Fête de la musique ou célébration des obscénités musicales au Cameroun ?

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Journée internationale de la musique ou journée de célébration des trivialités et obscénités musicales au Cameroun?

AAutant les chansons d'un tel acabit sont une ossature d'insanités, autant les vidéogrammes diffusés dans les médias sont pollués d'obscénités. La Musique

Serge Aimé Bikoi.

Le phénomène des paroles obscènes dans la chanson camerounaise est globalement le fait de plusieurs générations d’artistes-chanteurs. C’est, en effet, à qui introduit le plus de paroles déviantes qui suscite la curiosité du bas-peuple et qui tient en haleine les mélomanes. Il y a, visiblement, une propension des artistes-chanteurs à plaire aux jeunes de plus en plus intéressés par des productions artistiques ordurières qu’ils fredonnent et reprennent dans leurs conversations quotidiennes. Des subtilités de langage tournant autour du champ sémantique de la sexualité, de l’érotisme et de la pornographie sont, en réalité, observées et enregistrées parce que se rapportant à des métaphores, à des périphrases, à des allégories, à des onomatopées et à des constructions personnelles imagées désignant l’organe génital, décrivant ses formes et sublimant sa puissance. S’appuyant sur ces formules ampoulées, stylées et, par corollaire boursouflées, certaines figures féminines se livrent à un scénario de l’intimidation des rivales qui oseraient convoiter leur partenaire. Elles n’hésitent, d’ailleurs, pas, dans leurs morceaux, à menacer symboliquement celles-là qui tenteraient de « toucher leur chose », « leur biberon », « leur mintoumba », leur « chatte » ou le « pilon de leur mortier ».

Ventre et fesses dehors

Partant du processus de la sociographie du sexe masculin ou du sexe féminin, des artistes-chanteurs locaux basculent, à travers la texture, mieux l’architecture musicale, dans le circuit érotique, voire pornographique, signe de la dégradation des mœurs et de la déliquescence de l’éthique et de la morale. Autant les chansons d’un tel acabit sont une ossature d’insanités, autant les vidéogrammes diffusés dans les mass médias sont pollués d’obscénités matérialisées par des tenues vestimentaires concupiscentes frisant la nudité. Ventre et cuisse dehors, dos et ventre dehors, ventre et fesses dehors, ventre, cuisses et seins dehors participent, entre autres, des images assorties de l’expression virevoltante du postérieur et constituent des scènes déviantes vécues au quotidien par différentes catégories sociales et, a fortiori, par des enfants et des jeunesses du pouvoir enlisés dans la nasse de l’aliénation sociale et culturelle, consécutive à la perte des repères sociaux et culturels.

Autant les chansons d'un tel acabit sont une ossature d'insanités, autant les vidéogrammes diffusés dans les médias sont pollués d'obscénités. La Musique

Lady Ponce sur scène.

Ces musiques de Sodome et Gomorrhe

Au rang des invariants expliquant l’aventure des théoriciens et praticiens de l’art musical dans le champ de l’érotisme, figurent, entre autres, le souci de se singulariser par rapport aux autres, le besoin de vendre, la demande persistante des producteurs et, sans conteste, l’effet d’influence endogène ou exogène des musiques mondaines du terroir supra national. La montée en puissance des musiques triviales trouve, dans la même veine, son fondement dans le déficit d’un dispositif de sanctions coercitives à infliger aux musiciens locaux. Ce fait se matérialise par le scénario de l’érection de la tolérance et de la mansuétude en règle d’usage établi. Il y a, pour ainsi dire, un manque d’un levier actionnel de la censure. Après l’effet marginal de la censure de K-Tino et de Petit Pays à une certaine époque, après l’effet boomerang créé, il y a quelques années, par l’interdiction de la chanson « Coller la petite » par le Préfet de la Mifi, l’on n’a véritablement pas observé les flèches lacérées des autorités officielles lancées aux nouvelles figures masculine et féminine propagatrices d’excroissances musicales. Eu égard à la banalisation et à la ritualisation des obscénités musicales, l’on dirait que des catégories sociales diversifiées vouent un culte aux sonorités de l’ambiance. Un regard jeté sur les strates sociales permet de constater que les musiques dont les messages et les images inconvenants des vidéogrammes sont observés et connus de tous sont les plus sublimés tant dans des familles que dans des îlots de la jouissance et de la réjouissance populaires. Le fait de chanter, de danser et de diffuser, en permanence, ces musiques de Sodome et Gomorrhe participe à la réussite et à la percée de ces sonorités que d’aucuns battent en brèche sous cape. Il y a, à ce niveau, un phénomène de fourberie sociale, dont la tendance consiste à critiquer ce type de musique à l’interne, mais lorsque l’on se trouve à l’extérieur de l’espace privé, l’on se trémousse au rythme de ces sonorités pourtant dénuées de moralité.

La baisse des niveaux de langue

Les conséquences de ces obscénités musicales sont légion. Au plan scolaire, les enfants imitent ces artistes et les prennent pour des modèles auxquels il faut se conformer. Au plan linguistique, ces expressions déviantes assènent un coup fatal à la langue française. Au plan moral, la progéniture scolaire et académique consomme une série d’expressions rustres et acquièrent un vocabulaire ludique, impudique et non-éthique, lequel favorise la dépravation des mœurs. Beaucoup parodient non seulement ces paroles grossières et ces gestes a-sociaux et vont même jusqu’à concevoir des mises en scène théâtrales de ces insanités. Au plan artistique, la baisse des niveaux de langue peut induire celle du niveau artistique et donner l’impression que les artistes ne travaillent plus assez et se contentent des facilités des Technologies de l’information et de la communication pour scénariser leurs aspérités et incongruités. Enfin au plan social, l’on note un conflit de génération. Les divergences d’opinion sur cette montée en puissance des chansons érotique et pornographique entraînent des violences physique et symbolique dans des familles, ainsi que dans des sites de loisirs et de plaisirs, à l’instar des débits de boissons, cabarets, boîtes de nuit et snack-bars.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement.

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