Infanticide : Chronique sociale d’un nouveau-né retrouvé dans un bac à ordures

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Infanticide : Un nouveau-né retrouvé dans un bac à ordures

Une scène d’horreur a été vécue le 2 janvier dernier à Yaoundé. Un nouveau-né a été retrouvé mort dans un bac à ordures à la gare routière de Soa face Camair. Ce bébé de sexe masculin aurait été, selon certaines sources, jeté par sa génitrice juste après avoir vu le jour. Ce cas d’infanticide remet au goût du jour le problème des jeunes filles-mères irresponsables au Cameroun. L’environnement social dans lequel évoluent les jeunes filles-mères, ces dernières années, présente des images et visages de la précarité financière et matérielle ambiante.

En effet, dans un contexte de dénuement, des jeunes filles sont exposées à des partenaires enclins à assouvir des plaisirs sensuel et sexuel contre des espèces sonnantes et trébuchantes. A partir du moment où l’on voue un culte au gain facile ou à la recherche effrénée de l’argent, des adolescentes, en posture de minorité psychologique, parce que dépourvues du pécule, cherchent, contre vents et marées, à trouver l’âme sœur qui leur offrira toutes formes de faveurs et de largesses pécuniaires. Mais dans ce jeu de rapports interindividuels sous-tendus par des déterminants mercantilistes, l’être féminin est généralement la proie facile qui est séduite, happée et parfois abandonnée par des conjoints insusceptibles d’assumer leurs responsabilités. Une fois les rapports sexuels consommés et la grossesse contractée, certains individus espiègles prennent, contre toute attente, la clé des champs exposant, par conséquent, leur concubine à la merci des contingences et des turbulences quotidiennes.

Manque d’humanisme

Du coup, des jeunes filles misérables délaissées par leur partenaire ne savent plus à quel sain se vouer au point d’adopter des comportements fatalistes et cruels à la phase de l’accouchement. Le fait de jeter les bébés dans les poubelles, dans les caniveaux et dans tout autre lieu insoupçonné marque, globalement, l’état de déliquescence des mœurs individuelles et, a fortiori, celui des jeunes filles-mères qui ne sacrifient plus au rituel de la conformité avec des valeurs cardinales censées réguler la société. Souffrir durant neuf mois de grossesse et abandonner, in extremis, un nouveau-né dans un drain traduit, manifestement, un manque viscéral d’humanisme de la gent féminine, dont la mission cruciale consiste, pourtant, à faire preuve d’affectivité, de maternité, de tendresse, de douceur et d’amour à l’égard de sa progéniture naissante.

«Tu ne tueras point»

Bien qu’ayant été confrontée à des vicissitudes mondaines consécutives à la fuite d’un conjoint, une jeune fille-mère devrait-elle, sous un air de vengeance inavoué, commettre un cas d’infanticide réprimandé à la fois par la loi et par l’autorité divine? En refusant d’user des moyens contraceptifs, toute chose entravant la contraction d’une grossesse précoce donnée, ne doit-elle pas assumer, consciemment, la responsabilité d’un acte dont les conséquences sont, a priori, prévisibles? En choisissant, par exemple, la démarche de laisser un nouveau-né dans un orphelinat, une adolescente soucieuse de la vie d’un être cher aura souscrit, du moins, à un devoir d’humanisme et à une contrainte morale consistant à ne pas déroger au quatrième commandement de Dieu, à savoir « Tu ne tueras point ».

Serge-Aimé Bikoi, Sociologue du Développement

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