Mères adolescentes, mode d’emploi (Fille mère…Suite)

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Comme annoncé dans la précédente chronique, être mère adolescente ou fille est un statut que les filles et femmes n’éprouvent plus aucune honte à avoir. Au contraire elles semblent y trouver une consolation quelconque, si cela ne vient tout simplement pas résoudre un problème.

Comme annoncé dans la précédente chronique, être mère adolescente ou fille est un statut que les filles et femmes n’éprouvent plus aucune honte à avoir. Au contraire elles semblent

Roland Tsapi.

D’après les explications obtenues auprès d’un échantillon de concernées, les raisons qui mènent vers cette situation sont nombreuses, et sans les classifier par ordre d’importance ou de pertinence, nous commençons par la tendance. Beaucoup explique qu’elles sont devenues mères adolescentes pour suivre la tendance, ou plutôt par mimétisme. Entre les filles, ce serait plutôt devenu un défi que d’avoir un enfant, et pour faire comme les amies, on s’y lance sans réfléchir, l’essentiel étant de relever le défi que telle amie a lancé, de pouvoir tenir aussi la main d’un enfant et se promener dans les rues du quartier ou en ville, afficher la photo du bébé sur son profil dans les réseau sociaux, bref, ce qui compte pour cette catégorie c’est pouvoir s’affirmer à travers l’enfant, et pouvoir répondre aux blagues de jeunesse par ces mots « je ne suis pas ton ami, j’ai déjà un enfant ».

L’ignorance n’est pas en reste dans les causes de ce phénomène. D’après une enquête réalisée par une organisation de la société civile camerounaise, l’Association Femmes et enfants, certaines jeunes filles prennent des grossesses juste parce qu’elles ne savent pas faire la différence entre le cycle menstruel et les règles. Elles se disent qu’elles ne peuvent concevoir que pendant les règles, et une fois leurs menstrues terminées elles ne se méfient plus de rien. D’autres par contre, un peu plus avisées sur la période de conception et sur les méthodes contraceptives, se laissent convaincre par des jeunes garçons qui leur font croire qu’ils prennent la pilule, et par conséquent ne peuvent enceinter une fille. Elles se réveillent le plus souvent quand le mal est fait. Et d’après le témoignage d’une jeune fille, elles ont le choix entre mettre leur vie en péril en tentant une interruption de la grossesse, ou affronter les parents et la société avec son nouveau statut. Entre les deux, le choix du moindre risque est souvent fait. L’autre cause qui est souvent revenue, c’est le vieillissement de la fille, le poids de l’âge. A partir de la trentaine ou un peu en deçà, les chances d’avoir un mari s’amenuisent progressivement, et faire un enfant devient une bouée de sauvetage. « Il faut que je fasse au moins un enfant, même avec n’importe qui », se disent-elles, d’ailleurs encouragées dans la plus part des cas par les mamans, qui, découragées d’attendre que la fille leur présente un beau fils, leur demande de faire au moins un enfant pour qu’elles le portent. D’après les témoignages et les constats, cette explication se trouve le plus chez les filles scolarisées, ou employées. Faire un enfant pour elles est plutôt motivée par l’envie d’affirmer sa féminité, et aussi goûter eu plaisir d’être mère.

Mères adolescentes, filles mères, maman chez eux, autant d’appellations pour désigner nos sœurs qui ont fait des enfants sans être mariés, et vivant encore ou pas sous le toit familial.

Le corps, un gagne-pain

Très souvent aussi, la pauvreté est pointée du doigt comme cause de tous les malheurs. Nombreuses sont les personnes pour qui le schéma classique de la fille mère est le suivant : une jeune fille pauvre a des relations sexuelles avec le premier homme venu qui, en échange, lui donnera de l’argent et lui fera des cadeaux. A ce propos nous reprenons ici une phrase de Jacinthe Mazzocchetti,  à propos des étudiantes qui sont soutenues financièrement par un homme plus âgé, souvent appelé le bailleur ou le sponsor. Il dit : «Le corps devient un objet de consommation, qui permet à son tour de consommer », fin de citation.  Il s’agit d’une sorte de marchandisation de l’accès à la sexualité des filles, qui en retour utilisent leur beauté, éphémère malheureusement, comme gagne-pain. C’est ainsi que des jeunes filles ignorantes se retrouveraient enceintes d’hommes plus âgés, qui fuient leurs responsabilités. Il faut aussi déplorer que de très jeunes filles sortent au dancing, accompagnées de garçons plus âgés qui financent la soirée. On imagine souvent comment cela se termine, surtout sous l’emprise de l’alcool. Dans la liste des causes à retenir, il y a aussi les superstitions. Des filles cherchent expressément la grossesse pour se convaincre qu’elles peuvent encore accoucher, après qu’un charlatan visité le soir par un membre de la famille ait révélée qu’un tel oncle a gâté le ventre de la fille. Parfois celle dont on parle n’a même jamais connu d’hommes de sa vie, et à un âge avancé des rumeurs commencent à courir autour d’elle selon lesquelles elle ne peut même pas accoucher, qu’elle n’a même jamais pris une grossesse avant de l’interrompre. La victime prend peur, et pour se convaincre qu’elle peut faire une maternité, elle s’engage dans une voie qui n’était pas la sienne.

Enfin le viol est compté parmi les causes des grossesses indésirées qui rendent les filles mères adolescentes. Malgré elles, elles doivent porter le poids toute la vie et faire face à une société non seulement ingrate, mais qui se complait dans une immoralité permanente. Ce qui fera l’objet de la dernière chronique de cette série.

Roland TSAPI, Journaliste

 

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