Unité du Cameroun : La nécessité d’un débat national

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C’est la quintessence d’un débat houleux, ce mardi, entre les leaders politiques, la société civile, les journalistes…sur l’effectivité de l’ unité nationale.

C’est la quintessence d'un débat houleux, ce mardi, entre les leaders politiques, la société civile, les journalistes…sur l’effectivité de l’unité nationale.

Le panel en réflexion.

«Unité nationale : Mythe ou réalité ?» Le thème était fort évocateur. Le panel trié sur le volet. L’Ong Un Monde Avenir a réuni autour de la table à Douala, ce mardi 23 mai 2017, Hervé Emmanuel Nkom du Rdpc, Henriette Ekwe de la société civile, le journaliste Ngomba Endeley et Kahbang Walla, la présidente du Cameron people party (Cpp). D’entrée de jeu, les intervenants ont reconnu que l’unité nationale est effective au Cameroun. «L’unité nationale, soutient Henriette Ekwe, a été forgée non seulement par des combattants du Cameroun contre le protectorat et contre la colonisation. Les gens ont appris à vivre ensemble, sans qu’il n’y ait un décret. Quand on pose souvent la question de l’unité nationale, c’est comme si les Camerounais sont venus de nulle-part. L’unité existe, ce n’est pas un mythe. Le problème maintenant c’est la redistribution des richesses à tous les Camerounais. Quand on arrive à interdire internet dans une région du pays, ça pose problème. Quand on frappe sur les gens (les avocats, ndlr) qui ont demandé la traduction des textes Ohada en anglais, ça pose problème. Quand des populations d’une ville n’ont pas de route alors que d’autres ont des routes bitumées, ça pose problème. Notre unité a été forgée de longue date. Mais le vivre ensemble ne doit pas dénué la citoyenneté à certains Camerounais. Le principal problème c’est qu’il n’y a pas de démocratie.» Ngomba Endeley confirme que l’unité nationale sous sa forme actuelle pose problème. Il souligne les clivages entre les anglophones et les francophones.

«1500 Camerounais morts»

Kah Walla  indique à propos : «De part notre vécu sur le plan social, l’unité est réelle. Ce qui est un mythe, c’est ce régime. L’unité nationale ne se décrète pas. Ça se construit. Et c’est cette volonté politique qui manque. Au tribunal militaire, la juge ne parle pas un seul mot en anglais. Le nombre de Camerounais qui se sent exclu est énorme. 1500 Camerounais sont morts à l’extrême-Nord ces dernières années. Boko Haram s’est installé à l’Extrême-Nord à cause de son extrême pauvreté. La manière avec laquelle ce régime a géré la grève des avocats et des enseignants a poussé les Camerounais de la zone anglophone a accepté le discours des sécessionnistes qui disent que le régime ne les prend pas en compte.» Il n’est pas question d’un «problème francophone/anglophone mais c’est le problème d’un régime» qui s’est embourgeoisé, selon Kah Walla. Coordonnateur de l’Ong Ceprova (Centre de promotion des valeurs africaines), Victor Youmbi travaille au quotidien avec les couches les plus défavorisées de Douala. «Un rapport de la Cud montre que la majorité de la population de Douala est pauvre, relève-t-il. Comment se fait-il donc que le mètre carré du terrain coûte 22.000 Fcfa ? Comment se fait il que la Sic (Société immobilière du Cameroun, ndlr) loue les maisons à 200.000 Fcfa ? Le vrai problème de l’unité se trouve au niveau social.» Ce à quoi Hervé Emmanuel Nkom dit non. Il contredit aussi la thèse d’une gouvernance d’exclusion du Cameroun par Paul Biya. Il estime tout de même qu’il faut favoriser une socialisation des personnes handicapées en mettant des infrastructures adéquates pour leur mobilité dans les administrations.

Comment reconstruire l’unité nationale ? A l’exception d’Hervé Emmanuel Nkom, les panélistes conseillent la tenue d’un débat national sur la question. Comme argumente Kah Walla, «un peuple n’échappe pas à son histoire. On n’aura pas d’unité tant qu’il n’y aura pas de véritable débat, tant que nous ne serons pas en harmonie avec notre histoire. La crise anglophone est l’opportunité pour nous de poser le débat national. L’enjeu n’est pas le Rdpc ou le Cpp. L’enjeu c’est de construire le Cameroun.» Hervé Emmanuel persiste : «Pas besoin d’un débat national. Les élections règlent le problème. Les leaders politiques qui parlent de débat national n’ont qu’à ajouter l’idée dans leur programme de campagne.» A contrario, la Directrice exécutive de l’Ong Servitas Cameroon, Chantal Kambiwa émet le vœu que le débat se déporte dans d’autres régions comme celles anglophones. Un Monde Avenir promet poursuivre l’initiative, première du genre, dans les autres régions.

Valgadine TONGA

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