République du Cameroun : Quand Brenda Biya fait le buzz

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Le matraquage psychologique, médiatique  et techno-médiatique sur la fille du prince: entre affection, émotions, passions et pulsions personnelles.

Quand Brenda Biya fait le buzz

Serge Aimé Bikoi

L’heure de l’envers de la médaille a-t-elle sonné? Ces dernières semaines, il y a une enflure des publications sur Brenda Anastasie Biya, lesquelles entremêlent défoulement, chambardement et dénigrement des uns et des autres. Alors que d’aucuns s’en émeuvent, d’autres se plaisent, voire se complaisent dans la diffusion tapageuse des images ordurières de la fille du prince. Du coup, le débat qui enfle au sein de l’opinion publique consiste à savoir s’il faut ou non publier les frasques de la jeune fille du Chef de l’État. Sans verser dans un manichéisme outrecuidant cher à des êtres fort passionnés, qui naviguent, pour les uns, dans la valorisation du bien de ces publications, et pour d’autres, dans la sublimation du mal des posts de certains personnages en mal de sensation, il est idoine d’analyser froidement la catharsis sociétale générée par cette désormais affaire de Brenda Biya.

Si la fille de l’homme du 6 novembre 1982 avait des comportements décents, convenants et, par corollaire, honorables, personne ne tirerait à boulets rouges sur cette dernière. Malheureusement, c’est la fille d’un Chef d’État qui plus est Chef de L’État du Cameroun, qui est fustigée en raison de ses dérives langagière et comportementale. Aujourd’hui, d’aucuns pensent qu’on la voue aux gémonies au point de la jeter en pâture. A tort ou à raison. En visitant et en re-visitant les publications de certains congénères sur la toile, qui expriment, pour ainsi dire, leur chagrin à l’égard de Brenda, il apparaît, curieusement, un choix affectif et émotif partisan pour cette dernière. Ces personnes vont même jusqu’à exiger que l’on taise les mésaventures de la fille du prince sous prétexte que chacun(e) commet des déviances sociales. Où est donc passée la notoriété de la fille du Roi, laquelle est un statut social non négligeable? Toute chose incitant plus d’un à parler d’elle. Pourquoi ne publie-t-on les dérives comportementales de « X » ou « Y » peu ou prou connu de l’espace public. Sachez donc que le critère de la notoriété intéresse les mass médias et les techno-médias!




Images obscènes

Ceux et celles qui font preuve d’affectivité et de subjectivité battent donc en brèche ceux qui accordent un culte à la publication des images obscènes de Brenda et participent, avec une certaine relativisation, à occulter les bassesses de celle-ci. Comme si elle est exempte de tout reproche ou de tout préjudice. Pourtant, cette fille n’est pas, loin s’en faut, au-dessus de tout soupçon. Qui aime bien châtie bien! Sachons alors critiquer les errements, égarement et désagréments de notre progéniture! Lorsqu’un enfant commet un tort, ne mettons pas sous le boisseau cette gaffe, car cela pourra avoir une incidence négative sur son avenir, voire sur son devenir. Pourquoi vouloir toujours dissimuler les péchés véniel et mortel de nos enfants alors que nous sommes les premiers à publier massivement les frasques des autres? Si les écarts de langage et de comportements de la fille du prince sont largement répandus dans l’agora, c’est parce qu’elle-même en est une actrice avérée et patentée. Surtout qu’elle reste et demeure au devant de la scène des réseaux sociaux. En témoigne sa page facebook inondée de publications ordinaire et extraordinaire. Faites-y un tour, vous verrez!

Prisonnière de son statut social

En jetant un regard, dans la même veine, sur les publications de ses fréquentations dans les ilots de plaisir et de loisirs à l’extérieur du pays, sur ses passifs liés à la consommation de l’alcool et des drogues, sur les injures, quolibets et sarcasmes proférés à sa mère venue à son chevet, ainsi que sur ses menaces de mort adressées à la police américaine et à sa génitrice venue à sa rescousse affective et maternelle, qui resterait indifférent à de pareils clichés événementiels réels? A moins que l’on ne veuille biaiser, galvauder ou cacher ses réalités qui ne sont que des faits relayés et relayables dans l’opinion publique. La fille du prince est donc prisonnière de son statut social. Ne demandez pas aux acteurs médiatique et techno-médiatique de parler du train qui arrive à l’heure! Ce qui les intéresse au premier chef, c’est le train qui arrive en retard tant il est vrai que le matraquage médiatique sur Brenda s’accompagne d’une catharsis sociétale inclinant d’aucuns à se réjouir des malheurs d’autrui et, par conséquent, à se gargariser des soucis de la famille présidentielle. Il s’agit là, en Sociologie de l’information et de la communication, du phénomène de la purgation sociale. En se complaisant dans la diffusion prescriptive, massive et coercitive des préjudices d’autrui, l’on pense remédier à des contingences conjoncturelles auxquelles on est en butte. Ceci nous rappelle la figure de l’homme en état d’ébriété dans les bars-dancings, qui estime qu’en consommant exagérément de l’alcool, il palliera à ses soucis qui sont légion. Que nenni! Même par effet sorcellaire, alchimique ou magico-mystique, cette équation ne sera jamais résolue.




In fine, devons-nous taire les mésaventures de la fille du prince? Non! Fort au contraire, en rendant ses frasques publiques, c’est une bonne leçon de conduite. Toute chose pouvant lui permettre de faire une auto-critique épistémologique, une introspection ou parlons prosaïquement une remise en cause personnelle nécessaire à la dé-construction de ses écarts de langage et de comportements. Aussi cette remise sur la sellette l’aidera-t-elle à se re-construire une nouvelle image garante d’une bonne moralité à l’avenir si elle y consent d’ailleurs. Peut-être y parviendra-t-elle sait-on jamais!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste indépendant et Sociologue du développement

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