Plaidoyer pour la construction d’une famille intègre pour une société saine

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Le débat sur le présent thème incline à deviser sur la perception de la famille comme cellule de base pour la socialisation des catégories sociales. Sociologiquement et anthropologiquement, le mot famille revêt une hétérogénéité de sens suivant les contextes.

Le débat sur le présent thème incline à deviser sur la perception de la famille comme cellule de base pour la socialisation des catégories sociales

Serge Aimé Bikoi.

——-Essai de balisage conceptuel des mots famille et  socialisation

La famille désigne, au sens large, « les gens liés par le sang et, éventuellement, les alliés: oncles; tantes; grands-parents; cousins, etc. Contextuellement, il s’agit, ici, de la famille étendue, de la famille africaine, de la famille large sous-tendue par des valeurs cardinales, en l’occurrence le respect de soi et d’autrui, l’affectivité, la solidarité, l’interconnaissance, le partage, la sociabilité, l’amour de soi, le sentiment d’appartenance à la même communauté, etc. C’est, par exemple, le type de famille qui prévaut dans les régions rurales ou qui avait prévalu dans les sociétés traditionnelles. A l’opposé, la famille, au sens strict, est définie comme une entité de personnes composée exclusivement des parents et des enfants vivant dans une cellule domestique (foyer). Généralement, il s’agit, en termes de composantes, du père, de la mère et de leurs enfants, dont le nombre s’évalue à deux minimum et à trois maximum. Contextuellement, la famille nucléaire, type idéal de la famille occidentale,  est régie par les valeurs individualiste, égoïste et égocentrique tant les agents socialisants se replient, voire se recroquevillent sur eux-mêmes. Au Cameroun, ce type de famille est né dans la moitié des années 80, plus précisément, en 1985, année au cours de laquelle la crise économique a commencé à sévir. Le but de l’émergence de la famille nucléaire, à cette période de l’histoire, consistait à promouvoir les nouvelles terminologies de planification familiale, de réduction des naissances et de contrôle des naissances, l’enjeu fondamental étant de créer une congruence entre le nombre d’enfants par famille et la proportion (quantité) de ressources financières disponibles. C’est dans cette optique que les méthodes et les théories de planification familiale eurent droit de cité. L’usage du stérilet, du norplan, de la pilule, des préservatifs et l’adoption des techniques de contrôle des naissances et d’espacement des naissances dans les structures familiales en constituent des exemples.

 En substance, si la famille africaine est une entité contribuant à la valorisation des phénomènes démographiques, tels que la natalité, la fécondité, la nuptialité et la mobilité, la famille nucléaire est un groupe domestique sublimant la réduction du nombre des naissances tant le dessein est de prôner l’idéologie de l’occidentalisation des familles africaines. Ce type de famille naît dans le contexte de l’opérationnalisation des Plans d’ajustement structurel(Pas). Si sur le sentier économique, il est, singulièrement, question de mettre en œuvre la politique économique extro-déterminée de la planification économique, dans les ménages urbains et ruraux, il s’agit d’appliquer le neo-système de planification familiale. Au-delà de cette typologie classique de famille, il y a, en fonction des dynamiques sociales et culturelles, de nouvelles formes émergentes familiales, lesquelles méritent d’être énoncées: la famille recomposée, la famille monoparentale et la famille homosexuelle. La famille recomposée naît, par exemple, par suite des cas de divorces alors que  la famille monoparentale est constituée d’un seul parent et de ses enfants, dont les géniteurs sont divers. A la différence, la famille homosexuelle est composée essentiellement soit des hommes (famille homosexuelle masculine), soit des femmes (famille de lesbiennes). Cette forme perverse de famille contemporaine, enracinée davantage dans les sociétés occidentales, participe à imposer les excroissances sexuelles actuelles nées de la postmodernité et à promouvoir la modalité de l’adoption des enfants. Mais le Cameroun n’est pas encore parvenu à ce stade de l’a-normalité familiale. Cet exercice ne met pas sous le boisseau d’autres types de familles existants, à savoir la famille polygamique et la famille monogamique.

La socialisation, quant à elle, réfère à un processus d’apprentissage, d’acquisition, d’intériorisation et d’intégration des normes, des règles, des valeurs et des principes sociaux et culturels, afin d’adapter les individus à leur environnement social. Au cours dudit processus, tout individu est appelé à recevoir les données biologiques, les déterminants sociaux et à façonner son histoire personnelle. La personnalité humaine acquise se forme, à cet effet, à partir de ces trois invariants. Les éléments biologiques sont des traits de caractère naturel résultant de l’hérédité et qui régulent certaines capacités. C’est grâce aux traits idiosyncratiques que l’on distingue les personnes calmes, flegmatiques, sereines, impulsives, catégoriques, hypocrites, fourbes, etc. Tous les individus n’ont pas les mêmes caractères personnels tant chaque composante humaine présente une singularité comportementale. L’apprentissage social est un complexe de normes, de règles et de valeurs transmises aux individus à partir de la prime enfance par les principaux agents de socialisation que sont les parents. Il s’agit donc des référentiels sociaux et culturels inculqués et intégrés à la conscience individuelle. Deux types de conduites naissent de l’apprentissage social, en l’occurrence la conformité et la déviance. L’enfant qui respecte scrupuleusement les modèles socioculturels de son groupe social d’appartenance est un être conforme. A contrario, l’enfant qui déroge aux principes socioculturels de son en-groupe est déviant. L’histoire personnelle est une agrégation des données biologiques et des déterminants sociaux qui font d’un individu un être singulier. L’histoire personnelle, qui est l’aboutissement du modelage de la personnalité sociale de base de chaque individu, permet, en substance  et en conséquence, de distinguer le Camerounais du Gabonais, le Malien du Centrafricain, le Nigérian du Nigérien, l’Ivoirien du Congolais, le Marocain du Sud-Africain, etc.

—–Comment bâtir une famille intègre pour une société saine?
La famille est la cellule de base pour la socialisation de l’individu tant il s’agit de la première instance fondamentale de formation de la prime enfance. Toute éducation se détermine, au premier abord, dans l’entité familiale, car les principaux agents de socialisation que sont les parents inculquent, de fond en comble, la culture du groupe domestique. Les rites, les traditions, les coutumes, les symboles, les proverbes, les normes, les règles, les valeurs  sont, entre autres, des référentiels socioculturels contribuant à structurer et à façonner la personnalité sociale de base de l’enfant. C’est dans la famille que l’on apprend aux enfants comment  se nourrir, comment  se vêtir, comment se tenir en face de plusieurs catégories de personnes, comment vivre conformément aux valeurs cardinales liées à la dignité, à l’honorabilité, à l’intégrité et à la loyauté. C’est dans l’enseigne familiale que l’on cerne le distinguo entre le bon grain et l’ivraie, entre la vérité et la fausseté, entre la conformité et la déviance, etc. C’est aussi, excusez du peu, dans la famille que l’on commence à devenir un Homme intègre, honnête, honorable et, partant, responsable.

 Cependant, si la famille est l’instance fondatrice et régulatrice de tout individu, si la famille est le moule de l’édification de toute personne, ce procédé normatif et idéaliste de l’intégrité et de la responsabilité familiales se vérifie-t-il dans la société camerounaise contemporaine? La réponse à cette question est, évidemment, négative tant il y a un composite de déviances sociales qui polluent l’environnement familial et, par conséquent, la société toute entière. L’observation des délinquants, des criminels, des homosexuels, des corrompus, des corrupteurs, des détourneurs de fonds publics, des prostituées, des proxénètes, des trafiquants d’ossements humains, des kidnappeurs de bébés, des consommateurs d’alcool, du tabac, des drogues, etc est un indicateur poignant du délitement des familles, de la décadence des autres instances de socialisation et de la déliquescence de l’Etat, macrostructure où règnent, en permanence, les tares, les scories, les dysfonctionnements et les pathologies sociales: mal gouvernance; népotisme; sectarisme; ethnocentrisme; irrédentisme; corruption; concussion; prévarication; privatisation de la fortune publique, etc.

Au demeurant, tout le corps social est souillé au point où la quasi-totalité des agents, à quelques exceptions près, s’enlise dans l’imposture, dans la forfaiture et dans la souillure. Dans ce processus de recrudescence des excroissances sociétales, tous les maillons de la chaîne sociale sont coupables, car chaque giron a une responsabilité donnée. Vu la décrépitude de la société camerounaise contemporaine, il est urgent, idoine et impérieux, pour les principaux agents socialisants, de ressusciter, dans l’enseigne familiale, les valeurs fondamentales ayant sédimenté et ossaturé l’agir comportemental de nos grands-parents et de nos parents, dont les conduites sont, par essence, honorables, intègres et fort enviables. Vivement que la famille africaine pure et dure, socle de la vie sociale durable, ferment de l’architecture des ménages  et sève nourricière de la vie conjugale et environnementale soit revitalisée, revivifiée et redynamisée dès l’an prochain afin que les déviances sociétales soient endiguées dans l’ensemble des microcosmes et macrocosme sociaux! Vivement que les générations juvéniles, fer de lance de la nation camerounaise, ne soient plus phagocytées par la mondialisation à outrance, dont les effets pervers sont, de plus en plus, recrudescents! Vivement que les jeunesses du pouvoir ne soient plus influencées, sublimées et embrigadées par les « dynamiques culturelles du dehors », marqueurs de l’aliénation, de l’acculturation et de la dé-socialisation culturelle des cadets sociaux! Vivement que les enfants, les jeunes et les adultes ne soient plus les acteurs sociaux qui théâtralisent, en permanence, les conduites néfastes et perverses, diffusées par les chaînes satellitaires!

Ah si jeunesse savait si vieillesse pouvait!

Serge-Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement.

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