Belles lettres : Mythes et réalités de «La Porte de Minuit»

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Le livre de la Camerounaise Florence Tsagué balade le lecteur dans le monde visible et invisible des sociétés africaines.«La Porte de Minuit» est un recueil de nouvelles, paru en novembre 2016 à la Collection Encres noires de Harmattan en France.

La triste histoire sur la petite Mo Mo, une adolescente qui ignore tout sur son passé, ouvre le bal des quatre nouvelles qui constituent le bouquin. Pire, en plus du mystère qui plane sur son existence, la petite fille vient de perdre l’une de ses meilleures amies. Un choc qui plonge tout le village dans un désarroi absolu. Mo Mo, restée toute seule à la maison car sa mère, qui s’est rendue sur les lieux du deuil, va connaître la peur de sa vie. Elle est effrayée par les esprits de la nuit. Elle va de cauchemars en cauchemars. Le retour de sa mère semble durer une éternité. En réalité, Mo Mo, petit nom de jumelle, est tourmentée par un passé trouble donc seule sa génitrice détient le secret. Elle ne tardera pas à dévoiler après la veillée.

Le livre de la Camerounaise Florence Tsagué balade le lecteur dans le monde visible et invisible des sociétés africaines

Florence Tsague.

Cette nouvelle intitulée «La Porte de Minuit», porte le nom de l’ouvrage de Florence Tsagué, chargée d’enseignement dans une université allemande. Après la petite fille tourmentée, vint Ajimo dans « Le Revenant ». Il s’agit ici d’un jeune commerçant infidèle. Celui-ci s’était rendu au deuil de l’un de ses amis à Dschang, à l’Ouest du Cameroun. Au lieu de rentrer directement chez lui à Yaoundé, après les funérailles, Ajimo va rejoindre sa maîtresse à Douala. Le quarantenaire mentira à sa femme en lui laissant croire au téléphone qu’il a emprunté l’autobus de la compagnie « Dieu est au contrôle» pour regagner le domicile familial. Ce car va connaître un horrible accident. Bilan : de nombreux morts et de blessés. Ajimo fait partie de la première catégorie. Les préparatifs du deuil vont bon train au domicile du défunt. « Au cœur du Quartier Gentil, une atmosphère menaçante planait au-dessus de la maison d’Ajimo. Ce jour-là, de nombreux amis, connaissances et voisins s’étaient joints à la famille pour clôturer les funérailles du quarantenaire qui était passé de vie à trépas dans un horrible accident de la route », écrit l’auteure. Un inconnu sera enterré à sa place. La pierre tombale porte le portrait et le nom d’Ajimo Pierre. C’est après les funérailles au village et en ville que le jeune homme va réapparaitre. Il sera taxé de « revenant ».

Le dieu du marigot

« Le Marigot aux raphias dansants », est la troisième nouvelle de ce bouquin qui rapporte le mystère qu’incarne Ndouh, le marigot sacré du village La’ah, réputé pour ses fruits sauvages et son abondance en raphias géants. La vérité est que ce village est le fief des démons et des esprits impurs. Avec le vin de raphia, les villageois implorent la bénédiction des dieux et des ancêtres et tempèrent le courroux des forces occultes. Tégni, un vieil homme du village, est le gardien du temple des traditions. Il est l’intermédiaire entre Demdouh, le dieu du marigot, et les villageois. Il est strictement interdit de faire du bruit autour du marigot. Le dieu du marigot veille à la tranquillité du village, pendant que les forces maléfiques veulent le détruire. Une bataille entre les esprits que seul le doyen détient le secret.

Un « ministrable » sacrifié d’avance 

« Un cadavre pour le remaniement ministériel », est la dernière nouvelle de ce bouquin. C’est la période du remaniement ministériel. Le sujet alimente les débats dans la capitale. Les anciens ministres vont consulter leurs marabouts pour leur maintien au gouvernement, tandis que les aspirants aux postes courent consulter les plus grands « sorciers » du pays et du continent. Miagning fait partie des « ministrables ». Son nom circule dans toutes les listes, comme étant la deuxième personnalité du prochain gouvernement. Le haut fonctionnaire, coaché par son parrain, se rendra à l’étranger avec un coq à la crête rouge pour se faire « préparer », par un grand marabout dans une forêt en Afrique de l’Ouest. Il passera plusieurs jours dans le cercueil accompagné des esprits maléfiques. De retour au pays, les crimes rituels, enlèvements d’enfant, et sacrifices divers s’enchaînent.  Les nominations tombent. Miagning est récompensé. Mais une enquête pour détournement de deniers publics est immédiatement ouverte contre lui. Le ministre meurt quelques minutes après sa nomination. « La Porte de Minuit » est un recueil de nouvelles, paru en novembre 2016 à la Collection Encres noires de Harmattan en France.

 Didier NDENGUE

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