Etat peau de chagrin: Entre tripatouillages et colmatage de brèches

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L'Etat s'engage à endiguer sa dette dès le mois d'avril 2017. C'est ce qui ressort de la concertation entre les membres du gouvernement et les responsables du Collectif des enseignants indignés

Serge Aimé Bikoi.

L’Etat s’engage à endiguer sa dette dès le mois d’avril 2017. C’est ce qui ressort de la concertation entre les membres du gouvernement et les responsables du Collectif des enseignants indignés du Cameroun, qui réclament entre deux et cinq ans de salaires impayés. La nouvelle réjouit a priori plus d’un. Mais a posteriori, d’après les statistiques disponibles, il faut, en moyenne, 33 milliards de Fcfa par an pour éponger la dette de ces 22000 jeunes enseignants. L’Etat camerounais est-il susceptible de résoudre cette équation lorsque l’on sait que la situation précaire que vivent les enseignants aujourd’hui est tributaire d’une réalité liée à l’absence de liquidités de cette macrostructure? La trésorerie publique montre l’impression qu’elle peut rétribuer la masse d’enseignants. Pourtant, cette trésorerie, depuis des années, est incapable de répondre favorablement aux revendications des seigneurs de la craie. En pareille circonstance, l’Etat se comporte, pour reprendre Dieudonné Essomba, Économiste, comme un « Etat frappeur ».

Les contingences et vicissitudes auxquelles les enseignants aujourd’hui traduisent, en réalité, l’impécuniosité d’une trésorerie incapable de satisfaire aux engagements de l’Etat et contrainte d’arbitrer, en payant ce que le gouvernement estime comme priorité. Dans ces conditions, le salaire des enseignants n’apparaît pas comme un impératif catégorique. En effet, les rétributions des enseignants ne deviennent une priorité que s’ils protestent, revendiquent, battent le pavé et menacent de tout briser et paralyser le fonctionnement social. Vue sous la bannière des grèves récurrentes et incessantes, la menace est, en ce sens, un critère de priorité. Histoire de mettre l’Etat dos au mur afin qu’il trouve, du moins, des solutions cosmétiques à ces doléances. Or, la réalité qui se présente, depuis deux décennies selon les grilles de lecture économistes, marque la crise de l’Etat qui passe du stade de l’Etat paternaliste à celui de l’Etat peau de chagrin.

Les enseignants réclament 60 mois d'arriérés. Ils sont déterminés à poursuivre leur débrayage jusqu’au payement effectif de leurs arriérés

Asphyxie de la puissance publique

Il s’agit là concrètement d’une macrostructure qui n’est plus, depuis 1987, une espèce de vache à lait pourvoyeuse de ressources pécuniaires colossales aux agents publics. Des fonctionnaires sont donc en butte à un Etat en crise en raison de l’illiquidité du trésor. La crise de liquidité ou d’endettement de l’Etat résulte de l’accumulation des déficits extérieurs par le Cameroun. Prosaïquement, cette thèse réfère à la théorie suivant laquelle l’Etat ne peut consommer les biens d’autrui sans avoir à souscrire à un remboursement un jour. Puisque les autres pays ne sont pas des marionnettes pour offrir leurs biens sans payer en retour. Le déficit extérieur du pays était alors agrémenté par l’importation massive des biens de consommation ayant débouché sur l’asphyxie de la puissance publique. A cause du déficit criard de la surliquidité à la trésorerie, les caisses de l’Etat sont vides. Toute chose qui entraîne la suppression de certains postes de dépenses, dont les enseignants font, aujourd’hui, les frais.

Au lieu que l’Etat fasse bonne figure, en résolvant systématiquement le problème crucial de l’absence de liquidités au trésor, il préfère faire piètre figure, en naviguant à vue et en conservant, en permanence, l’image d’un Etat puissant. Alors qu’en réalité, c’est un « Etat frappeur » qui évolue à l’aune des tripatouillages, du mensonge, des détournements et du colmatage des brèches. Eu égard à la permanence de la problématique de l' »Etat frappeur », l’idée de l’arrêt de l’organisation des concours dans des écoles de formation est, d’ores et déjà, envisageable. Histoire de ne pas exposer de milliers de formateurs sortis des grandes écoles à des déconvenues qui rendent leur vie chancelante.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement.

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Un commentaire

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