectés, en permanence, aux réseaux sociaux participent des facteurs obérant le départ des jeunes en vacances dans les villages. Lorsque l’on y subordonne l’inexistence des circuits de plaisir et de loisir, à l’instar des boîtes de nuit, des cabarets et des snack-bars dans les zones villageoises, sites de loisirs susceptibles de contribuer à l’éclosion des jeunes en quête de lieux de distraction, l’on mesure, sans coup férir, le degré de désintérêt de ces derniers pour ces îlots de savoir traditionnel.

Si les championnats de vacances, en revanche, peuvent susciter un boom de la démographie juvénile dans ces aires, à l’heure actuelle, il n’est plus possible d’entraîner un vaste courant migratoire des jeunes vers les villages tant le même phénomène est expérimenté en ville. Conséquence: plutôt que d’émigrer, chez les grands-parents,  en zone rurale pour s’enquérir de la richesse rituelle et traditionnelle, des compatriotes restent cloîtrés dans des grandes villes, où d’autres championnats de vacances font, d’ailleurs, des émules et charrient une attention populaire incommensurable. La fracture sociale entre les grandes villes et les villages, depuis des décennies, est, pour ainsi dire, l’un des traits majeurs expliquant le mal développement des aires rurales, dont le visage ne paie plus des mines. Il est donc urgent et impératif d’élaguer cette dichotomie entre l’urbain et le rural pour une implantation équilibrée des infrastructures de développement social et économique dans les girons concernés. Ce sera, d’ailleurs, pour le bonheur des jeunes qui, cette fois-là, prendront d’assaut les villages en pleine mutation conjoncturelle et structurelle.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement.

 

Share.

About Author

Leave A Reply