Université de Douala : La tempête n’est pas passée

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Manifestation violemment censurée des agents de sécurité, grève du personnel d’appui de l’Enset, enlèvement de syndicalistes… La pression est de plus en plus forte pour le Recteur. Les frondeurs ne veulent pas baisser l’échine, tant qu’ils ne sont pas payés.

Le 4 juillet 2016, les agents de sécurité et les ménagères en exercice à l’Université de Douala entament dans la matinée une grève pour réclamer leurs salaires. Le mouvement d’humeur ne va pas faire long feu. Au grand étonnement des grévistes, une forte équipe des forces de maintien de l’ordre débarque. Elle pénètre dans l’enceinte de l’institution et disperse violemment la foule. Les journalistes sont véhément  reboutés. Cette démonstration de force ne fait pas déchanter les employés grévistes. Ont-ils vraiment le choix ? Depuis ce même lundi 04 du mois courant, ce sont de nouveaux visages qui assurent la sécurité de l’Université de Douala. Certains voient à travers ce geste une mauvaise foi du Recteur François Xavier Etoa qui jouerait double jeu. Bien que celui-ci ne soit pas présent au Cameroun au moment des faits.

Une source qui a requis l’anonymat (de peur de représailles) nous raconte que le problème date de l’époque du Recteur Bruno Bekolo Egbe. En ce moment, «les agents de gardiennage étaient payés par catégories. Les ‘‘aparitaires’’ (des vigils professionnels, ndlr) recevaient  mensuellement 75.000 Fcfa et les vigils simples 50.000 Fcfa. Il y avait trois groupes qui se relayaient. Quand le Recteur Dieudonné Oyono arrive à la tête de l’institution, il estime que l’effectif est pléthorique. Il réduit le réduit et ramène les salaires des vigils à 50.000 Fcfa, les salaires des ménagères à 35.000 Fcfa. Ce qui n’est pas du goût des employés qui se retrouvent avec plus de travail et une rémunération au rabais. Conséquence, la catégorie des agents dits ‘‘aparitaires’’ avait démissionné non sans ester l’institution en justice. La procédure reste pendante.»  Le Pr. François Xavier Etoa ira plus loin. Il décide de réduire d’avantage la paie en expliquant aux employés que «la maison connait des problèmes de trésorerie». Bizarrement, il choisit de sous-traiter le service. «Le salaire que l’université verse à la société est de 150.000 Fcfa pour un vigil. Ce qui est trois fois ce qu’on refuse de nous payer au prétexte fallacieux que l’université a les problèmes de trésorerie» pestent les grévistes. Les tentatives pour rencontrer le Recteur ont été sans succès. «Il est très occupé», justifie son secrétariat. Une source bien introduite nous avoue que les services de gardiennage sont désormais confiés à la société Express Sarl.

Désamorcer la bombe

Université de Douala : La tempête n’est pas passée, Lavoixdukoat.com

Université de Douala

Autre lieu, faits similaires. La grève du personnel d’appui de l’Ecole normale supérieure d’Enseignement technique (Enset) de l’Université de Douala. Elle monte en intensité. Le personnel a entamé son mouvement d’humeur le 24 mai dernier, avec des périodes d’interruption. Motif de la manif : refus du directeur de l’Enset (Pr Claude Bekolo) de payer les droits statutaires du personnel technique et administratif. Il s’agit entre autres de dix ans de congés impayés ; un an de prestation académique qui est une prime accordée à la suite des tâches spéciales accomplies lors des cours de promotion sociale, (Cps), des concours et examens… ; vingt six mois de coordination de Cps impayés ; non payement des frais de relève. «Toutes les tentatives de dialogue avec le directeur ont été vaines. Il  affirme qu’il n’a pas d’argent pour payer comme s’il s’agissait de son argent» s’indignent les grévistes. Le Recteur a promis à maintes reprises de désamorcer la bombe. C’est ainsi qu’une somme de 68 millions Fcfa a été mise à la disposition de l’Enset pour résoudre le problème. Le directeur a au contraire préféré désintéresser les prestataires externes dont il est soupçonné par les grévistes de s’en servir comme «prête-nom».  «Seuls 2millions Fcfa nous ont été réservés», fulminent les frondeurs. Qui qualifient l’acte d’affront.

Menace de mort

La grève pacifique à l’Enset est reprise le 8 juillet 2016. A peine commencée, la grogne est interrompue. Le commissaire du 10ème arrondissement  à la tête d’une vingtaine de policiers débarque et procède à l’arrestation des trois leaders du mouvement. Bitomo Josiane (présidente de la cellule de base du Syndicat national des personnels d’appui des universités du Cameroun), David Medjo Medjo (Vice-président) et Bama Guy Bertrand ont été conduits dans les services de renseignements généraux du Wouri. «Le commissaire du 10ème nous avait pourtant dit que c’est chez le préfet de Douala 5ème qu’il nous amène.» Que non ! Commissaire central aux renseignements, Manga Onana Mathieu leur apprend pendant l’audition qu’ils sont accusés de menace de destruction de l’institution, instrumentalisation du personnel, trouble des examens et surtout, menace de mort sur la personne du directeur.

Des accusations qui sont «totalement fausses. Dans nos manifestations il n’y a jamais eu de volonté de nuire, jamais de violence. Nous faisons la grève mais ça n’empêche pas que nous surveillons les examens qui sont cours.» Après 4h d’audition, le commissaire relâche les grévistes. Les frondeurs jurent de ne pas succomber à l’intimidation. Et promettent de saisir le ministre de l’Enseignement supérieur et si nécessaire les juridictions. Nous avons rencontré le directeur de l’Enset ce mercredi. Pr Claude Bekolo tente de convaincre : «Cette grève n’a pas de fondement. Il est prévu que tous soient payés mais je ne peux pas privilégier les agents d’appui par rapport aux enseignants. J’ai 400 enseignants à l’Enset, 100 permanents et 300 vacataires que je dois payer. Ce sont les décrets, les lois qui m’obligent à prendre en considération les enseignements tandis que, eux ce sont les aménagements internes (Lire l’entretien ci-dessous).» La tempête n’est pas passée. Et à l’Université de Douala, ce vent de grève anime les couloirs. Lorsque nous allions sous presse, on apprenait que le Pr François Xavier Etoa a convoqué une rencontre ce vendredi avec tous acteurs des grèves. Question de calmer le jeu.

Valgadine TONGA         

Pr Claude Bekolo : «Cette grève est montée de toute pièce»

La colère du personnel d’appui perdure. Qu’est-ce qui crée le blocus ?

Pr. Claude Bekolo se prononce sur la grève du personnel d'appui de l'Enset, Lavoixdukoat.com

Pr Claude Bekolo

Il y a des personnes qui ont décidé de faire la fronde, menées par des gens dont nous connaissons les antécédents. Ils veulent faire de leur problème un problème institutionnel en racontant des histoires. Il s’agit d’un principe de fonctionnement du budget public qui voudrait que le paiement se fasse après constat du service effectué. Ainsi, à l’Université de Douala et à l’Enset en particulier, les activités relatives à une année académique sont prises en charge financièrement dans l’exercice budgétaire qui suit. Pour l’année académique 2014/2015, les prestations académiques sont payées dans l’exercice budgétaire 2016. Pendant que nous sommes en train de monter les dossiers de paiements pour l’année académique 2014/2015, certains agents ont commencé à réclamer leur paie immédiate et en totalité. Ce qui est impossible sur le plan budgétaire. Le budget n’est pas de l’argent stocké à un endroit précis, c’est les recettes et les dépenses étalées sur les douze mois de l’exercice.

Il y a quand même des revendications qui datent, comme celle relative aux 10 ans de congés impayés…

Ça fait partie des griefs mais ce n’est qu’un prétexte parce que tout agent public a droit aux congés dans son contrat de travail. Ce qu’on prend en charge généralement c’est le transport. Je puis vous dire que depuis que j’ai commencé à travailler ce n’est qu’en 2004 que j’ai eu droit aux congés payés, soit 20.000 Fcfa frais de transport pour chez moi jusqu’à Yaoundé. Déjà il faut savoir que ce n’est pas à l’Enset d’effectuer le paiement, mais l’institution. Depuis qu’ils font cette réclamation, j’ai saisi la hiérarchie plusieurs fois pour qu’elle prenne le sujet en considération et ce n’est que cette année que le Recteur m’a dit de faire quelque chose. Ce que j’ai commencé à faire. Et pour payer les congés de transport, les agents ont besoin de fournir des pièces permettant au Recteur de signer la décision. Mais jusqu’à maintenant (mercredi 13 juillet 2016) les agents ne se sont pas exécutés. Je leur ai donné jusqu’à 12h de ce jour. S’il n’y  a pas ces pièces je me désengage.

Nous avons appris que le Recteur a débloqué 68 millions Fcfa pour que vous gériez tout le problème du personnel d’appui. Qu’avez-vous fait de cet l’argent ?

Nous avons sorti beaucoup d’argent pour payer et ce n’est pas que le personnel d’appui qui est concerné. C’est tout le personnel administratif qui est concerné par les mêmes paiements. L’université c’est d’abord les enseignants, ils sont prioritaires. Nous avons 47 agents à l’Enset et n’y a que 20 qui sont en grève. C’est pour dire qu’un groupe s’est constitué pour mettre en difficulté l’établissement. C’est un coup monté pour jeter un discrédit sur l’établissement qui jouit d’une renommée internationale. On est autour de 85 millions Fcfa déjà dépensés pour gérer tout le personnel. Tous seront payés car comme je vous l’ai dit, leurs réclamations concernent tout le monde. La grève c’est des charges que nous avons accumulées et que nous payons progressivement au fur et à mesure que le temps passe. Ce ne sont pas les arriérés. Nous allons payer les enseignants, les prestations dues à ces agents.

Pendant la manif certains leaders ont été arrêtés au motif notamment de menace de mort sur votre personne. Est-ce vrai ?

Oui, un agent, Mr Bama Guy Bertrand, m’a menacé de mort en pleine réunion. Il a proféré des menaces de mort devant tout le monde.

On peut savoir exactement ou de manière paraphrasée ce qu’il a dit ?

Je n’ai pas la phrase exacte mais ça s’est passé devant tout le monde en pleine réunion de dialogue pour ramener la paix.

On retient donc qu’il n’y a plus de problème. Vous êtes en train de payer les revendications de votre personnel d’appui…

Il n’y a pas de problème à l’Enset. Il n’y a pas d’arriérés. Nous fonctionnons dans le cadre du budget. C’est pareil pour leur grief au sujet d’une année de prestation Cps impayée. Ça se fera avec le budget 2016. Le 7 septembre je serai à 13 années ici. Si pendant tout ce temps on n’a pas eu de problème, c’est parce que nous fonctionnons suivant le principe qui gouverne l’année académique. Il faut savoir que les meneurs qui sont à la tête du mouvement n’ont pas deux années de service à l’Enset. Ils ne connaissent pas comment nous fonctionnons. Je vous dis que cette grève est montée de toute pièce. C’est des agents d’appuis. Leur rôle c’est d’appuyer les enseignants et chacun à signer un contrat de travail. Dans ce cadre, ils perçoivent un salaire régulier. Maintenant ce qu’ils prétendent avoir, c’est les frais de certaines commissions. C’est moi qui organise les commissions et en général j’introduis leurs noms pour les aider à arrondir les fins de mois. S’ils estiment qu’on ne paie pas les commissions ils ont la possibilité de démissionner desdites commissions. Comme ils refusent de travailler dans les commissions où je les ai mis, je suis en droit de le faire, comme ça il n’y a plus rien à revendiquer. Cette grève n’a pas de fondement. Il est prévu que tous soient payés mais je ne peux pas privilégier les agents d’appui par rapport aux enseignants. J’ai 400 enseignants à l’Enset, 100 permanents et 300 vacataires que je dois payer. Ce sont les décrets, les lois qui m’obligent à prendre en considération les enseignements tandis que, eux ce sont les aménagements internes.

Entretien avec Valgadine TONGA

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