Les fonctionnaires et l’enrichissement illicite

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SAffaire Félix Samba : Les fonctionnaires et l’enrichissement illicite

Roland Tsapi.

Le débat sur la richesse des fonctionnaires a été alimentée cette semaine par la publication des photos et des vidéos sur internet, de la résidence luxueuse de monsieur Antoine Félix Samba à Nkolondom, une banlieue de Yaoundé. L’homme est en train de construire une somptueuse résidence estimée à plus de 40 millions de Dollars, soit l’équivalent de  24 milliards 760 millions de Francs CFA. Ancien Directeur Général du Budget au ministère des Finances, il a été nommé le 10 mars 2017  au poste d’Inspecteur général des services administratifs et budgétaires dans le même ministère. Au-delà du caractère insolent de la maison, l’on se demande d’où vient cet argent pour un homme qui a fait et qui continue de faire l’essentiel de sa carrière dans la fonction publique. Sauf qu’une fois la question posée, la plupart des Camerounais vous demande si vous êtes étranger pour poser ce genre de question. Et vous rappelle que le Cameroun est le seul pays où les fonctionnaires sont plus riches que les hommes d’affaires. Comme pour dire que ce n’est pas étrange qu’un fonctionnaire aie autant d’argent, et que d’ailleurs il n’est pas le seul.

Affaire Félix Samba : Les fonctionnaires et l’enrichissement illicite

Antoine Félix Samba

Les dispositions du Décret 94/190 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique, modifié et complété par le Décret 2000/287 du 12 octobre 2000, sont pourtant claires. L’article 37 alinéa 1 dit ceci :
– Il est interdit à tout fonctionnaire régi par le présent statut :
a) d’avoir dans une entreprise ou dans un secteur soumis à son contrôle direct ou en relation avec lui, par lui-même ou par personne interposée et sous quelque dénomination que ce soit, des intérêts de nature à compromettre ou à restreindre son indépendance ;

b- D’exercer, à titre personnel, une activité privée lucrative, sauf dérogation spéciale par un texte. Cette interdiction ne s’applique pas à la production rurale, à la production d’œuvres scientifiques, littéraires ou artistiques, aux enseignements donnés à titre complémentaire ou de vacataire.

«La surfacturation, les marchés fictifs»

Plus simplement dit, un fonctionnaire peut écrire et vendre des livres, produire et vendre le plantain ou le macabo de son champ, dispenser des cours dans sa spécialité, mais il lui est interdit d’ouvrir une boutique, avoir une agence de transport. Mais les Camerounais ont fait de cette loi un loisir, comme dit l’artiste. Dans la réalité, les fonctionnaires sont pour la plupart  devenus des commerçants, et leurs postes de travail n’est plus qu’un lieu où l’on passe quelques heures dans les journées, la tête étant ailleurs. Il faut bien arrondir les fins du mois, se justifie-t-on. Et c’est cette explication que beaucoup tente de donner dans le cas pris en exemple, en soutenant que bien qu’étant fonctionnaire, Antoine Félix Samba est un gros exploitant agricole dans son village, et ses produits seraient essentiellement vendus à l’extérieur du pays. D’après l’un de ses défenseurs, «Antoine Samba avant d’être Directeur général du Budget au Minfi était à la tête d’une grosse entreprise privée dont il est actionnaire à hauteur de 62%, il a été pendant longtemps actionnaire dans 2 compagnies aériennes au Gabon. Aujourd’hui, il est le premier producteur du cacao au Cameroun ».

Affaire Félix Samba : Les fonctionnaires et l’enrichissement illicite

Résidence de Félix Samba.

Sans le savoir, ce défenseur avoue qu’Antoine Félix Samba, comme beaucoup de fonctionnaires d’ailleurs, viole depuis longtemps la loi fixant statut particulier des fonctionnaires au Cameroun. Après 27 ans de carrière, il est  scandaleux pour un fonctionnaire d’étaler un tel luxe et prétendre avoir les mains propres. Il en est de même pour tous ces autres fonctionnaires propriétaires d’immeubles et des commerces. Il ne peut s’agir là que de l’enrichissement illicite, de la corruption contre laquelle les  organismes comme l’ANIF, la CONAC, le CONSUPE, et même l’article 66 de la Constitution qui oblige les gestionnaires publics à la déclaration des biens et avoirs, sont  restés jusqu’ici impuissants. Mais comme le dit Dieudonné Essomba : «Toute l’élite camerounaise, administrative, politique ou commerciale est essentiellement parasitaire et tous vivent aux frais de l’Etat. Les détournements des fonds publics prennent des formes complexes, où les gestionnaires forment des collusions avec des hommes d’affaires pour masquer les déprédations, à travers la surfacturation, les marchés fictifs, l’évasion fiscale, etc. »

Ainsi va le Cameroun !

Roland TSAPI, Journaliste

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