Florence Tsagué : «Du trafic d´influence jusqu´au recours à l´occultisme»

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L’auteure justifie la rédaction de son dernier ouvrage « La Porte de Minuit ». Florence Tsagué amène le lecteur dans un monde peu ou prou accessible. 
Florence Tsagué : «Du trafic d´influence jusqu´au recours à l´occultisme»

Florence Tsagué.

Vous avez commis en novembre 2016 à la « Collection encres noires » de Harmattan en France, l’ouvrage intitulé « La Porte de Minuit », qui est un recueil de nouvelles. A quoi le lecteur doit-il s’attendre en parcourant ce bouquin ?
Le lecteur doit s´armer pour affronter un monde qui lui est peut-être jusqu´ici inconnu ou peu accessible. C´est comme s´il doit traverser le seuil d´une porte pour entrer dans un autre univers, sachant que quelque chose de mystérieux mais aussi de familier l´attend.
Vous mettez plus en avant le côté mystique de notre société. Pourquoi ce choix ?
Vous savez que l´être humain, selon la psychologie sociale, se lance dans la quête des causes lorsqu´il est confronté à un problème, pour enfin attribuer les responsabilités. Les causes peuvent être recherchées chez soi ou dans son environnement. Or nous savons que le côté mystique reste très dominant dans notre société lorsqu´il s´agit de trouver les fondements de certaines péripéties advenant dans nos vies. C´est rarement qu´on explique la maladie par un virus. C´est rarement que la mort d´un proche est expliquée par les raisons biologiques, naturelles. N´en parlons pas du succès des autres ! Il y a au quotidien un mélange du mystique et de la réalité. C´est une dimension du monde qu´on ne saurait négliger même si l´expliquer dépasse notre entendement humain. Heureusement grâce à la fiction, nous pouvons rendre ce monde peu ou prou accessible. Les démons que nous craignons sont-ils toujours à l´extérieur de nous ou s´agit-il des craintes que nous projetons sur l´autre ?
Dans la nouvelle « Un Cadavre pour le Remaniement Ministériel », vous rapportez les pratiques occultes d’un « ministrable » dont le sort est tragique, après sa nomination par le président de la République, après plusieurs sacrifices. Est-ce une histoire vraie ? Pouvez-vous nous en dire plus sur cette étrange personnalité ?
 « Un Cadavre pour le Remaniement Ministériel », une histoire vraie ? C´est se poser la question sur les dimensions entre la réalité et la fiction. Miagning, le personnage central qui est un haut-fonctionnaire « ministrable » fait montre d´une personnalité très ambiguë. Je pense qu´il est la personnification et la traduction, d´un côté de la vertu, et de l´autre côté de la pression à « être en haut » coûte que coûte. Comment ne pas se poser la question sur l´autorité morale que nous servent beaucoup de gouvernants en brillant par la mauvaise gouvernance ? Suivez à la radio les nominations. Elles sont généralement clôturées par l´article portant sur les avantages prévus par la réglementation en vigueur auxquels l´intéressé aura droit. Et pourtant, les devoirs et le pacte avec la Nation devraient être mis en exergue dans la communication politique, et non les avantages et les privilèges. Même s´il y a bon nombre de citoyens qui occupent les postes par mérite, cette histoire de Miagning soulève le problème de la méritocratie qui balbutie, la régression morale dont souffre l´éthique politique, allant des détournements, du trafic d´influence jusqu´au recours à l´occultisme, avec des graves répercussions sur la moralité de chaque individu.
Propos recueillis par Didier NDENGUE
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