Déguerpissement à Douala : Les manœuvres du Fisc mises à nu

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Bien qu’ils soient sans abris depuis 2014, l’administration fiscale exige aux victimes des casses de Nkomba de payer les taxes foncières pour l’exercice 2016. Une intimidation qui insupporte la plateforme des collectifs des victimes.

Déguerpissement à Douala : Les manœuvres du Fisc mises à nu

Les victimes des casses

Emilie n’a plus de toit depuis la nuit du 26 mars 2014. A cause des évictions forcées d’environ 20.420 personnes du village Nkomba dans l’arrondissement de Douala IV, sa famille et elle errent tels des chiens dans la ville. Comme si le supplice n’était pas à son comble, la direction générale des impôts lui demande de payer des taxes foncières. Selon le document –Déclaration D395925- dont nous avons reçu copie et qui date de 2016, Mballa Ambomo Isabelle Valery, Chef de centre et contrôleur des Régies  financières des impôts écrit : «Suivant vos précédentes déclarations et/ou des informations complémentaires reçues par l’administration fiscale, votre situation fiscale au regard de la taxe foncière sur les propriétés immobilières se présente comme suit…droits en principal 10.000» Fcfa. «Comment peut-on demander à quelqu’un de payer les taxes pour un site qu’elle n’occupe plus», s’insurge  Auguste Kong, le représentant du Collectif de Nkomba.

Il était présent ce samedi 9 octobre 2016 à Douala, à la conférence de presse de la Plateforme des collectifs des victimes ou potentielles victimes des évictions forcées. «C’est quoi cette taxe qu’on nous demande de payer en 2016 alors qu’on nous a déguerpis depuis 2014 ? Ils nous envoient maintenant des pénalités. Comme nous nous sommes constitués en plateforme, ils multiplient les subterfuges pour nous intimider», s’indigne Auguste Kong. Ce sexagénaire croule plus sous poids des problèmes que de l’âge. Mouangue Bele Ebenezer est le représentant du Collectif Bonatéki-Bonabassem-Axe lourd Bépanda. Il fait partie des 908 familles expulsées en 1986 et qui attendent toujours la réalisation des promesses d’indemnisations. L’administration avait annoncé que 1milliard sept cent quatre vingt dix huit millions quatre cent quatre vingt dix sept mille cinq cent quarante (1.798.497.540) Fcfa sont disponibles pour les indemnisations.




875 victimes recensées

Le 14 février 2014, lors d’une conférence, le préfet du Wouri indiquait que 2milliards trois cent millions Fcfa étaient déjà disponibles pour dédommager les évincées de la Pénétrante Est. «Notre surprise a été grande quand le préfet a payé 66 personnes sur près de 875 victimes recensées. On ne sait pas si tous les 2milliards trois cent millions Fcfa ont été remis à ces 66 personnes où c’est juste une partie. On ne sait pas pourquoi ce sont ces personnes qui ont été choisies. Et quand le préfet annonce aux médias que tout le monde a été indemnisé, c’est un mensonge. Les enfants ne nous prennent pas au sérieux. Ils nous traitent de menteurs parce qu’ils ont vu à la télévision que nous avons été payés. Je suis ridiculisé par ma propre progéniture à cause d’une administration qui ne trouve de solution que les intimidations et les menaces», se lamente Mouangue Bele Ebenezer.

Victime des déguerpissement de Nkomba

Emilienne Tiatsor

Depuis deux ans qu’elle est dans la rue,  Emilienne Tiatsor a perdu toute autorité sur ses enfants. Sa famille s’est disloquée. «Mes enfants ne me respectent plus parce que je n’ai plus les moyens de prendre soin d’eux. Ils sont devenus des bandits, des prostituées. J’avais des maisons en location à Nkomba, et j’étais chef de bloc. Je ne souffrais pas. Maintenant je fais des génuflexions pour qu’on m’héberge. Je suis devenue un poids. J’étais là quand, en 1997, Samuel Ivaha Diboua alors sous-préfet de Douala IV avait posé la première pierre du petit marché de Nkomba. Aujourd’hui qu’il est gouverneur, il dit que le marché de Nkomba n’existe pas.  Est-ce que Paul Biya voit même ce qu’on fait à son peuple ? Pourquoi ne peut-on pas copier l’exemple du Gabon où le Chef de l’Etat indemnise et recase chaque personne ?» Dans sa déclaration du 8 octobre 2016, la plateforme dénonce le détournement des fonds alloués à l’indemnisation par certains responsables de l’administration, le mépris de certains responsables de l’administration face aux revendications citoyennes de la plateforme, l’escroquerie foncière orchestrée par des hauts fonctionnaires dans les localités d’implantation des grands projets…




Sit-in à l’Université

 La plateforme des collectifs des victimes ou potentielles victimes des évictions forcées est soutenue par la Dynamique Citoyenne et l’Eglise catholique. La plateforme qui regroupe neuf collectifs souhaite entre autres une indemnisation préalable, juste et équitable de toutes les familles affectées par les projets structurants et d’urbanisation, le respect de la dignité humaine, la sanction ferme des administrateurs véreux. «Nous allons bientôt élire domicile dans les Amphis de l’Université de Douala de PK  17. Nous ne partirons de là que lorsque le gouvernement nous donnera des logements et des indemnisations. Nous ne cèderont pas aux intimidations», promet le porte-parole de la plateforme, Jean-Baptiste Bontsebe.

Valgadine TONGA

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