Stade Ahmadou Ahidjo : Un mort et deux blessés graves sur le chantier

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C’est le bilan de l’affaissement de l’aile droite de la tribune présidentielle survenu jeudi 12 mai dans le chantier de réhabilitation de la cuvette de Mfandena. La précipitation de l’entrepreneur qui a engagé une course contre la montre doublée des conditions drastiques de travail des ouvriers seraient à l’origine de cette tragédie.

Sur le site de l'affaissement

Sur le site de l’affaissement

 Jeudi noir pour les ouvriers en service au chantier du stade Omnisport Ahmadou Ahidjo. Ces techniciens camerounais recrutés par l’entreprise égyptienne Arab contractors pour assurer les travaux de réhabilitation de cette infrastructure vielle d’une cinquantaine d’années qui va abriter la Can féminine de football en novembre prochain, ont vécu une scène inattendue en début de matinée. Le pan droit de la tribune présidentielle s’est écroulé, tuant au passage un ouvrier, enseveli par des mottes de terres. Deux autres, grièvement blessés, ont été conduits par les secouristes du corps national des Sapeurs pompiers aux urgences de l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) d’Essos à Yaoundé où les nouvelles ne sont pas du tout rassurantes. D’ailleurs, lorsque nous quittions les lieux, le diagnostic des médecins relayé par des sources hospitalières, faisait état de plusieurs traumatismes et des fractures graves nécessitant dans l’heure des opérations chirurgicales. Personne ne pourrait dire si leur vie est hors de danger.

 Engloutissement

Pour mieux comprendre l’origine de cette catastrophe, il faut se rendre sur les lieux de l’accident et discuter sous anonymat avec ceux des ouvriers disposés à se confier à la presse. Les autres ayant peur de subir des représailles de la part de leurs patrons. Chose faite, l’on apprendra qu’il y’a un tunnel qui a été creusé par un engin quelques jours avant pour créer une nouvelle entrée présidentielle par laquelle Paul Biya et son interminable cortège devaient fouler le sol de la cuvette Mfandena. Il est 9h lorsqu’un des chefs d’Arab contractors demande à « quatre ouvriers de se charger de racler la terre creusée par l’engin, parce qu’on allait ensuite couler le béton », explique une source. Mais les quatre ouvriers tardent à mettre en exécution les ordres de leur chef. « Ils lui ont dit que, comme il a plu hier (mercredi, Ndlr.), il vaut mieux attendre que la terre sèche un peu parce que le talus (terrain en pente formé par un terrassement, Ndlr) ne semblait pas très solide. Il y avait un affaissement au niveau du coffrage également », ajoute un autre. Mais le responsable les aurait intimidé ensuite. « Il leur a dit : celui qui ne veut pas travailler sort du chantier », révèlent plusieurs ouvriers. C’est alors qu’ils se sont mis au travail. Et en à peine quelques minutes, le pire est arrivé. « Le talus a lâché avec le coffrage, et la terre a recouvert les ouvriers ». Le premier trouve la mort, englouti par la terre tandis que les deux autres, accueillis comme des proies dans la gueule des fers qui attendaient le béton, sont sauvés in extremis.

 Mouvement d’humeur en gestation

 L’un des survivants que le Messager a rencontré est encore sous le choc. « Si je n’avais pas refusé de travailler dans ce secteur là aujourd’hui, je ne serais pas entrain d’échanger avec vous. C’est un secteur à risque et on n’a pas besoin d’être un technicien pour comprendre qu’il est dangereux (…) C’est Dieu seul qui sait comment il m’a tiré d’affaire », relate la gorge nouée, l’homme qui a vu la mort de près. De quoi provoquer le courroux des autres ouvriers qui dénoncent dans la foulée, les conditions drastiques de travail dans un chantier qui coûte à l’Etat du Cameroun 26 milliards de Fcfa. Pas de bottes, pas de casque, pas de contrat de travail, pas d’affiliation à la Cnps, pas d’assurance…La liste des injustices est loin d’être exhaustive.

D’ailleurs, un mouvement d’humeur serait en gestation. Ce, dans le dessein d’exprimer le ras-le-bol des ouvriers à leurs « négriers » de contremaître. Informé, le ministre des Sports et de l’éducation physique a dépêché sur les lieux du drame son secrétaire général Oumarou Tado pour prendre le pouls de la situation. On attend d’ici les prochaines heures les résolutions de la réunion de crise tenue au Minsep dans l’après-midi d’hier. Entre temps, la société Arab Contractor qui a succédé à Synohydro est au ban des accusés.

     Christian TCHAPMI

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