Dina Bell : «On doit sauver la musique camerounaise»

0

64 ans sur terre, 40 dans la chanson. Il y a bien de quoi festoyer et ce n’est pas Dina Bell qui va s’en priver. Pour ses noces d’Emeraude qui débutent le 25 février à Douala, l’organisation est au four et au moulin. Lui il a la tête dans les répétitions. C’est d’ailleurs lors de la séance du vendredi 10 février 2017 à Douala que Dina Ebongue Charles dit ‘‘Bazor’’ nous a accordé cet entretien. Le père des titres à succès «Sophie, Yoma Yoma, Na tondi, Tobo Tobo…» passe en revue sa carrière, la musique au Cameroun…Lisez plutôt.

 64 ans sur terre, 40 dans la chanson. Il y a bien de quoi festoyer et ce n’est pas Dina Bell qui va s’en priver. Pour ses noces d’Emeraude, l’organisation est au four et au moulin. Lui il a la tête dans les répétitions.

40 ans de carrière déjà. Qu’est-ce qui vous manque encore quand vous jetez un regard au rétroviseur ?

Moi je crois que je n’ai plus rien à prouver. Maintenant il est temps que j’écoute ce que j’ai fait. C’est d’ailleurs pour cela que je suis en train de fêter ces quarante ans de musique. Je les fête parce que déjà, mon public l’a réclamé. J’ai eu à faire des spectacles ci là mais le public a voulu un grand concert pour les quarante de Dina Bell. C’est pour cette raison que j’ai préparé la tournée de mes quarante ans de musique qui commence  par le Cameroun à Douala, le 25 février prochain. A Yaoundé le concert est prévu en mars.

Quelles sont les destinations prévues dans la tournée ?

Les organisateurs sont en train de préparer un spectacle au Gabon, en République centrafricaine et en Afrique de l’Ouest, notamment en Cote d’Ivoire, le Bénin et le Togo où je suis très écouté. Non seulement j’y suis très écouté mais les Camerounais qui y sont ont amené les Togolais à aimer ce que je fais. Je dois par la suite faire le tour de l’Europe, c’est-à-dire en France, en Belgique, en Angleterre, en Italie où je suis aussi attendu. Les organisateurs en Italie ont déjà pris l’affaire en main. Il y a beaucoup de pays. C’est une fois sur place, en fonction de la demande, que les spectacles vont s’accroître.

Vous ferez cette grande tournée avec vos musiciens?

Ceux du Cameroun vont travailler ici. J’ai un autre groupe en Europe. Il y a les Etats-Unis qui m’attendent aussi.

Peut-on avoir quelques noms d’artistes qui vous accompagnerons sur scène au Cameroun?

Il y aura beaucoup d’artistes qui seront des surprises. Il y aura des artistes que je vais inviter pour qu’ils assistent au spectacle à Douala. Vous aurez des artistes qui vont reprendre mes morceaux, d’autres vont chanter leurs propres titres et il y en aura aussi avec qui je chanterai. Henri Njoh par exemple sera  là, ce n’est pas une surprise. Ben Decca, si son calendrier le lui permet, il viendra.

Quel est l’écho qui revient des annonceurs, parce que les artistes dénoncent généralement le manque de soutien des entreprises ?

Je ne peux pas vous répondre puisque j’ai donné le quitus à un comité d’organisation. C’est lui qui va me rendre compte. Là je suis pris dans les répétitions. Je crois quand même avoir vu une bande d’annonce avec une certaine boite mais je ne peux pas vous dire qui a donné quoi. De toutes les façons, quand il y a un organisme qui veut prendre ce genre d’évènement en charge, je crois qu’il a besoin d’un coup de main. J’espère que ces entreprises qui comptent dans leur effectif des fans de Dina Bell répondront favorablement à une demande de sponsoring.

On voit des chanteurs annoncer la fin de leur carrière. C’est quelque chose que Dina Bell envisage un jour ?

Je n’ai pas besoin de lâcher prise. C’est Dieu qui m’a donné. Si après je ne peux plus assurer les représentations sur scène, je vais continuer à composer des chansons et les donner à la nouvelle génération. Je le fais même déjà pour pas mal d’artistes comme mes neveux Epee et Koum.

Qu’est-ce qui a amené Dina Bell dans la musique ?

Quand je suis né, j’ai trouvé que mes grands-parents, mes parents ont fait la musique. Ce n’est donc pas curieux que je sois là dedans puisque j’ai commencé par la chorale. Mes parents aussi étaient choristes dans notre église Epc de Lottin à Nsame. Mon grand-père maternel faisait partie de la Fanfare municipal ici à Douala. Il a composé des cantiques dans mon église. J’ai des frères et des sœurs qui sont de bons chanteurs. En clair, rien ne m’a poussé dans la musique, j’ai trouvé que la musique est dans la famille.

Dina Bell : «On doit sauver la musique camerounaise»

Pour Dina Bell, quel est âge d’or de la musique camerounaise ?

Franchement je dirai que c’est passé. Nous avons trouvé la génération des Ekambi Brillant, Tokoto Ashanti, André-Marie Talla, Misse Ngoh François qui faisait encore partie de la génération qui aimait la musique camerounaise. Je crois que la musique urbaine est en train de vouloir tromper les artistes camerounais qui oublient que nous avons notre musique que nous devons sauver. Les grands rythmes que j’ai eu à connaître comme le Bikutsi, le Makossa, le Magabeu, l’Assiko sont en train d’être oubliés par les jeunes. Je crois que c’est un problème de l’ère du temps mais je voudrai qu’ils sachent qu’on a une musique à sauver, la musique camerounaise. Je voyage beaucoup et je vois comment la musique camerounaise est beaucoup écoutée, pour ne pas dire était écoutée. Avec la musique urbaine, on ne sait plus distinguer un Ivoirien d’un Camerounais ou d’un Nigérian. Je pense que tous les artistes ne vont pas oublier que nous avons cette musique que nous avons trouvée, et qui a été bâtie par beaucoup comme Maman Anne-Marie Nzié, Papa Medjo Jabob, Manu Dibango… Si tout le monde veut entrer dans la musique urbaine il n’y aura plus de musique camerounaise. L’âge d’or est déjà passé. Il est resté jusqu’à ma génération (rire). Je crois que c’est le déluge maintenant.

La question des droits d’auteurs est un casse-tête des artistes au Cameroun mais on ne vous voit pas dans les batailles comme vos collègues…

Pour le problème des droits d’auteurs, je lutte mais en silence. Si les gens ne me voient pas me plaindre, ça ne veut pas dire que le perçois les droits. Jamais de la vie. J’ai été membre de toutes les sociétés de droits d’auteurs qui ont existé ici au Cameroun, de la Socadra à la Socam. De toutes les façons on va laisser ça dans le fleuve de l’oubli parce que l’histoire des droits d’auteurs au Cameroun n’est pas une bonne chose à raconter. Ça m’étonne. Il y a la Sacim qui existe depuis la nuit des temps, elle est toujours là. Je ne sais pas pourquoi au Cameroun il faut changer la société des droits d’auteurs tous les six mois. C’est en changeant ces sociétés que tout est bafoué. Il est clair qu’on ne peut même pas faire un audit pour savoir qui a pris quoi ? C’est comme quelqu’un qui construit une maison et la casse. Que voudra-t-il récupérer ? Je crois qu’on voit un bout de solution avec le nouveau ministre de la Culture. On espère que les choses vont changer. On m’a fait dire qu’il y a l’assemblée générale dans quelques semaines. Je crois que c’est un départ pour une nouvelle société des droits d’auteurs.

Est-ce que le Cameroun aime vraiment ses artistes ?

Le Cameroun aime ses artistes mais les artistes sont mal traités. J’ai mal quand je vois les salles de concert qui ne font plus le plein, les fans qui achètent un Cd piraté qui ne mettra d’ailleurs pas long par rapport au support original. L’artiste camerounais est bien aimé par les Camerounais et mal traité par ces mêmes Camerounais. Ils ne vont pas aux concerts parce qu’ils ont vu les clips pourtant les clips sont différents des concerts. Il faut qu’ils fassent comme avec les sportifs. Tout le monde pouvait bien rester chez lui suivre la Can, mais des Camerounais sont allés jusqu’à Libreville. Les fans des sportifs les soutiennent plus que les fans des artistes. Concernant la piraterie, on a déjà tout essayé. Je vois mon jeune frère Papillon qui lutte contre la piraterie. Je ne sais pas comment ça marche, mais il y a toujours les produits piratés vendus au vu et au su de tout le monde. Je crois que personne n’a jamais été emprisonné pour cette forme de piraterie. Je me rappelle de la vente du mauvais carburant ‘‘le zoa zoa’’ qui a amené des gens en prison. On ne m’a jamais dit qu’on a arrêté les vendeurs de Cd piraté, surtout les fabricants. C’est un problème de volonté politique comme vous l’avez dit.

Je revois encore la joie que vous avez manifestée à Yaoundé, quand vous avez été décoré Chevalier de l’Ordre national de la Valeur. Cette distinction a pris du temps…

Après quarante ans de carrière…C’est pour ça que j’ai dit que mieux vaut l’avoir maintenant qu’à titre posthume. Ils ont pensé à moi peut-être trop tard, mais mieux vaut tard que jamais.

De vos 40 ans de carrière, quel est votre pire souvenir ?

Le plus mauvais souvenir de ma carrière date effective de 40 ans, quand j’ai sorti «Yoma Yoma», ma première livraison. Je l’ai sorti en coproduction avec quelqu’un. Le coproducteur a sorti l’album à mon insu. J’étais en France et on m’appelait du Cameroun pour me dire que mon disque fait un tabac. Je ne comprenais rien. J’ai demandé au coproducteur ce qui se passe et il m’a confirmé avoir envoyé le disque pourtant c’était en coproduction. Lui il devait régler les pochettes et le pressage du disque. Les disques sont sortis et il les a vendus à mon insu. Ça m’a marqué mais ça ne m’a pas découragé.

Laissons cette note triste. Votre plus beau souvenir…

Mon plus beau souvenir c’est quand je suis arrivé au Cameroun pour mes premiers concerts en 1981, avec ce que j’ai vu comme engouement, comme fanatisme. Il me souvient que j’ai chanté pendant un mois et les salles étaient toujours pleines à Douala, Yaoundé, Garoua, Bafoussam, Bamenda. C’est vraiment un souvenir inoubliable de ma vie.

Un message à vos fans ?

Mes fans sont au courant que je fête mes 40 ans de musique. Nous sommes ensemble depuis 40 ans, ce n’est pas maintenant que nous allons nous désolidariser. J’attends tout le monde et comme un collègue a dit, j’aime mon public et mon public m’aime. Qu’il ne croit pas que le temps qui nous a rendus vieux à changer mon cœur. Je suis avec eux.

Entretien avec Valgadine TONGA

Share.

About Author

Leave A Reply