Métallurgie : Un secteur pourvoyeur d’emplois mais en péril

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Du fait de la faible consommation du fer, de l’interdiction d’importation de la matière première, les sociétés spécialisées dans la rudologie au Cameroun voient l’avenir en noir.

Métallurgie : Un secteur pourvoyeur d’emplois mais en péril,Lavoixdukoat.com

A l’unité de Clouterie

La fonte du minerai de fer, de la ferraille est un secteur générateur d’emploi. Ils sont des milliers de jeunes qui collectent les ferrailles dans les quartiers et les vendent aux grandes structures habilitées. Ces structures revendent à leur tour la ferraille aux sociétés spécialisées dans la fonte du fer. En fait c’est un travail de chaine qui brasse de tas d’emplois. Au Cameroun, quatre sociétés travaillent dans le secteur de la métallurgie, Cometal, Les Aciéries du Cameroun, Ajaap et Metafrique Steel. Consultant  en gestion de déchets industriels à Metafrique Steel, Didier Yimkoua souligne que la rudologie est devenue une «activité économique. Les quatre sociétés nationales du secteur dépensent 60 milliards Fcfa l’an pour l’achat du fer. Raison pour laquelle elle est classée dans le secteur de l’économie circulaire où le déchet est une ressource. On produit, on consomme. Au lieu de jeter le déchet, on le valorise.»

Demande déficitaire

Le hic c’est que le spectre d’un avenir sombre plane sur la tête des industries métallurgiques. Même Metafrique Steel -première entreprise spécialisée dans la fonderie, le recyclage de fer et de déchets solides  au Cameroun et en Afrique centrale située à la zone industrielle Bassa à Douala- tire la sonnette d’alarme. «Si on ne fait par attention, le secteur de la rudologie court à sa fin au Cameroun. Le fait est qu’on recycle beaucoup et malheureusement la consommation est un peu lente», explique Didier Yimkoua. Non seulement l’offre est supérieure à la demande mais également la matière première se raréfie. «La ferraille s’amenuise dans la nature. En neuf ans, le Cameroun est passé de 450.000 tonnes de prévision à 150.000 tonnes. Si ça continue ainsi, il est fort à parier que d’ici cinq ans, on aura plus de ferrailles, ça veut dire que la filière recyclage va disparaître. Pourtant seulement à Metafrique Steel, cette filière emploi environ 200 jeunes Camerounais. En gros, ce sera la mort de 400 emplois directs, près de 1500 emplois indirects  et 2000 collecteurs de ferrailles.»

Ouvrir le marché

Déchets plastiques en attente de recyclage à Metafrique Steel

Déchets plastiques en attente de recyclage

Le problème ne se poserait pas si les industries métallurgiques pouvaient exporter leurs productions (lingots d’acier, fer à béton, pointes, cornières…). Sauf qu’elles sont tenues par un arrêté ministériel qui met le verrou sur l’exportation et l’importation des déchets dangereux. A Metafrique, on argue que l’Etat doit sauver ce secteur qui est pourvoyeur d’emplois.  Aussi, «nous participons activement à l’assainissement de l’environnement en collectant les plastiques à travers la société Metafrique Cameroun, et en collectant la ferraille à Metafrique Steel.» Les acteurs pensent qu’il faut ouvrir le marché à l’importation. L’interlocuteur nuance : «Il faudra se rassurer que les entreprises qui doivent accueillir ces déchets ont la capacité de gérer les impacts négatifs, c’est-à-dire les fumées. Elles sont chargées de fines particules dangereuses pour la respiration, la vue, l’odorat.» A Metafrique, on se targue de disposer d’équipements sophistiqués qui traitent et transforment les fumées en oxygène.  Pour le moment, les industries métallurgiques ont le regard tourné vers le Fer de Mbalam. Il produira des lingots de fer et il est indiqué dans le cahier de charge que 25% doivent être vendus aux sociétés locales. Metafrique Steel dit compter sur son ancienneté, le respect des normes environnementales dont il fait montre pour gagner le marché. Il est d’ailleurs en pourparler avec le gouvernement.

Valgadine TONGA

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