Musique : La guerre des groupes dans le kaléidoscope culturel local

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 Musique : La guerre des groupes dans le kaléidoscope culturel local

L’histoire de la division des groupes n’est pas un phénomène social imputable exclusivement à des entités de théoriciens et de praticiens de l’art musical. En effet, c’est une réalité inhérente à la structuration des organisations, des entreprises, des administrations et de tout autre secteur de travail. Au commencement, deux acteurs sociaux se réunissent et forgent un groupe, dont les objectifs, les principes normatifs, les stratégies et les moyens d’actions sont élaborés dans le dessein de faire germer les fleurs de la réussite sociétale. Le chronogramme d’activités et les attentes sont, de surcroît, adossés à cette orientation vitale.

En jetant un regard holistique sur la vie des artistes-musiciens d’ici et d’ailleurs, moult groupes se sont formés et se sont disloqués progressivement au gré des intérêts divers, du jeu de prise de positions et des stratégies de positionnement des acteurs. Si à l’extérieur du triangle national, les cas de « Destiny child », et des « Spice girls » sont fort évocateurs en terme de fissure, à l’intérieur du champ culturel ambiant, chancelant et paupérisant, les exemples des « Sans visas de Petit Pays », du club Sagath, de Sergio et Djohreur, de Bantu clan, de Bantu Possi, des 2 Kitu, du quartier « Poto poto » de K-tino, des « lésés de la capitale » sont, entre autres, des indicateurs patents matérialisant, à quelques exceptions près, la crise, voire la guerre des groupes, dont l’impact social s’est avéré préjudiciable pour la plupart. Les signes de solidarité, d’affectivité, de générosité et d’amour de soi et d’autrui, très souvent observés initialement, ne présagent jamais l’atmosphère conflictualiste et belliciste qui survient quelques années plus tard.

Signes précurseurs

Lorsque les « Sans visas de Petit pays » furent fondés avec des figures de proue connues de l’espace musical camerounais, personne n’osait croire, une fourchette d’années plus tard, à la fissure du groupe et à la construction du clan des « Sans avis ». Clan auquel des stéréotypes péjoratifs avaient été attribués à l’époque. Généralement, les signes précurseurs de la guerre entre les artistes-musiciens transparaissent dans les sonorités agrémentant leur album. Histoire de châtier, d’étiqueter et de railler ce qu’ils considèrent, d’ores et déjà, comme de « nouveaux ennemis ». A ce giron réflexif, l’enfer, ce sont les autres pour reprendre l’argument existentialiste sartrien. Adolphe Claude Moundi est, d’ailleurs, celui qui, après le départ de Sami Diko, Xavier Lagaff, Samantha, Pakito, etc, sera le premier à les qualifier de « mauvais anges qui sont chassés du ciel ». L’enjeu d’une telle guéguerre nourrie dans des morceaux consiste, pour ainsi dire, à marquer la rupture entre ces désormais transfuges jugés « déviants » et les fidèles qualifiés de « conformistes », qui restent arc-boutés et subordonnés au leader parfois autocratique, bolchévique, autoritariste et pouvoiriste.

Entre ombres et lumière

L’on se souvient, dans la même veine, dans le passé, la passe d’arme orale entre Sergio et Djohreur, les concepteurs du « Mari d’autrui est sucré », qui s’étripaient par médias interposés. Alors que l’un se bombait le torse, en clamant, haut et fort, qu’il fait la force du groupe grâce à son timbre vocal fort langoureux, l’autre magnifiait, avec pondération, sa puissance à travers les compositions. Le point de chute de ces échauffourées symboliques fut inéluctablement le clash, entrainant l’un et l’autre dans une aventure en solitaire. Quiconque sait, pertinemment, ce que « le Président de Deido à Paris » et « Mbanu Taiga » sont devenus plus de deux décennies après. Entre ombres et lumière c’est ce à quoi ressemble un tel scénario assorti de la division.

D’autres groupes tels que Bantu clan et Bantu Possi n’avaient pas su capitaliser et rentabiliser les premiers succès de leur album au point où ils se sont estompés et effrités dans l’arène culturelle comme des étoiles filantes. Au demeurant, la haine, la jalousie, la rivalité, l’argent, les velléités individualistes, les dissensions interpersonnelles, les femmes, l’expression du pouvoir, de l’autorité et de l’influence de égo sur alter sont, sans conteste, des déterminants sociaux de la division et de la guerre entre les groupes. Toute chose qui, imperturbablement, débouche sur des rancœurs fratricide et morbide.  Mais pour quel dessein au demeurant? A chacun d’en juger!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste indépendant et Sociologue du développement

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