Devoir de mémoire : Le Cameroun se conte à Douala

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Une exposition historique et didactique sur le Cameroun est en cours depuis ce mercredi 5 juillet 2017 à la Salle des fêtes d’Akwa.

Une exposition historique et didactique sur le Cameroun est en cours depuis ce mercredi 5 juillet 2017 à la Salle des fêtes d’Akwa.

Qui est Dika Mpondo Akwa ? L’histoire enseignée jusqu’à ce jour dans les établissements n’évoque jamais cette figure du patrimoine camerounais. Il est pourtant le principal signataire (signataire plénipotentiaire) du traité germano-camerounais du 12 juillet 1884. Après une révolte contre les Allemands qui s’accaparaient les terres des riverains, il est déporté à Campo où il meurt en 1916. Son fils connaîtra le même sort. Il a fallu l’évènement baptisé Hommage au King Dika Mpondo Akwa pour que des curieux soient édifiés. L’exposition historique et didactique qui a été lancée ce mercredi 5 juillet 2017 à la Salle des fêtes d’Akwa raconte le Cameroun des années 1800 à 1935 en images. Une exposition organisée par le cabinet Kola Consulting.

Une exposition historique et didactique sur le Cameroun est en cours depuis ce mercredi 5 juillet 2017 à la Salle des fêtes d’Akwa.

Il y a environ cent tableaux. Le Roi Dika Mpondo Akwa devant son palais, le Roi Kum Mbappe Lock Priso, la levée du drapeau allemand en 1884, les 20 premiers policiers soldats camerounais, la carte du Cameroun en 1885, la cathédrale Saints Pierre et Paul…  «Le recensement des photos a été fait parce que non seulement on rencontre les personnalités, mais on va jusqu’aux commerçants, les femmes qui attachaient les bâtons de manioc. Ça nous plonge dans l’ambiance de cette époque. On voit comment le Cameroun a grandi. Même pour quelqu’un de mon âge c’est une surprise. L’histoire du Cameroun est mal écrite. C’est déjà une part de la vérité historique qui est relatée dans ces photos», affirme David Nestor Ndoumbe, coordinateur des notables du canton Akwa.  Princesse Fabo est élève en classe de 4ème. «J’ai appris aujourd’hui ce qu’on ne m’a jamais enseigné à l’école. Je n’avais jamais entendu parler de Dika Mpondo, je n’avais jamais vu une image de Douala Manga Bell

«Rendre l’histoire à tous les Camerounais»

Les photos viennent de la Photo Prunet et de quelques personnalités du canton. «Nous avons réparties les tableaux par groupe, parce que nous avons travaillé sur quatre sous-thèmes», déclare le commissaire de l’exposition, Michel Ndoh.  Il argumente : «Le premier c’est L’homme et le souverain, le deuxième tourne autour du traité, le troisième ce sont les personnes ou personnalités emblématiques de cette époque et le quatrième ce sont les lieux mythiques. Ce sont les endroits comme la Place de Besseke où on défile aujourd’hui. C’était le premier marché appelé marché Besseke, qui avec le temps est devenu la grande gare de Douala et aujourd’hui la place de défilé. Il y a pas mal d’endroits, le débarcadère, la cathédrale qui n’était pas construite comme maintenant. Vous avez les premiers commerçants, les premiers dockers, comment le port était avant. Les gens voient les bâtiments très modernes aujourd’hui mais le Port était comment avant ? C’est autant de choses qu’il faut venir voir

Une exposition historique et didactique sur le Cameroun est en cours depuis ce mercredi 5 juillet 2017 à la Salle des fêtes d’Akwa à Douala.

L’Homme et le souverain c’est le Roi Dika Mpondo, ses épouses, les gens qui l’entouraient. «Il y a aussi son palais. La photo a été difficile à trouver, mais on voit le souverain devant son palais, où il avait même déjà hissé le drapeau. Le Cameroun a eu au moins quatre drapeaux différents avant qu’on en arrive au Vert-Rouge-Jaune.  Les gens ne connaissent pas où était justement le palais du roi Dika Mpondo. C’est vers Yellow House à Eneo Akwa. C’est un espace à l’abandon. Il n’y a même pas une indication pour dire qu’ici était le palais du Roi Dika Akwa. C’est notre histoire. Il faut la rendre à tous les enfants, à tous les Camerounais.», ponctue Michel Ndoh. Il déplore l’arrivée timide des visiteurs. «Nous n’avons pas la culture d’aller dans les musées, d’aller voir des expositions. On a souvent regardé des expositions d’occidentaux. Si on avait dit par exemple que c’est l’exposition d’un X qui fut une grande figure française, il y aurait un grand nombre de gens. Il faut que les Camerounais se rapproprient leur histoire. Je n’attends pas seulement du gouvernement, mais de la société civile. Les initiatives comme celle-ci viennent d’une communauté. Le vivre-ensemble demande que les uns et les autres comprennent cela. Le héro national  qu’il soit de l’Ouest l’Est, du Centre, du Sud, du Nord, quel qu’il soit nous appartient tous. Quand on les aura eu ainsi, on comprendra que nous sommes un pays un et indivisible.» L’exposition s’achève le 12 juillet 2017.

Valgadine TONGA

Michel Ndoh : «Notre pays ne peut pas évoluer si la culture n’est pas au centre»

Michel Ndoh : «Notre pays ne peut pas évoluer si la culture n’est pas au centre»

Que les autres communautés fassent mais qu’on ne se limite pas à des discours plats. Qu’on fasse aussi parler les images. Nous le cabinet Kola Consulting avons proposé quand la communauté est venue vers nous, une exposition pour l’ajouter à la conférence internationale, question de marquer les esprits. Je vois les étudiants, la presse qui arrivent, faîtes votre travail. Il est permis d’échouer dans la vie, mais il n’est pas permis de ne pas entreprendre. Nous allons continuer à entreprendre parce que pour faire la culture il faut être un militant. Si vous n’êtes pas militant, vous n’allez pas vous en sortir. Notre pays ne peut pas évoluer si la culture n’est pas mise au centre de nos intérêts. Pas la culture alimentaire, mais celle qui développe les idées. Si vous voulez tuer un peuple, enlevez lui les images, c’est comme ça qu’on veut absolument que l’Afrique parte. L’Afrique de l’Ouest l’a vite compris, reste encore l’Afrique Centrale. Il est temps de nous approprier notre patrimoine matériel et immatériel. C’est un bien qu’on doit partager ensemble, il n’appartient pas à quelqu’un. Dika Mpondo est parti il y a cent ans mais il reste dans nos mémoires. Pour qu’on se développe aujourd’hui et qu’on se réconcilie avec nous-mêmes, il faut que nous gardions dans notre esprit que c’est avec la culture. Que cet homme fut un héro national, pas seulement aux autres, ça permettra aux Akwa de comprendre qu’ils avaient quelqu’un qui était pacificateur, unificateur. C’est ce qu’il leur laisse comme héritage. Le vivre-ensemble demande que les uns et les autres comprennent cela. Le héro national  qu’il soit de l’Ouest l’Est, du Centre, du Sud, du Nord, quel qu’il soit nous appartient tous. Quand on les aura eu ainsi, on comprendra que nous sommes un pays un et indivisible.

Recueillis par V.T.

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