Tribune libre / Monde entier : qui gouverne?

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Serge Aimé Bikoi

Serge Aimé Bikoi

Depuis des années, des écrivains eurent posé un débat d’une telle trempe au niveau micro sociologique. A témoins, vers la moitié des années 90, Pierre Flambeau Ngayap intitula son ouvrage: « Cameroun: qui gouverne? ». Ces dernières années, ce débat mué en une polémique médiatique, avait fait les choux gras de la presse nationale, mais enclenchée, cette fois-là, par « Jeune Afrique ». Ce magazine panafricain avait, en effet, figé à sa grande Une: « Cameroun: qui dirige actuellement? » Comme si cela ne suffisait pas, d’autres journaux locaux eurent inscrit à la Une de leur parution: « Cameroun: les sectes bloquent le remaniement ministériel ». Une technique analytique magico-mystique consistant à soutenir la thèse suivant laquelle les cercles ésotériques contrôlent même le circuit de prise de décisions du Président de la République. Au regard de ce qui précède, ces allusions, évocations, et explications participent soit à démontrer que les Hommes dirigent le Cameroun, soit, a contrario, à prouver que les entités ésotériques contrôlent la marche des affaires de la République du Cameroun, soit alors à faire prévaloir l’argument selon lequel le Cameroun est géré par neuf figures emblématiques. Soit! A ce giron de la pensée, nous sommes toujours au niveau d’approche micro politologique. Si l’on aborde, à la différence, cet angle épistémique au niveau macro sociologique, nous formulerons la question comme suit: « Monde entier: qui gouverne? », « Monde entier: qui dirige? » ou alors « Globe terrestre: qui gouverne? ». Le monde entier étant une entité vaseuse, globale, voire globalisante, il s’agit de cerner cette thématique en s’appuyant sur une approche holistique, qui est une méthode d’analyse du social global.

Énoncé des grilles de lecture de la présente thématique

« Monde entier: qui gouverne? » Réfléchir sur une thématique d’une telle essence, revient à s’inspirer de trois paradigmes grâce auxquels une herméneutique (interprétation) approfondie va être, méthodiquement et épistémiquement, agencée. Si, d’emblée, l’on s’appuie sur le paradigme objectiviste cher au Positivisme triomphant, dont les founding fathers (pères fondateurs) sont Émile Durkheim et Auguste Comte, nous répondrons manifestement que le monde entier est dirigé par des Hommes. En effet, la grille de lecture objectiviste a pour dessein d’expliquer la fluctuation du social à l’aune des faits palpables, observables, expérimentables et, partant, positivables. A la question: « Monde entier: qui gouverne? », les Positivistes triomphants, défenseurs de l’explication des faits sociaux comme des choses, posent, comme postulat principal, que le monde entier est dirigé par les Hommes. Que ce soit au niveau micro-structurel ou au niveau macro-structurel, les petites et grandes structures sociales sont gérées par les Hommes. A preuve, les familles, les écoles, les églises, les médias, les entreprises, les Ong, les administrations, les industries, les institutions, l’Etat, la nation, etc. sont, chacun, régis par un leader, un chef de famille, un prélat, un directeur, un Chef d’État. En substance, le monde entier est gouverné par des Hommes.

A la différence, si l’on table sur le paradigme ésotérique cher aux pionniers des sciences occultes, il s’agira de démontrer que le monde entier est contrôlé par des lobbies, qui sont des entités philosophiques. Référence faite, entre autres, à la franc-maçonnerie, à la rose-croix d’or, aux illuminatis. En effet, l’ésotérisme appréhende les faits qui, parfois, dépassent l’entendement humain tant ils sont difficilement accessibles et compréhensibles du point de vue humain. L’ésotérisme ne permet donc pas une élucidation claire et précise des réalités métaphysiques sur la base de ce qui est ou doit être apparent. Seuls les initiés, en la matière, accèdent, sans coup férir, au courant de pensée ésotérique tant ils ont appris les sciences occultes ou, à l’opposé, ils ont été socialisés, moulés et formatés par les gourous de ces cercles magico-mystiques. En ce sens, le monde entier est dirigé par des lobbies de pouvoir, des lobbies sectaires. A preuve, des recherches scientifiques ont suffisamment démontré que les Chefs d’État d’ici et d’ailleurs appartiennent soit à la franc-maçonnerie, soit à la rose-croix. Très souvent, il y a des luttes de positionnement, des querelles de leadership, des jeux de prise de position manifestes ou latents, officiels ou officieux, ouverts ou larvés. Entre les personnalités politiques et publiques, qui font partie intégrante desdits réseaux carriériste, pouvoiriste et conservatiste.

Incontestablement, ces entités ésotériques gouvernent et tiennent les cercles de pouvoir pluriels. Les États, les multinationales, les grandes firmes internationales, les entreprises étatique, para étatique et privée, les hautes sphères décisionnelles des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, les bureaucraties publiques, etc sont dirigés, certes,  par des individus, mais des individus qui obéissent, scrupuleusement et méticuleusement, aux ordres des lobbies sectaires de la franc-maçonnerie et de la rose-croix. Des lobbies de pouvoir ont, par exemple, durant les années écoulées, participé à l’éjection de certains Chefs d’État du pouvoir. Laurent Gbagbo, Mouhammar Kadhafi, en sont quelques cas emblématiques récents dans le continent noir. Les lobbies français ont été mis à contribution pour faire tomber les anciens Présidents ivoiriens et libyens. Ces dernières années, les lobbies de pouvoir américains avaient, dans la même veine, contraint Joseph Sepp Blatter à la démission au point où l’ancien Président de la Fifa (Fédération internationale de football association) avait lâché du lest. En conséquence, lorsque les groupes de pression ne veulent plus d’un dirigeant au pouvoir, ils le boutent hors de cette sphère d’influence. Par ailleurs, si l’on axe le procédé réflexiviste sur le paradigme théologique cher aux spiritualistes, aux normativistes et aux constructivistes de la dogmatique religieuse, nous répondrons que le monde entier est gouverné par Dieu. En effet, la grille de lecture théologique est un discours théorique interprétatif fondé sur la référence à Dieu, entité toute puissante, omniprésente, omnipotente et omnisciente. Vu que la terre, la mer et le ciel sont régentés par le Maître suprême, le monde entier, par assimilation allégorique et métaphorique, est gouverné par Dieu. Dans l’imaginaire collectif, la naissance et la mort de toute personne ne sont pas imputables aux Hommes, mais fort au contraire, ces phénomènes démographiques sont régulés par la toute puissance divine. D’où la maxime religieuse statuant sur la naissance et sur la mort: « C’est Dieu qui donne le souffle de vie; c’est encore Dieu qui reprend ce souffle ». Dieu est, en conséquence, le Maître et possesseur de la nature au sein de laquelle vivent les êtres humains. C’est donc une lapalissade que de constater que les sectaires, les sorciers, les magiciens, les scientifiques, les Chefs d’État, les dirigeants des lobbies de pouvoir, etc sont contrôlés, en permanence, par l’esprit divin et, par extrapolation, par Dieu. Dieu est, pour ainsi dire, le Maître suprême et éternel du monde entier. Même les Philosophes athées (récusaient l’existence divine) se sont, à quelques heures de leur décès, prosternés devant l’éternel et se sont, par la même circonstance, convertis. Histoire d’expier leurs péchés véniel et mortel commis pendant leur existence sur terre. Dieu règne donc sur tout, contrôle tout, et régente tout le patrimoine matériel et immatériel du monde entier. Le seul architecte du monde entier est, in fine, Dieu.

Par Serge Aimé Bikoi (Journaliste indépendant et Sociologue du développement)

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