La musique au service de la construction d’une société de valeurs

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La journée du 21 juin 2017 a été consacrée, comme chaque année, à la fête de la musique, et célébrée dans certains pays, le Cameroun compris.

Les chanteurs camerounais de la nouvelle génération se sont lancés pour la plus part dans une course au disque d'or de la dépravation des mœurs. La musique camerounaise

Roland Tsapi.

A l’occasion, habitants de certaines villes ont eu droit à des concerts gratuits toute la nuit. A l’origine, elle est d’abord imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour Radio France – France Musique. L’idée a vite gagné en sympathie, et en 2011, cette fête s’est complètement internationalisée : en moins de trente ans, elle est reprise dans 110 pays sur les cinq continents, avec plus de 340 villes participantes dans le monde. La fête de la musique a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. Elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans les rues et espaces publics. Et, grâce à l’organisation de nombreux concerts gratuits, d’amateurs mais aussi de professionnels, elle permet à un public large d’accéder à des musiques de toutes sortes et origines (musique classique, jazz, rock, world music, musique traditionnelle, etc.) et même celles chantées dans toutes les langues.

Au Cameroun, cette fête s’est arrêtée sur le côté festifs mais il y a lieu de se demander où on en est avec la musique camerounaise, notamment son apport dans la construction d’une société de valeurs ? Les scientifiques démontrent de nos jours que la musique joue d’importants rôles dans la vie de l’homme, mais est surtout un langage, qui permet de véhiculer des messages. Un langage de tous les êtres humains qui transcende toutes les frontières de la communication parce que nous pouvons parler et raconter des histoires à quelqu’un de l’autre côté de la planète, même si nous ne parlons pas la même langue. Mais quel langage nous renvoie la musique camerounaise aujourd’hui ? L’adage dit que la musique adoucit les mœurs, mais au Cameroun la musique est décidée non pas à adoucir les mœurs, mais à les détruire. D’après les observateurs de la scène musicale, les journalistes, les médias et autres critiques de l’art musical, l’univers discographique camerounais est de plus en plus dégradant. « Les paroles et cadencements obscènes du postérieur et les jacasseries jouissives sont devenus des ingrédients prisés pour la horde de dévergondées et de voyous lancés dans la conquête du statut d’artiste», selon l’un d’eux. Selon le journaliste Jackson Mbozo’o, cette «bêtise humaine tire sa source de l’absence totale de l’inspiration et du talent. Rarement, ignorance et manque d’inspiration ont fait si bon ménage. L’idiotie comme fruit.». Au final, le sexe apparait comme la principale source d’inspiration.

Les chanteurs camerounais de la nouvelle génération se sont lancés pour la plus part dans une course au disque d'or de la dépravation des mœurs. La musique camerounaise

Un emprisonnement de 15 jours à deux ans

Le plus grave c’est que c’est paradoxalement ce genre de musique aux paroles obscènes qui passent et devient populaire. Même si cette popularité ne dure pas souvent, elle laisse au passage des séquelles sur les enfants, plus prompts à intégrer ce qui est immoral que ce qui les valorise. Il n’y a qu’à les voir se trémousser au rythme des chansons aux paroles obscènes lors des fêtes des enfants organisées à l’occasion des anniversaires ou des baptêmes. Pourtant, Manu Dibango, Richard Bona ou bien des icônes telles qu’Anne Marie Nzie, Zanzibar, Messi Martin, Nelle Eyoum, pour ne citer que ceux-là, (paix aux âmes de ceux qui sont morts), ont connu un succès planétaire sans pour autant avoir un champ lexical pornographique.

Et la régulation dans tout cela ? Absente. Gervais Mendo Zé à l’époque directeur général de la télévision d’Etat Crtv, avait en son temps essayé d’interdire à la télé des promotions musicales laissant transparaitre de l’obscénité dans les paroles et dans la chorégraphie des danseurs, mais cela a fait long feu. On se rappelle qu’en novembre 2015, le préfet Joseph Tover Twanga du département de la Mifi dans la région de l’Ouest, avait signé un arrêté  portant interdiction de la vente, la diffusion et la promotion dans son territoire de commandement d’une chanson jugée obscène, « coller la petite » pour ne pas la citer, mais il est devenu la risée de tout le monde, les éducateurs en tête.

Rappelons simplement que tout ce qui est obscène est condamné au Cameroun. Dans le code pénal, les articles 263 et suivants sont précis sur les sanctions encourues. Dans ces textes, est puni d’un emprisonnement de 15 jours à deux ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 Fcfa ou l’une de ces deux peines seulement, celui qui outrage publiquement la pudeur. Mais que la loi existe est une chose, son application est tout autre chose. Encore que dans le cas de la musique, il est difficile de dire qui peut initier une action pour punir les obscénités. En attendant, il reste à chacun de choisir ce qu’il écoute, puisque dit-on, des gouts et des couleurs, on n’en discute pas.

Roland TSAPI, Journaliste

 

 

 

 

 

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