Tribune / Le déficit de sincérité dans les vœux de nouvel an

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Tribune / Le déficit de sincérité dans les vœux de nouvel an

Toute fin coïncide avec un début. Une année s’achève. Une autre commence illico presto. Un début d’année est, comme d’habitude, rythmé par des vœux adressés à des personnes considérées comme chères. Il s’agit, sans doute, des amis, parents, collègues et connaissances. Si certains vœux sont marqués du sceau d’une certaine franchise, d’autres sont dénués de toute sincérité. »Bonne et heureuse année! » « Daignez recevoir mes meilleurs vœux de santé, de bonheur et de prospérité pour la nouvelle année! » « Que l’Eternel vous accorde longévité sur terre! ».

Il s’agit là de quelques-unes des phrases qui, depuis le début de cette année, sont prononcées et qui, par la même occasion, font des émules dans le monde social. Ces mêmes propos sont tenus par des Hommes différents de race, de culture, de langue, de religion et de pensée, mais tous ne vivent pas dans le même continent. Suivant le mécanisme rituel, les êtres humains formulent les mêmes vœux à chaque début d’année. Quiconque peut donc adresser des souhaits hypocrites. Par exemple, vouloir du mal à quelqu’un tout en maquillant son vœu de propos angéliques. En effet, la fourberie humaine s’exprime de façon dithyrambique en début d’année. L’individu, par essence divers et ondoyant, aime ce qui plait à l’oreille, ce qu’autrui veut entendre. D’aucuns peuvent vouloir que le diable emporte leur ennemi, en disant ironiquement: « que Dieu te bénisse! ». Dans ce cas, le « je vous présente mes vœux les meilleurs » est une subtilité de langage.

‘‘Nul n’a l’âme généreuse’’

Celui à qui s’adresse ce message s’en réjouira sans conteste. Pourtant, mes vœux les meilleurs seraient qu’il lui arrive malheur. Au-delà de la sournoiserie, l’Homme est égoïste. Nul n’a l’âme généreuse pour penser aux autres avant soi. Dire à quelqu’un qu’il gagnera beaucoup d’argent cette année alors que l’on est soi-même pauvre paraît insensé et incongru. Quelle « bonne » action posera chacun pour que l’année soit bonne et heureuse? Si les bonnes paroles étaient sincères, les Hommes ne seraient pas englués dans des conflits, des tensions et, a fortiori, dans des guerres perpétuelles, signes de la manifestation de la bestialité humaine. Où est donc la sincérité quand je dis à mon frère: « que la paix soit sur toi! » et que, sitôt dit, je lui assène un coup de poing relativement à un contentieux nous opposant?

Où est donc la sincérité si tout au long de l’année écoulée, des ouvriers des secteurs d’activités ont fait des grèves récurrentes, et que au cours de la nouvelle année, ils se présentent devant leur employeur pour lui adresser des vœux? Ce questionnement conforte la thèse suivant laquelle tout ce qui brille n’est pas toujours or. Les propos élogieux sont souvent trompeurs. Les êtres humains n’ont pas les mêmes goûts, les critères d’évaluation du bien étant changeants, mouvants et évanescents d’un homme à un autre, d’une collectivité à une autre. Ce qui est bon pour moi ne l’est pas forcément pour autrui. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, l’on se réjouit. Au coup de minuit, l’on prie, l’on remercie Dieu de nous avoir permis d’entrer dans la nouvelle année. Au demeurant, pourquoi dire « que Dieu nous donne longue vie » si c’est pour souffrir tout au long? Au fond, une longue vie pour quoi faire? Chaque année qui passe nous rapproche davantage de notre fin, le seul avenir commun certain. L’on croit en la sincérité des vœux de nouvel an. Pourtant, les artifices de l’Homme n’ont pas de limites.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste indépendant et Sociologue du développement

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