Projet hydroélectrique : Eseka rêve de lumière

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Un barrage qui va produire près de 400 Mégawatts d’énergie électrique va être érigé à Lipombe, à une trentaine de kilomètres de la ville chef lieu du département du Nyong-Ekelle, région du Centre.

Barrage Mouila-Mogue

Barrage Mouila-Mogue

Un calme plutôt habituel règne ce lundi 13 juin, aux premières heures de la journée, sur la petite ville d’Eseka. Alors que le soleil est déjà bien haut dans le ciel, les populations vaquent à leurs occupations. Le visiteur note une activité de petite bourgade : clameur des passants, vrombissements de moteurs de véhicules et de nombreuses motos qui assurent le transport urbain, et ronronnement de groupes électrogènes… Quelques uns fournissent de l’énergie qui à une boulangerie, qui à un établissement de transferts d’argent, ou à une micro finance. Une panne d’électricité. Pour les habitants, rien d’anormal, « on vit ici avec les pannes de courant », lâche simplement Simplice Ndjock, qui tient un box de friandises et autres bricoles. Un client devant étal, affiche une grande grimace d’étonnement lorsque nous lui demandons si les délestages sont récurrents dans la ville. « On ne compte même pas ! » finit-il par lâcher.




Eseka, petite ville en plein cœur du pays Bassa, est à l’image de nombreuses de ses consœurs de part le pays. Les ruptures de fourniture électriques y sont quasi quotidiennes.  « Deux à trois jours au moins par semaine », nous apprend Lise. N. derrière son comptoir. Quelques minutes après notre arrivée, la fourniture est rétablie, mais les habitants ne se font pas d’illusions : « Cette coupure n’a pas durer longtemps, continue-t-elle, mais ils vont couper d’ici mercredi, et pour deux jours au moins ». Quand on évoque avec elle la construction prochaine d’un barrage hydroélectrique, Lise  au hochement d’épaules : « J’en ai entendu parler vaguement, mais je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit », répond-elle. Idem pour la dame et le monsieur qui constituent sa clientèle en ce matin, qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne. « On ne peut pas encore dire que c’est la grande actualité ici à Eseka, nous confie un fonctionnaire régional du ministère de l’Environnement, très peu de personnes en parlent ».

483 milliards Fcfa

Pourtant, une frange non négligeable de la population est bien au fait du projet. A l’occasion des audiences publiques, relatives à l’impact environnemental et social du projet, organisées par le ministère de l’Environnement de la protection de la nature et du développement durable, beaucoup ont fait le déplacement du complexe hôtelier Ndjiki Mpeck. Une trentaine de personnes selon les personnels du cabinet chargé de conduire les consultations, et une centaine à l’école publique du village  Lipombe. Ici, les « revendications tournent essentiellement autour des indemnisations », rigole Yannick Meyong qui chapeaute les consultations.




Depuis quelques années, le gouvernement camerounais à décider de la construction d’un barrage hydroélectrique sur le site de Mouila-Mogue, à Lipombe, à une trentaine de kilomètres à l’Ouest d’Eseka. D’une capacité de 350 Mw, l’ouvrage qui sera installé sur le fleuve Nyong pourra pousser la production à 400 Mw assure le maître d’œuvre, l’entreprise chinoise Cggc. Le projet Mouila-Mogue – qui sera rebaptisé « Projet Lipombe » – fait partie du Plan de développement du secteur de l’électricité (Pdse), de la stratégie Cameroun pays émergent. Il va coûter 879 millions dollars, un peu plus de 483 milliards Fcfa. Une grande partie des fonds va être apportée par le gouvernement chinois à travers l’Exim Bank of China. A terme, l’énergie produite par ce barrage sera redistribuée au Réseau interconnecté du sud (Ris) et devrait soutenir l’activité industrielle à venir du projet minier de Mbalam, et de son réseau ferroviaire. Eseka qui rêve de briller, ce n’est pas pour demain. Les termes du contrat de construction étant encore en discussion, car le gouvernement camerounais négocie la facture la moins élevée.

L’expérience des « Trois gorges »

Une vue du barrage de Lom Pangar

Une vue du barrage de Lom Pangar

Pour la réalisation du barrage de Mouila-Mogue, le gouvernement camerounais à, une fois de plus requis l’expérience chinoise. La quasi totalité des infrastructures hydroélectriques sont en effet construites par les ingénieurs de l’Empire du milieu, du barrage de Lagdo, à celui de Mekin, en passant par Lom Pangar ou Memve’ele. Mouila-Mogue va bénéficier d’un nouveau venu sur le sol camerounais, mais d’un ancien en matière de construction hydroélectrique. La China Gezhouba group company.Ltd (Cggc) se vante en effet d’une expérience qui lui permet de  pouvoir construire n’importe quel barrage, dans n’importe quelle partie du monde, et sur n’importe quel sol. Il faut dire qu’on lui doit la réalisation de la plus grande infrastructure hydroélectrique du monde : le barrage des « Trois gorges » en Chine, qui a une capacité installée de 22 500 Mw. Forte d’une quarantaine d’années d’expérience dans le Btp, Cggc entend être partie prenante au projet minier de Mbalam, qui inclus la construction d’infrastructures minière, ferroviaire et portuaire. C’est le 18 décembre 2014 que le gouvernement a signé avec Cggc, un protocole d’accord relatif à la réalisation des études de faisabilité en vue de la construction d’un aménagement hydroélectrique de Mouila Mogué.

Ludovic AMARA à Eseka

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