Cameroun/Colonisation allemande : Enfin…les anciens racontent

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L’histoire du Cameroun, racontée cette fois par des Camerounais sera présentée au public du 22 au 28 août 2016 à la Fondation AfricAvenir International à Douala.

 

Cameroun/Colonisation allemande : Enfin…les anciens racontent (Lavoixdukoat.com)

Prince Kum’a Ndumbe III

«Les gens étaient contents du départ des Allemands. Quelqu’un qui vous parle seulement avec la chicotte. Pour nous chicoter, ils étaient deux, l’un d’eux côté, un autre de l’autre. Chacun donnait des coups sur la fesse, cinquante coups. C’étaient des diables… Quand les Allemands sont arrivés à Bangoulap, j’étais très jeune. On fuyait tous vers Bazou. Je ne connaissais même pas encore ce village…. J’ai vu ce que s’est que la résistance… Les princes bangoulap qui résistaient étaient fusillés. Arrivés à Bamena, ils faisaient des pillages. Les villageois ont voulu riposter. Les Allemands ont sorti leurs fusils. Ils ont tué plus de 700 personnes par jour. Puis ils ont poursuivi à Bana…» Ceci est un extrait brut  du témoignage de Djabeu Tanga, de son vivant. Cet habitant de Bangoulap à l’Ouest Cameroun raconte la vie de sa communauté avant  et après 1884, date de la signature de ce qui a été baptisé traité Germano-Douala. Il fait partie des 176 anciens interviewés par des chercheurs sous la direction du Prince Kum’a Ndumbe III, président de La fondation AfricAvenir International entre1981 et 1986.

Sur 176 entretiens, vingt ont déjà été digitalisés sur un support audio. Les témoins s’expriment en duala, eton, ewondo, medjumba, wandala, yemba, fufulde, français, anglais… Vingt-deux langues au total. Le document sera présenté au public et surtout aux autorités  traditionnelles à l’occasion de la Célébration de la mémoire collective africaine et camerounaise qu’organise AfricAvenir International. Les activités iront du 22 au 28 août 2016. Le clou des célébrations aura lieu le 28 août. «Nous allons organiser une grande cérémonie pour tous ceux qui, sur l’ensemble du territoire camerounais ont dit non à la colonisation. Nous allons les célébrer», a expliqué ce mercredi 10 août 2016 à la presse, le Professeur Émérite des Universités, Prince Kum’a Ndumbe III.

Génocide intellectuel

La date du 28 n’est pas fortuite. «C’est le 28 août que pour la première fois, un Camerounais a écrit pour dire non à la colonisation. C’était Lock Priso (Kum’a Mbappe chez les Bele Bele à Bonabéri). Nous présenterons cette lettre au public le 28 août. Il a écrit au consul allemand pour lui dire ‘‘vous voulez me corrompre avec beaucoup d’argent pour que je signe le fameux traité du 12 juillet 1884. Je ne prends pas votre argent et je ne signe pas. Descendez le drapeau que vous avez installé sur mes terres’’. La nuit, le consul est venu descendre le drapeau. Mais le lendemain ils (les Allemands, ndlr) ont bombardé Hickory Town (aujourd’hui appelé Bonabéri, ndlr).» La rencontre ne tournera pas qu’autour de Lock Priso. «C’est vrai qu’il était le premier à résister, mais quand vous aller au Nord, à l’Ouest, à l’Est, vous avez beaucoup de Camerounais qui ont résisté à la domination des Blancs. C’était la résistance presque partout, jusqu’au départ des Allemands en 1916. Nous voulons que les Camerounais soient conscients qu’ils ont  dit non au départ.»

Ce travail est un devoir de mémoire pour mettre fin à la cécité donc souffrent les Camerounais. «Un Homme, peu importe ses diplômes est illettré tant qu’il ne maîtrise pas sa langue, son histoire. Je ne vous (les jeunes) insulte pas. J’insulte le système qui forme des diplômés illettrés. C’est un génocide intellectuel», dénonce Kum’a Ndumbe III.

Valgadine TONGA

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