Opération épervier : La commission des droits de l’Homme exige la liberation d’Atangana Mebara

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Le Cameroun vient de se faire taper sur les doigts par la Commission des droits de l’Homme et des peuples de l’Union africaine, qui demande la libération sans condition de Jean Marie Atangana Mebara, l’un des prisonniers les plus prestigieux du régime. Une décision qui met Etoudi dans une position pour le moins inconfortable.

Atangana Mebara

Atangana Mebara

 

Libérera, libérera pas. Paiera, paiera pas. L’opinion nationale, et internationale, est désormais tournée vers la présidence de la République du Cameroun pour l’application de la décision de la 18ème session extraordinaire de la Commission des droits de l’Homme et des peuples, condamnant l’Etat du Cameroun à la « remise en liberté immédiate du plaignant (Jean Marie Atangana Mebara) », et à lui verser « un montant de  400.000.000 Fcfa à titre des dommages et intérêt pour le préjudice moral et matériel subi du fait des violations constatées ». Le Cameroun a ratifié le texte le  20 juin 1989 la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples depuis 1987, et l’a déposé  trois mois plus tard. Le pays est astreint, par les conventions internationales auxquelles il a adhéré, à l’application de cette décision, la loi internationale étant supérieure à la législation nationale. Et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le Cameroun est sanctionné par la Commission, sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas de n’importe quel plaignant : Jean Marie Atangana Mebara est l’ancien « vice-Dieu », secrétaire général de la présidence de la République, soupçonné d’avoir voulu être Calife à place du Calife…




Provoquer un précédent

Jean Marie Atangana Mebara est un célèbre prisonnier. Un de ceux que n’attrape que « l’épervier », symbole de la lutte contre les voleurs à col blanc. Machine politico-judiciaire  – « actionné(e) par un Machiavel fou » comme le qualifiait déjà l’ancien ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono lui aussi détenu et condamné – mise en place par le président de la République sous le label de l’assainissement de la gestion des finances publiques. Mais en fait, soutiennent les détracteurs du rapace, « tuer » politiquement quelques  jeunes loups aux dents trop acérées pour le vieux briscard du palais d’Etoudi. L’opération épervier s’est abattue sur Atangana Mebara en 2008, accusé de détournement de fonds  publics dans le processus foireux d’acquisition d’un aéronef pour les déplacements du chef de l’Etat. Et depuis l’ancien proche collaborateur du chef de l’Etat ne parvient pas à s’extirper des fourches caudines de la justice dans un procès tiroir comme seules savent l’être les affaires sensibles de la Chancellerie.

Comment libérer Jean Marie Atangana Mebara, après avoir tout mis en œuvre pour le contraire ?   Le 03 mai 2012, le Tribunal de grande instance (Tgi) du Mfoundi prononce un non lieu et ordonne la relaxe de l’ancien Sg/pr dans l’affaire « Albatros ». Mais comble de mesquinerie, à peine prend-il connaissance de sa levée d’écrou qu’un nouveau chef d’inculpation lui est signifié, avec à la clé une nouvelle détention provisoire de 18 mois. Exécuter la sentence de la Commission va à coup sûr provoquer un précédent en  donnant des idées aux autres multiples proies de l’opération qui crient chaque jour aux procès kafkaïens.  Les crânes d’œuf judiciaires du président cravachent déjà dur sur la question, tandis que ses sherpas planchent sur comment éviter le porte à faux avec l’Union africaine. Le président dispose donc de 180 jours pour trouver la parade. Tic tac, tic tac…

Ludovic AMARA

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