Interview/Docta : «Le graffiti témoigne une sorte d’humanité»

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Pendant quatre jours -du 26 au 29 septembre 2016-, dix jeunes graffiteurs camerounais ont recouvert la muraille du stade Mbappe Leppe de dessins. En peu de temps, la moisissure qui avait déparé le stade Mbappe Leppe depuis des années a cédé place à la beauté graffitis illuminés. L’initiative est de Docta, célèbre graffiteur de nationalité sénégalaise. Ce projet panafricain qu’il conduit est baptisé ‘‘Doxandem Résidence Tour’’.’ Le Cameroun est l’une des étapes. A travers quelques questions, Docta nous revient notamment sur le projet, le graffiti au Cameroun.

Parlez-nous du ‘‘Doxandem Résidence Tour’’…

C’est un projet panafricain pour développer, sensibiliser, initier et échanger les expériences sur le graffiti. Ça permet aux graffiteurs locaux d’échanger avec d’autres graffiteurs de l’étranger. Je travaille avec les graffiteurs que je trouve dans chaque pays pour renforcer leurs capacités. Le premier partenaire dans ce pari c’est l’Institut français de Paris, et donc, ses différentes représentations. J’étais au Congo Brazzaville avant de venir ici. Après j’irai au Togo, au Bénin, au Mozambique et au Kenya.

Qu’est-ce qui fait la particularité du graffiti ?

Graffiti au Stade Mbappe Leppe, Photo: Lavoixdukoat.com

Le graffiti c’est la peinture. Sa particularité c’est qu’il est une forme d’exposition qui parle directement au public. Un graffiti parle d’une situation que les populations vivent tous les jours. C’est la matérialisation des scènes du quotidien, de notre entourage, du fin fond du pays. Sur ces fresques par exemple, on parle des 57 écoles fermées au Nord-Cameroun. On n’est pas au Nord, mais on pense à ce que vit la population. Les fresques parlent des jeunes que les parents ont mis dans la rue, des jeunes qui se décarcassent pour trouver du travail au lieu de voler. Le graffiti témoigne une sorte d’humanité. Je fais le graffiti depuis 27 ans. Je vis du graffiti. J’ai déjà formé trois générations de graffiteurs pas seulement au Sénégal. Le graffiti existe depuis des millénaires mais la démarche du graffiti africain est particulière parce qu’on ne parle pas de nous personnes en tant qu’artistes. On parle de ce qu’on vit tous les jours. On parle d’une situation qu’on vit dans son pays, qui peut transcender le continent et les âges pour que les générations futures reçoivent le message. Le graffiti c’est ma passion et mon travail. Je le partage avec d’autres frères qui ont des choses à dire au travers de l’art.

Graffiti

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Comment avez-vous trouvé les graffiteurs camerounais ?

J’étais au Cameroun il y a quelques temps parce qu’il y a un grand graffiteur et ami camerounais, Meric (mort en 2013) qui avait commencé à développer le projet. C’est lui qui a formé la plupart des jeunes avec qui j’ai travaillé. J’ai vu qu’il y a des jeunes talentueux, passionnés mais qui n’ont pas de matériel. Il faut juste les soutenir et leur donner le bon matériel. Je suis très content d’avoir travaillé avec eux. D’ailleurs on va faire un festival de graffiti ici au Cameroun l’année prochaine.

Entretien avec Valgadine TONGA

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