Football/Richard Towa : Il y a beaucoup d’individualités dans ce groupe

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Entraîneur des Lions Espoirs (moins 23 ans), il est de ceux là qui, dans l’ombre, fabriquent les futurs dieux du ballon rond. Il détecte les footballeurs en herbe lors des championnats régionaux notamment. Et les passe à sa sauce pour en produire des talents.   Le jeune Fabrice Ondoa, actuel gardien de but des Lions indomptables est une parfaite illustration. Si on veut rendre à notre équipe nationale ses lettres de noblesse, il faut compter avec les jeunes. C’est l’idée qu’il soutient en filigrane dans cette interview avec Lavoixdukoat. Il passe également en revue les stages de formation de ses jeunes joueurs, les prestations  de l’équipe nationale…

Richard Towa : Il y a beaucoup d’individualités dans ce groupe

Richard Towa

Vous sortez d’une série de stages avec vos joueurs. Comment ça s’est passé, parce que ces stages sont plutôt rares ?

Le stage c’est très bien passé. On a fait une dizaine de jours. Le stage a démarré à Odza. Il y avait 32 joueurs, sur les 34 convoqués. Ceci nous  a permis de regarder les joueurs de très près. Le stage s’est soldé avec deux matchs amicaux qu’on a joués au Cameroun. Nous sommes partis  le 31 mai au Maroc où on a eu à s’entraîner quelques jours. Ça s’est bien passé. On a disputé un match contre l’équipe Espoir du Maroc, une rencontre qui nous a fait voir que nos joueurs du championnat local présentent beaucoup d’espoir. Ils avaient en face d’eux une équipe marocaine qui n’était constituée que de joueurs internationaux, aucun joueur du championnat local marocain. J’ai vu la performance de nos joueurs et c’est pour cette raison que je suis très content.

Vous avez pourtant enregistré une défaite…

Il est tout à fait clair pour moi que la première  mi-temps de ce match n’a pas été parce que notre équipe a été très timide d’entrée de jeu. On a pris un but à la 23ème minute qui est resté jusqu’à la fin. En deuxième mi-temps on a vu une équipe du Cameroun qui est remontée en puissance. Il manquait juste la lucidité et l’effet baraka devant les buts. Mais ce n’est pas le résultat qui est la première des choses pour nous. On est en train de reconstruire une équipe et à partir de là, on verra les joueurs qui ont vraiment du talent. Nous sommes en train de planifier avec les jeunes qui, à l’horizon 3 à 4 ans pourront servir notre football national. Il y a beaucoup d’individualités dans ce groupe qui peuvent demain représenter l’équipe fanion du Cameroun. Il faut souligner que l’entraîneur de l’équipe fanion Hugo Broos et son adjoint ont participé à ce stage étant donné qu’ils avaient une séance d’entraînement à Marrakech. Ils étaient aussi avec nous pendant le match. On a discuté avant la rencontre. Et après on a fait une analyse froide parce qu’on a vu de jeunes joueurs qui peuvent rendre satisfaction demain, et c’est là notre objectif, reconstruire une équipe du Cameroun digne de ce nom.

Vous qui fabriquez les footballeurs à la base, comment pouvez voir expliquer toutes les récriminations dont certains sont sujets une fois dans l’équipe nationale ? Arrogance, irrespect, sont quelques égards de comportement qu’ils affichent.




Ce que vous avez relevé est très important. Je pense qu’il est question pour nous aujourd’hui d’éduquer à la base ces enfants dans tous les paramètres, c’est-à-dire sur la vie sociale, le respect de l’homme, de ces conseillers. C’est très important. Il ne suffit plus pour nous de les éduquer uniquement comme des entraîneurs, mais aussi comme des pédagogues. Je pense qu’on peut aujourd’hui se réjouir de la qualité de ces enfants qu’on forme dans de très bonnes conditions. Dans l’équipe fanion de demain on aura les joueurs qui ont une éducation irréprochable. Je peux déjà vous rassurer qu’à Espoir du Cameroun, les jeunes qui viennent avec les coiffures multicolores, et tendancieuses se plient volontairement aux règles. Celui qui veut jouer au football doit être discipliné.

Vous êtes satisfaits aujourd’hui du travail abattu ?

Je suis entraîneur des Lions Espoirs de moins de 17 ans depuis 2010 et depuis quelques mois, entraîneur des moins de 23 ans. Je suis très satisfait pour ce qui est des U17, le gardien de l’équipe nationale d’aujourd’hui, Fabrice Ondoa est un garçon que j’ai déniché quand il avait 15 ans. Si je m’attardais sur les résultats on ne l’aurait jamais vu jouer. Je l’ai mis dans une rencontre contre le Mali, il était tout petit mais j’étais persuadé de son talent. On le retrouve maintenant à l’équipe nationale. Après trois ans à l’équipe cadette du Cameroun, on retrouve les gars comme Dani Ndi, Franck Baniack, Guihota Gérôme, Nlate Ekongolo, Fabrice Ondoa dans l’équipe fanion. Vous comprenez donc notre philosophie. Les résultats ne doivent pas être mis au devant de ce que nous faisons avec ces jeunes que nous formons. Dans le championnat ligue 1 et ligue 2 du Cameroun, il y a au minimum 250 jeunes qui sont partis de l’équipe nationale cadette pour l’équipe fanion. Si on continue à travailler ainsi, vous verrez que notre football va changer. Par contre si on se focalise sur les résultats, on serra obliger de travailler avec des joueurs qui ont déjà gagné en maturité pourtant le foot aujourd’hui c’est la jeunesse.

Quelle lecture faites-vous des deux dernières rencontres des Lions indomptables parce que contre la France il y avait un pressing des Lions, mais contre la Mauritanie il y a eu comme un relâchement ?

Il y a des raisons qui sont tout à fait claires. Déjà, jouer contre la France est un autre palier. Il va aussi falloir tenir compte de la motivation. Vous aviez la France qui défendait ses intérêts, ses couleurs et le Cameroun était plus motivé à jouer contre la France. Pour moi c’est compréhensible et normal. Contre la Mauritanie c’était un autre environnement. Il fallait aussi voir dans quelles conditions les Lions ont joué, avec une température très élevée, un stade en mauvais état. Je crois que l’essentiel pour le Cameroun c’était de gagner ce match et regarder les prochains joueurs à aligner sans inquiétude pour les prochains matchs puisqu’on est déjà qualifié. Contre la Gambie on aura un autre match et on aura la possibilité de tester d’autres jeunes.




Vous avez une préférence pour le 11 entrant de cette Can 2017 ?

Les plus performants sont les bienvenus. Et je plaide toujours pour les jeunes parce qu’avec eux ont peut projeter sur 4 à 6 ans.

Quels sont les prochains stages de l’équipe nationale Espoir ?

Déjà il faut saluer l’exploit que fait la Fédération camerounaise de football qui donne la possibilité aux jeunes de faire des matchs amicaux contre des équipes comme celles du Maroc, d’Egypte. On est dans la continuité. On regarde les matchs amicaux, les tournois à l’étranger parce que nous voulons que ces jeunes se frottent aux équipes de l’extérieur. Le prochain stage permettra de détecter les jeunes dans les championnats régionaux, les championnats d’Elite 1 et 2 pour avoir un palier de plusieurs joueurs à plusieurs postes. C’est un travail très grand et la Fecafoot nous aide dans ce sens. Les profanes ne savent pas qu’avant de regarder l’équipe nationale sur le stade, il y a tout un travail en amont. Nous voulons créer une équipe qui produira un football digne de ce nom.

Entretien avec Valgadine TONGA  

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