Sécurité : Amnesty international accable le Cameroun

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L’organisation internationale accuse l’armée camerounaise de procéder à des exécutions sommaires et de détenir, de façon arbitraire, des éléments de la secte islamiste et terroriste Boko Haram.

D’après le rapport publié ce jour à Yaoundé, entre juillet 2015 et juillet 2016, 200 attaques au moins ont été menées par Boko Haram, dont 46 attentats-suicides dans l’Extrême-Nord du Cameroun, tuant plus de 500 civils. Au sein  des forces de sécurité, 67 personnes ont également été tuées depuis 2014. Dans plus de la moitié des attentats-suicides de Boko Haram, ce sont des filles qui transportaient et déclenchaient les explosifs. En cherchant à protéger les civils contre de violentes attaques perpétrées par des membres de Boko Haram, les autorités camerounaises et les forces de sécurité se sont rendues coupables de très nombreuses atteintes aux droits humains. Accusés de soutenir la secte islamiste et terroriste, des centaines de personnes ont été arrêtées arbitrairement sur la base de preuves minces, voire inexistantes et placées en détention dans des conditions inhumaines, qui mettaient souvent leur vie en danger. Beaucoup ont été emprisonnées dans des centres de détention non officiels, où elles ne pouvaient contacter ni leur famille, ni un avocat et étaient souvent victimes de torture.

Sécurité : Amnesty international accable le Cameroun

L’armée camerounaise au front.

Dans ledit rapport, il est également mentionné que d’autres personnes ont subi des disparitions forcées et l’on ignore, à ce jour, ce qu’elles sont devenues. Lorsque ces personnes sont traduites en justice, leurs droits sont bafoués. Ces violations surviennent alors que le nombre d’attaques violentes perpétrées par Boko Haram contre des civils dans l’Extrême-Nord s’est accru de façon significative au cours de l’année 2015 et début 2016. Amnesty international a recueilli des informations faisant état de crimes au regard du droit international, et notamment, du droit international humanitaire, commis par le groupe armé au cours de cette période. Les autorités camerounaises, ajoute ce rapport, ont réagi en déployant des milliers de membres des forces de sécurité dans l’optique d’endiguer ces attaques.

Le présent rapport s’appuie sur plus de 200 entretiens menés en 2016. Lesquels ont permis d’obtenir des informations sur des incidents au cours desquels plus de 160 personnes ont été arrêtées, accusées de soutenir Boko Haram. Au cours desdits entretiens, des détails ont aussi été recueillis sur 82 cas individuels. Des chercheurs de Amnesty international ont analysé des images satellites d’un village où des maisons avaient été incendiées par des forces de sécurité. Cette organisation internationale a, dans la même veine, rencontré les membres du gouvernement, dont les ministres de la Justice, des Relations extérieures et de la Défense, ainsi que de l’Administration pénitentiaire. Les principales conclusions de ce rapport ont été envoyées par écrit aux autorités camerounaises le 7 mai 2016, mais aucune réponse n’a été reçue jusqu’à présent, informent les responsables d’Amnesty international.

Peine de mort

En substance, Amnesty international appelle les autorités camerounaises à: mettre en place des procédures garantissant qu’une personne ne puisse être arrêtée que si des motifs raisonnables permettent de penser qu’elle a commis une infraction, et qu’elle puisse immédiatement contacter un avocat et, une fois détenue, recevoir la visite de sa famille; mettre fin à la détention et aux interrogatoires dans des lieux de détention non-officiels et permettre aux organisations de défense des droits humains et au Comité international de la Croix rouge d’accéder librement à tous les lieux de détention, ainsi qu’aux endroits soupçonnés d’être utilisés comme lieux de détention non-officiels, comme bases militaires; créer un  registre central de toutes les personnes arrêtées et détenues, accessibles aux familles, afin que l’endroit où se trouve chaque détenu soit connu; améliorer les conditions de détention à la prison de Maroua, en achevant la construction de nouvelles cellules, en améliorant les conditions sanitaires, la nourriture et les soins de santé et en permettant les visites des familles sans restriction et sans paiement; réviser la loi anti-terroriste de 2014 pour cesser de recourir aux tribunaux militaires et à la peine de mort et proposer une définition plus précise du terrorisme, en accord avec les recommandations du Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte anti-terroriste. Après la publication de ce rapport, la réaction officielle du gouvernement camerounais reste attendue dans les tout prochains jours.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste indépendant

 

 

 

 

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