La folklorisation des Journées internationales célébrées au Cameroun

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Les journées internationale et mondiale célébrées au Cameroun presque chaque jour sont devenues des occasions de folklore. Plutôt que d'observer des

Serge Aimé Bikoi.

Les journées internationales et mondiales célébrées au Cameroun presque chaque jour sont devenues des occasions de folklore. Plutôt que d’observer des journées de réflexion et de discussion sur des sujets importants concernant chaque secteur donné, l’on assiste à des ripailles et agapes. La folklorisation atteint son paroxysme lorsque les journées internationales se muent en journées fériées et chômées dans certaines administrations publiques camerounaises.

Le reproche majeur fait aux différentes célébrations telles qu’organisées sous nos cieux, c’est d’abord le caractère ponctuel, creux, pompeux et éphémère des journées internationale et mondiale. Lorsqu’une thématique est, par exemple, ciblée pour une célébration, et malgré le fait que parfois des plate-formes de réflexion sont mises sur pied, l’on observe rarement un plan d’action élaboré. Histoire de régler le problème sous-tendu dans le déroulé du thème. La curiosité constatée est liée au fait que bien d’acteurs auront oublié jusqu’au thème de la journée qu’ils ont célébrée des semaines auparavant. En réalité, l’essence des journées internationale et mondiale consiste à débusquer les problèmes auxquels sont heurtées certaines catégories socioprofessionnelles dans l’optique d’y remédier conjoncturellement.

Circuits de plaisir et de loisir

En faisant une espèce de rétrospective relativement aux célébrations observées ces dix dernières années liées à la journée internationale de la femme et à la journée internationale de l’enseignant, il est apparu, en dressant le bilan, que ce qui a été fait pour résoudre le problème par les thèmes est resté lettre morte. Généralement, les thèmes desdites journées sont quasiment identiques à peu de mots près. C’est comme s’il manquait une certaine ingéniosité dans la conceptualisation des thématiques. De plus, les lendemains de la célébration devraient être meublés par l’exécution d’un plan d’action réaliste s’étendant sur un an, et qui produirait la stratégie à implémenter. Question d’apporter des solutions aux écueils identifiés par ces deux corporations. Avant la célébration suivante, un bilan devait être fait pour évaluer les acquis et les passifs. Mais tout se résume au folklore agglutiné autour des beuveries au Cameroun. Toute chose prêtant le flanc à l’ambiance, à la jouissance et aux réjouissances populaires. Ceci est sans compter la tonitruance observée dans les circuits de plaisir et de loisir.

Les bureaucraties publiques camerounaises

La confection et la commercialisation des ballots de pagnes chaque année pour les journées internationales de l’enseignant et de la femme à hauteur des millions de Fcfa contribuent à accentuer le rituel de la folklorisation, dont le défilé est le point culminant sur la place du Boulevard du 20 mai. Du coup, s’impose une journée fériée dans les bureaucraties publiques camerounaises tant les cadres et hauts cadres des différents secteurs d’activités sont englués dans un cérémonial festif avant, pendant et après la grande parade du défilé. Pourtant, aucune norme établie dans l’appareillage institutionnel n’instaure une journée fériée lors des célébrations des journées internationales. En substance, ces célébrations récurrentes articulées autour des défilés, des réjouissances et des tables-rondes sans incidence sociale et sans évaluation concrète restent et demeurent une perte de temps incommensurable, dont il faut, illico presto, tirer des leçons sérieuses.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement

 

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